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Eolien offshore : FEE propose de substituer une planification maritime aux appels d'offres

Le retard pris par l'éolien offshore en France plaide pour une large concertation afin de planifier les activités au large des côtes françaises, estime France Energie Eolienne qui veut trouver un consensus pour installer 15 GW d'offshore d'ici 2030.

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Eolien offshore : FEE propose de substituer une planification maritime aux appels d'offres

Pour le développement de l'éolien offshore, "le débat national de transition énergétique offre une opportunité pour changer de paradigme et quitter l'approche des appels d'offres au coup par coup", estime Jean-François Petit, expert développement offshore auprès de France Energie Eolienne (FEE), qui relève par ailleurs qu'aucune étude préalable n'a été lancée en vue d'un troisième appel d'offre. En lieu et place, FEE préconise de recourir à une planification spatiale maritime (PSM) qui permettrait d'évaluer les zones favorables à l'éolien en tenant compte des diverses contraintes. Le représentant de FEE appelle donc les pouvoirs publics "à saisir l'occasion du projet de directive sur la planification des activités maritimes pour engager la démarche, sans attendre son adoption".

FEE présente par ailleurs sa carte du potentiel technique de développement de l'éolien en mer. Cette carte préfigure ce que pourrait être la place réservée à l'éolien dans le cadre d'une planification maritime qui permette une concertation entre acteurs maritimes indispensable à l'acceptation des projets offshore. Cette évaluation se base sur des facteurs géographiques avec la prise en compte des conditions de vent et de la bathymétrie (moins de 50 mètres de profondeur d'eau pour l'éolien posé). Elle s'appuie sur des facteurs liés à certaines activités maritimes avec la prise en compte des servitudes et d'une distance minimale à la côte de 10 km. Pour l'éolien posé, le potentiel éolien offshore ainsi évalué serait de 80 gigawatts (GW) répartis sur 10.000 km2. Quant à l'éolien flottant, le potentiel serait de l'ordre de 140 GW.

   
   
Devancer l'adoption de la directive

La présentation mi-mars 2013 du projet de directive visant à améliorer la planification des activités maritimes en mer et la gestion des zones côtières constitue une opportunité pour la filière offshore selon le syndicat professionnel. En effet, le Grenelle de la mer a montré qu'"il n'est pas facile de partager la mer entre les usagers", rappelle Philippe Gouverneur, président du comité offshore de FEE, estimant que "la PSM est le seul moyen d'organiser les réseaux électriques européens pour développer l'offshore". Pour cette raison, Grande-Bretagne et Allemagne entreprennent déjà la mise en œuvre de la planification, avance FEE.

La PSM permet de règlementer, d'organiser les activités en zones maritimes (pêche, transport, exploitations diverses, tourisme, etc.) et de protéger les écosystèmes marins sur le domaine public maritime, ainsi qu'en zone économique exclusive, plaide FEE. Et Philippe Gouverneur de regretter qu'"en France on [ait] surtout choisi les zones où l'offshore ne gênait pas trop, un exercice qui a ses limites".

Concrètement, FEE appelle les autorités françaises à mettre en œuvre la PSM sans attendre l'adoption de la directive européenne. La France dispose des structures et des outils lui permettant de se conformer à la future directive, soutient le syndicat professionnel. Pour cela, la France doit s'appuyer sur le Conseil national pour la mer et le littoral, les conseils maritimes de façade et les régions. Elle doit aussi être patiente, compte tenu du temps nécessaire pour obtenir un consensus, et pédagogue. Enfin, un travail d'acquisition des données est indispensable.

