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Empreinte eau : le régime alimentaire européen n'est pas soutenable

L'alimentation des Européens est très consommatrice d'eau, en Europe mais aussi dans le reste du monde. Avec le changement climatique, la compétition accrue entre usages, ce régime ne pourra pas perdurer, estime une étude.

Agriculture  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com

Avec la croissance de la démographie mondiale et la diffusion progressive du régime alimentaire occidental, plus riche et plus carné, les pressions sur l'environnement liées à l'alimentation augmentent. Hausse de la compétition dans les usages des terres et de l'eau, pollutions mais aussi sécurité alimentaire mondiale sont en jeu. De nombreuses études insistent sur la nécessité de changer de modèle alimentaire.

Un article scientifique, publié dans la revue Ecological indicators, vient à nouveau alerter sur cette question. Il compare l'empreinte eau de quatre régimes alimentaires : le régime européen moyen (UE27 et Croatie sur la période 1996-2005), appelé régime de référence ; un régime sain (DGE), recommandé par German nutrition society, un régime végétarien (VEG, sans viande ni poisson mais avec des produits laitiers) et un régime alimentaire intermédiaire à ces deux derniers régimes (COM).

Résultat : le régime actuel est le plus consommateur d'eau. Réduire les consommations de viande, d'huiles végétales, de graisses animales et de sucre, en les remplaçant par des légumes et des fruits, permettrait de baisser de 23 à 38% l'empreinte eau des produits agricoles.

84% de la consommation européenne d'eau

La production agricole de l'UE28 consomme chaque année 552 kilomètres cube d'eau ("empreinte eau production"). Pour sa consommation de produits agricoles ("empreinte eau consommation"), l'Europe consomme 760 km3, une différence liée à l'importation de produits. Les produits alimentaires constituent ainsi la majeure partie de l'empreinte eau européenne (84% pour la consommation), loin devant l'industrie (respectivement 37 et 78 km3/an) et les usages domestiques (20 km3/an).

Une large part de l'empreinte consommation est liée aux produits d'origine animale (397 km3/an). Les produits végétaux représentent 320 km3/an, "alors qu'ils fournissent plus de calories que les produits d'origine animale", soulignent les auteurs. Le cacao, le café et le blé sont également grands consommateurs d'eau.

Or, passer à un régime alimentaire alternatif permettrait de substantielles économies d'eau : -23% pour le régime sain, -30% pour l'intermédiaire et -38% pour le végétarien.

   
L' "empreinte eau consommation" des produits agricoles de différents régimes alimentaires pour l'UE28. © The water footprint of the EU for different diets, D. Vanham, M.M. Mekonnen, A.Y. Hoekstra, in Ecological indicators 32 (2013).
 
   

D'autant que le régime actuel présente un apport énergétique trop élevé. Si la consommation actuelle moyenne de plusieurs groupes d'aliments est proche des quantités recommandées (céréales, riz, pommes de terre, lait et produits laitiers, œufs), la consommation de certains groupes de produits devrait être réduite (sucre, huiles végétales, viande, graisses animales) et celle d'autres groupes de produits augmentée (légumes et fruits), notent les auteurs.

Pour les régimes végétariens et intermédiaires, la moitié de la consommation de viande est substituée par des légumineuses et des oléagineux (hors noix), ce qui permet de conserver des apports énergétiques et protéiniques équivalents.

L'Europe peut-elle être autosuffisante ?

"Avec la concurrence croissante sur les ressources mondiales en eau douce, il est peu probable que l'UE28 puisse continuer à compter sur les ressources en eau extérieures dans la même mesure qu'actuellement", souligne l'étude. Pour les régimes de référence et le régime sain, l'empreinte consommation est plus importante que l'empreinte production. En revanche, pour les régimes végétariens et intermédiaires, l'empreinte production est plus importante que l'empreinte consommation.

Outre la réduction de sa consommation externe d'eau, l'Europe devra donc optimiser l'utilisation de ses propres ressources en eau pour la production locale. L'intensification durable de l'agriculture, inspirée de l'expérience de l'agriculture biologique, est préconisée par les auteurs, de même qu'une analyse des gains potentiels de productivité de l'eau au niveau des exploitations agricoles (augmentation des rendements, irrigation précise, cultures moins gourmandes en eau…).

Avec le changement climatique, l'Europe du Sud, exportatrice nette de fruits et légumes, devrait voir ses rendements agricoles diminuer et ses besoins en irrigation augmenter, tandis que l'Europe du Nord, exportatrice nette de céréales, de viande et de lait mais importatrice nette de légumes et de fruits, devrait voir ses rendements augmenter, tout comme ses besoins en irrigation d'appoint l'été.

Une des questions clés est de savoir dans quelle mesure l'UE28 peut devenir autosuffisante (en dehors de certains produits qui ne peuvent être cultivés localement, comme le café ou le cacao), interrogent les auteurs, qui préconisent d'ailleurs une analyse par bassin versant de l'empreinte eau "maximale durable" pour la production.

Réactions10 réactions à cet article

 

Trés étonné de lire "le blé est également grand consommateur d'eau." !!!
Quant aux économies potentielles de l'eau tant qu'on n'est pas directement confronté au problème il ne se passera rien...Hélas!

ami9327 | 15 mai 2013 à 00h03
 
 

C'est toujours agréable de lire un article qui vient soutenir l'adoption d'un régime végétarien ou du moins moins consommateur de protéines animales ! Il ne tient qu'à chacun de changer son régime alimentaire petit à petit pour réduire la pression sur les ressources naturelles et notamment l'eau !

