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“ Nous collectons pour environ 100.000 livres sterling de métaux précieux dans les poussières ”

Veolia a développé un procédé pour valoriser les métaux précieux présents dans des balayures de voiries. Après un test dans le Warwickshire (UK), le groupe envisage d'autres implantations. Explications d'Estelle Brachlianoff, directrice UK et Irlande.

Interview  |  Dechets / Recyclage  |    |  Dorothée LapercheActu-Environnement.com
Environnement & Technique N°343 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°343
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“ Nous collectons pour environ 100.000 livres sterling de métaux précieux dans les poussières ”
Estelle Brachlianoff
Directrice Veolia de la zone Royaume-Uni et Irlande
   

Actu-environnement : Comment est venue l'idée de récupérer des métaux précieux dans les poussières de voiries?

Estelle Brachlianoff : Nous collectons, à travers le nettoyage d'un certain nombre de villes en Grande-Bretagne, 165.000 tonnes par an de balayures de voiries, qui finissaient ensuite en décharge. Nous nous sommes intéressés à leur contenu et nous avons pu identifier cinq types de déchets : des inertes - la terre, la poussière -, de la matière organique - des feuilles mortes, des crottes de chiens, etc. -, une troisième catégorie qui sont des déchets de type mégots de cigarette, etc, des matières recyclables classiques – des bouteilles, canettes, bouchons - et les métaux précieux.

Auparavant, ces 165.000 tonnes finissaient à 100% en décharge, désormais, il nous reste moins de 10% - la partie vraiment de déchets, dont nous devons nous débarrasser.

Comme le dit, Antoine Frérot, les mines d'aujourd'hui et de demain sont les déchets que nous produisons aujourd'hui.

AE : Quels sont les types de métaux rares que vous récupérez ?

EB : Nous récupérons des composants des pots catalytiques : du palladium, du rhodium et du platine. Quand les pots catalytiques émettent des gaz, dans ces derniers, il y a un certain nombre de ces métaux qui se déposent ensuite sur la chaussée, nous les retrouvons dans la poussière.

AE : Quelles quantités pouvez-vous extraire ?

EB : Les quantités sont très petites … C'est exactement le même type de ratio que pour les roches qui contiennent ces métaux. Ce qui est significatif de dire, en terme de valeur, nous collectons pour environ 100.000 livres. Si nous prenons en compte la totalité de ce qui est collecté en Grande-Bretagne, car nous ne sommes pas les seuls, nous estimons que dans les rues, il y a environ un million de livres de valeur de métaux précieux… je ne vais pas dire à portée de main car il a fallu beaucoup de travail, de recherche et développement, d'essai sur le process pour arriver à ce résultat.

AE : Comment séparer les métaux des poussières, les éventuels alliages que nous pouvons retrouver ?

EB : Nous ne pouvons pas donner les secrets de fabrication… Globalement, nous utilisons des séparations sèches, des séparations humides, de la flottation, des courants de Foucault. C'est avec la somme de tout cela, que nous arrivons à extraire 90% des matériaux de la décharge.

AE : La rareté des matériaux fait que le procédé est rentable économiquement aujourd'hui ?

EB : Le procédé est rentable économiquement surtout du fait que nous réduisons les volumes mis en décharge : 90% des matières trouvent une seconde utilisation. Pour les inertes, dans la construction, pour les matières organiques, comme amendements organiques et fertilisants, pour les recyclables classiques, c'est revendu comme tel, et c'est le cas aussi pour les métaux précieux.

A contrario, nous pouvons envisager d'installer ce procédé dans tous les pays où les décharges sont chères. En Grande-Bretagne, le prix de la mise en décharge s'élève aux alentours des 90-100 livres la tonne. En dessous, la vente seule des métaux précieux ne suffirait pas à couvrir le coût du process.

Nous avons investi 3 millions de livres en investissement, équipements et autres dans l'usine de Ling Hall qui est rentable aujourd'hui. Elle permet d'offrir à nos clients des solutions moins chères que la décharge. Désormais, ils peuvent nous les fournir pour beaucoup moins cher. Pour eux, c'est économique, et pour nous cette différence de prix permet de justifier un investissement comme celui-ci et de l'amortir.

AE : Ce procédé présentera-t-il un intérêt pour la France ? Avez-vous des stratégies de développement en France ?

EB : Nous avons des discussions en interne pour développer cela en France… Ce n'est pas absurde d'y penser... Mais n'allons pas plus vite que la musique, il y a peu de temps encore, nous étions en phase de test. Nous nous sommes d'abord assurés avec une usine d'une capacité de 50.000 tonnes que la solution fonctionnait, qu'elle avait une rentabilité économique et désormais nous sommes dans la phase de questionnement sur l'expansion… Nous prévoyons de réaliser deux autres usines en Grande-Bretagne.

Réactions2 réactions à cet article

 

Voila donc que les pots catalytiques laissent échapper leur métaux précieux et que c'est chiffré. Les spécialistes le savent depuis longtemps. Ce dont le public ne se soucie guère est de savoir que ces métaux précieux SONT IRREMPLACABLES et qu'ils ont des application de première importance dans l'industrie chimique ou ils sont aussi irremplaçables. Depuis qu'on a imposé les pots catalytiques nous assistons a une disparition progressive de ressource stratégiques. Si nous utilisons ces métaux précieux dans les pots catalytiques c'est qu'il a été IMPOSSIBLE de faire autrement.
Bref les pots catalytiques résolvent un problème sérieux et en créent plusieurs autres au moins aussi critiques....

ami9327 | 12 décembre 2014 à 17h50
 
 

Bonne intervention, comme quoi des solutions technologiques sont indispensables et tracent souvent la voie en matière d'environnement.
Modestie et opiniâtreté plutôt que "solution" à la yakafokon. C'est plus compliqué, moins spectaculaire que le "lancer d'alertes" mais ça risque de mieux marcher à terme.
Merci.

Albatros | 16 décembre 2014 à 07h57
 
 

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