 
De la place pour les hydroliennes S'agissant des autres énergies marines, les représentants de FEE évoquent bien sûr l'hydrolien qui bénéficie d'un soutien renouvelé de la part de l'actuel gouvernement.
Selon FEE, il n'y a pas de réelle opposition entre les deux sources énergétiques pour l'accès aux meilleurs sites car les hydroliennes nécessitent de forts courants que cherchent à éviter les installateurs d'éoliennes offshore posées. En effet, ces courants imposent un renforcement de la base des éoliennes qui augmente sensiblement les coûts de construction. Ainsi, bien que favorable à l'éolien, la zone au large de la péninsule du Cotentin (Manche) est une zone plutôt destinée à l'hydrolien, selon FEE.
Reste que la compétition ne porte pas que sur l'accès aux zones favorables mais aussi sur l'indispensable soutient public. Aussi, le président de la commission offshore de FEE a tenu à mettre en perspective les deux rivales. "On parle beaucoup d'hydroliennes", a reconnu Philippe Gouverneur, "mais le potentiel n'est que de 3 à 6 GW", bien loin du potentiel "considérable" de l'éolien offshore.
 
Passer aux actes

La France dispose de nombreux atouts permettant un développement important de l'éolien en mer, estime FEE. En premier lieu, avec 3.500 km de côtes maritimes, elle bénéficie de conditions géographiques particulièrement favorables pour l'implantation de parcs éoliens en mer. Elle disposerait là du deuxième gisement de l'Union européenne.

De même, l'excellence de la filière maritime française constitue un atout d'autant plus important que les acteurs nationaux disposent d'un savoir-faire industriel qui permettrait de structurer la filière offshore pour la rendre innovante et compétitive, estime FEE.

Malgré cela, "les progrès sont très très lents", déplore Jean-François Petit qui rappelle que la volonté politique inscrite dans les lois de programmation pluriannuelle des investissements (PPI) énergétiques de 2006 (1 GW d'offshore en 2010 et 4 GW en 2015) et 2009 (6 GW en 2020, conformément au Grenelle de l'environnement) n'a pas été suivie d'effet. "C'est bien d'avoir des objectifs, maintenant il faut les concrétiser", assène l'expert de FEE qui rappelle que dans le meilleur des cas, seulement un peu moins de 2 GW seront effectivement installés en 2020, loin de l'objectif officiel. Pire, il est probable qu'aucune éolienne ne soit installée en 2020 si les recours contre les projets s'accumulaient. Il faut en effet 8 à 10 ans pour développer un parc et les recours rallongent le délai de 4 à 5 ans.

Preuve que FEE ne compte plus sur l'objectif 2020, la fédération professionnelle ne se réfère plus qu'à un objectif de 15 GW en 2030. "Sur le potentiel de 80 GW que nous avons identifié, la France serait bien maladroite si elle n'en concrétisait pas 15", juge Philippe Gouverneur, qui appelle à "faire de la place à toutes les sources d'énergie".

Réactions5 réactions à cet article

 

Les recours sont inévitables. L'expérience de l'éolien terrestre le montre.
Ne faut-il pas stopper les incantations ? Entre atteinte au paysage, perte de zones de pêche, coûts d'entretien et pertes en ligne, l'off shore ne vaut que par les subventions. Ce n'est pas tenable.

thierry | 04 avril 2013 à 16h39
 
 

L'usine électrique de la baie de Saint-Brieuc (arrêtons de parler de "parc" ou de "ferme") saccagera les plus beaux paysages de Bretagne-nord, de Bréhat à Saint-Malo. Si elle voit le jour, cette usine produira 0,2% de la production nationale !!! Où s'arrêtera la cupidité des industriels et la jobardise intéressée des élus ? Quand comprendra-t-on que l'éolien littoral détruit des emplois, a une productivité minable et ne tient debout qu'à condition de matraquer le consommateur et le contribuable;
Dans les DOM-TOM, pour sauver l'entreprise Vergnet (qui a déjà reçu le secours du Fonds d'investissement), l'ineffable Madame Batho vient d'autoriser un rachat de l'électricité à 230 euro le Gw !!! Soit trois fois le coût déjà élevé de l'éolien terrestre. L'2olien, c'est truqué !

lancieux | 04 avril 2013 à 17h39
 
 

@thierry : Non.