Caroclean | 15 mai 2013 à 09h40
 
 

Pas d'alcool , même pas de vin bio ? Un régime allemand sans bière et sans vin blanc... est-ce sérieux ? Les "scientifiques" qui ont concocté cette "étude" ont oublié de promouvoir un régime à base d'insectes, araignées et scolopendres qui est actuellement médiatisé. Il est vrai que lorsqu'on constate le délire provoqué par la présence de traces de viande de cheval dans les lasagnes, on peut s'interroger sur l'acceptabilité de régimes alimentaires exotiques chez les européens du Nord en particulier. Bien manger et boire sans excès pour éviter l'obésité et le diabète sans éradiquer nos traditions culinaires et en adaptant les productions agricoles aux limites environnementales, tel est le grand défi auquel toutes les sociétés humaines sont confrontées. Peut-on sérieusement y répondre par la solution bureaucratique d'un régime standard ? Un monde selon l'idéologie écologique serait triste s'il n'était pas une grotesque utopie.

MNK32 | 15 mai 2013 à 13h36
 
 

Concernant l'empreinte en général, il est certain que la "croissance de la démographie mondiale" n'arrange pas les choses... Or c'est justement un paramètre sur lequel on peut agir, du moins si on en a la volonté... Pourquoi les écologistes (officiels) français sont-ils muets sur ce sujet ?

Démographie Responsable | 15 mai 2013 à 23h27
 
 

Ceci est une fausse bonne idée, l'exemple d'Israël est là pour démontrer le contraire, et le mettre en pratique dans un très grand nombre de pays arides et sous-développés. C'est en s'appuyant sur ces solutions qu'on résoudra le problème de l'accès à l'eau indispensable et non en cherchant à culpabiliser l'occident sur son mode de vie.

Nonoirl | 16 mai 2013 à 09h10
 
 

Je pense qu'il faut arrêter d'être "bêtement" écologiste. Il y a des tas de choses intelligentes à faire, mais par pitié, ne tombons pas dans le doctrinaire.
L'article du Stern relayé par TF1 relate qu' à Berlin, en Allemagne, une femme de ménage d'origine polonaise a été licenciée par ses employeurs allemands pour un prétexte bien particulier : elle n'utilisait pas de produits d'entretiens écologiques..
fait à mon avis beaucoup de dégâts pour la cause écologique.

"La Polonaise, âgée de 54 ans, a appris son licenciement par une lettre posée sur la table de la cuisine du couple. "Il est peut-être d'usage dans votre pays d'origine de ne pas se soucier des intérêts écologiques, mais ici chez nous on a une approche écologique, durable, afin de protéger notre environnement. C'est exactement la même chose en ce qui concerne l'économie domestique. '(...)

Dans sa "lettre", le couple, de gauche comme l'indique le magazine Stern, va jusqu'à inciter la pauvre femme à rentrer chez elle : "Peut-être devriez-vous aussi songer à trouver un emploi en Pologne afin de ménager notre environnement et de ne pas l'abîmer comme vous le faites en faisant la navette -en voiture."

La bienpensance est odieuse d'où qu'elle vienne. Je ne critique pas du tout les végétariens, mais tout autant que les carnivores ils peuvent être dangereux. Hitler par exemple, grand végétarien...

Vincent | 16 mai 2013 à 09h59
 
 

@Vincent : qui parle d'endoctrinage ? Je trouve votre parallèle assez choquant.

On nous bassine en effet régulièrement sur l'environnement, on nous culpabilise alors que les plus gros consommateurs d'énergie, d'eau, de ressources naturelles restent les industriels voire les agriculteurs. Mais bon chacun à son échelle peut changer les choses, non ?

Et ca commence dans l'assiette, oui Monsieur. Après vous avez le droit de manger votre viande 2 fois par jour mais ne traitez pas les végétariens de nazi et de personnes obtues ! Il ne me semble pas qu'en France la pression du végétarisme soit dominante, forte et contraignante !

Caroclean | 16 mai 2013 à 11h51
 
 

Merci pour cet article intéressant, ça fait du bien de voir qu'on encourage à manger moins de viande ailleurs que dans les cercles végéta*iens. Le problème de l'eau et de la faim ne se résoudrons que si l'on freine considérablement la consommation de viande, notamment de l'Europe et des USA. Pourquoi ne pas manger directement ce que mange les animaux (des céréales, du soja,...) au lieu de les manger, eux ?
Par ailleurs, les énormes productions de céréales servent souvent à nourrir les animaux et ce ne serait pas du luxe de transférer toute cette nourriture dite "pour animaux" aux plus démunis.

laurie1990 | 16 mai 2013 à 13h35
 
 

Il est indéniable qu'en moyenne nous, population du nord aisée, mangeons trop de viande. Une diminution de notre consommation carnée serait une part des solutions à adopter pour que notre société deviennne durbale et équitable. Mais à elle seule, elle n'est pas suffisante. Les modes de production de notre viande doivent aussi changer. Il est insupportable que nous nourrissont nos animaux avec du soja grand consommateur de surface (en partie naturelle) et d'énergie.
Alors qu'avec une production maitrisée, nous pourrions fournir suffisament de viande pour les européens ayant un mode de production qui n'impacterais ni la capacité des autres populations du monde à se nourrir, nie le climat, ni le cycle de l'eau et des minéraux (azote et phosphore).

Florent | 17 mai 2013 à 10h05
 
 

Bravo pour cet article qui démontre une nouvelle fois l'intérêt pour l'environnement d'une alimentation végétarienne équilibrée !

Benoît | 24 juin 2013 à 13h45
 
 

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