Le paysage est tout fait relatif. A plus de dix Km des côtes, on ne peut pas parler d'atteinte aux paysages. Comparez donc à la bétonisation du littoral.
Les études menées au Danemark notamment prouvent que les zones éoliennes offshores permettent de reconstituer la ressource halieutique, qui va ensuite se faire prendre ailleurs dans les filets des pêcheurs.
Les coûts d'entretien sont inclus dans le prix, ainsi que le coût du démantèlement, qui est connu. On ne peut pas en dire autant de toutes les énergies.
Les pertes en ligne, sur dix voire quinze kilomètres, sont négligeables. Ensuite, les côtes peuplées seront bien là pour utiliser l'énergie.
Comparez avec le nucléaire centralisé. L’électricité produite en vallée du Rhône qui va en PACA, ce n'est pas dix Km. Celle produite en vallée de la Loire qui va en Bretagne, non plus.

Arrêtez de vouloir par idéologie jeter le bébé avec l'eau du bain. Et, comme il est dit dans l'article, mettez en perspective les différents coûts et bénéfices.

krakatoe | 04 avril 2013 à 22h05
 
 

Les assertions de Thierry m'étonnent. Quand il assène que "le paysage est tout à fait relatif", conseillons-lui donc de passer ses vacances à Feyzin ou à Dunkerque...
Quant à la visibilité, rappelons que les éoliennes de Saint-Brieuc, trente mètres plus haute que le Mont Saint-Michel, clignotant la nuit, briseront évidemment la ligne d'horizon, la dernière qui nous laissait rêver, et cela sur des dizaines de kilomètres de côte. Pour parvenir à une production dérisoire. Mais le but est bien de garantir aux actionnaires espagnols une rente durant vingt ans, plutôt que de faire des économies définitives.
Enfin, le mythe de la consommation locale témoigne de la méconnaissance du dossier par Thierry. Toute installation industrielle éolienne suppose une multiplication des lignes haute tension (225 000 volts pour Saint-Brieuc) ; c'est la rançon d'un système qui, par définition, passe sans cesse de la pénurie à l'excès : il faut exporter ou importer. Et parfois recourir à des centrales conventionnelles, ce qui fait qu'on paye deux fois l'électricité (cf : centrale de Landivisiau pour pallier les "pannes" de vent : même puissance que l'éolien, mais quatre fois moins chère !). C'est tout le problème de l'Allemagne aujourd'hui. Sauf qu'un Allemand consomme 15% de moins d'électricité qu'un Français. Il s'éclaire probablement à la bougie !...

lancieux | 05 avril 2013 à 10h50
 
 

le paysage est un argument ressorti à l'infini par les mêmes qui ont souvent un bateau de plaisance dont l'impact visule au port ou au mouillage et en premier plan est souvent bien plus important, sans parler de divers aménagements côtiers, qui participent de la vie ; lancieux me fait donc bidonner ; en sus le retour du revenu électrique, et la levée de capitaux, peuvent être assurés par le co investissement notamment des collectivités ou particuliers localisés et fiscalisés, ce n'est pas qu'un problème technique ; c'est une logique analogue de celle de l'OPEP pour valoriser les ressources sous jurdiction nationale ; et de chaque territoire ; et d'éviter une fuite du revenu assuré ailleurs ; c'est aussi un problème de plance des paiements via l'autonomisation énergétique, et enfin, un problème de CO2, qui exige combinaison avec d'autres modes d'ENR dont courants, houles, vagues, chaleur (pompes à chaleurs, pas seulement ETM), qui combinés assurent un flux assez prévisible d'énergie. Pourquoi la réflexion stratégique ne porte -t-elle pas là dessus mais seulement sur la planIfication ; sans oublier les dimensions industrielles et de brevets sur les machines de production....

Théo courant ? Colombo, inspecteur spécialiste de la question bête... | 14 juin 2013 à 12h00
 
 

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