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La finance veut mesurer les émissions carbone de ses activités

C'est une première étape d'importance pour le secteur financier : l'élaboration d'un guide méthodologique visant à quantifier et suivre les émissions de gaz à effet de serre directes, mais aussi induites par les activités de financement.

Gouvernance  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com

L'Observatoire de la responsabilité sociétale des entreprises (Orse), l'Ademe, l'Association Bilan carbone (ABC), la Caisse des dépôts et Carbone 4 ont lancé, début 2014, un groupe de travail visant à élaborer un guide méthodologique des émissions de gaz à effet de serre (GES) du secteur financier. Le Crédit Agricole, la Société Générale, la MAIF et d'autres acteurs du secteur ont été associés au projet. Le guide méthodologique visant à mesurer les émissions de GES directes et indirectes du secteur est mis en consultation du 2 au 26 septembre. L'objectif est de finaliser les travaux à l'automne.

Des investissements importants dans le secteur énergétique

Cette démarche volontaire révèle la prise de conscience du secteur financier face à la problématique climatique. Si la plupart des institutions financières et assurantielles mesurent l'impact carbone direct de leurs activités (immobilier, déplacements, intrants…), peu mesurent encore les émissions "induites" par leurs activités (financements réalisés). Seules quelques initiatives, dont l'étiquetage environnemental des produits financiers, ont été menées jusque-là, mais rapidement abandonnées.

Pourtant, une étude menée par Vigéo et le WWF classe le secteur financier en tête des émetteurs de CO2. "Ce premier rang reflète le fait que les banques sont à l'origine de la quasi-totalité des financements de l'économie [et souligne] le rôle fondamental que peut jouer le secteur dans la transition énergétique de par son importance dans le financement de l'économie, mais également, de ce fait, l'exposition du secteur financier aux risques climatiques", analysent les auteurs du guide.

L'Agence internationale de l'énergie (AIE) a chiffré à 53.000 milliards de dollars les besoins d'investissements d'ici 2035 en efficacité énergétique et en production d'énergie pour limiter la hausse des températures à 2°C. Pourtant, comme le soulignent chaque année les Amis de la terre dans un classement des banques françaises selon les impacts sociaux et environnementaux de leurs activités, les investissements du secteur sont globalement orientés vers des activités fortement émettrices. Le think thank 2° Investing plaide d'ailleurs pour la mise en place d'une comptabilisation carbone dans le secteur financier, afin de réorienter les investissements vers la lutte contre le changement climatique.

Des financements menacés par les changements climatiques

La prise de conscience du secteur vient du fait que ses activités sont exposées au changement climatique. Tout d'abord, les évolutions réglementaires destinées à lutter contre le changement climatique "sont potentiellement sources de coûts supplémentaires pour les clients des institutions financières, ce qui se traduit pour celles-ci en un accroissement des risques financiers et extra financiers associés". Evolution du prix du carbone sur les marchés, hausse des prix de l'énergies, nouvelles taxes ou évolution des normes font partie de ces risques financiers futurs.

Les activités financées sont également directement menacées par le changement climatique. L'agriculture, qui fait face à des pertes de rendement, mais pas seulement. La plupart des secteurs d'activité peuvent être exposés à des événements météorologiques extrêmes ou à l'augmentation du niveau de la mer. L'atténuation ou l'adaptation sont sources de coûts supplémentaires, et donc de risque financier.

Parmi les risques identifiés : le risque de défaut de contrepartie, le risque de dépréciation de la valeur des actifs, les risques de sous-performance des portefeuilles ou tout simplement le risque de réputation. Et aucun acteur du secteur financier n'y échappe. Ainsi, les banques de particuliers sont exposées au risque de défauts, liés à l'incapacité de remboursement de prêts en cas de nouvelles dépenses des ménages (transport, facture d'énergie, instauration d'un prix élevé du carbone…).

Anticiper les risques : une nécessité

Pour limiter ces risques, le guide estime que le secteur financier doit mieux les appréhender, sensibiliser ses clients et concevoir de nouveaux produits et services. Pour les banques de détail, il s'agit par exemple d'élaborer des produits et services permettant aux clients de réduire leur empreinte carbone. Pour les banques commerciales, il s'agit de proposer des solutions de financement destinées à aider les clients à s'adapter aux contraintes climatiques et à les sensibiliser sur ce sujet. Plus généralement, les banques peuvent décider de financer un secteur plutôt qu'un autre (énergies décarbonées plutôt qu'activités fortement émettrices). En juillet 2013, la Banque européenne d'investissement (BEI) a par exemple durci ses critères d'émissions carbone pour le financement des centrales de production d'énergie à partir de combustibles fossiles.

Mais pour cela, il faut que les banques puissent établir des indicateurs solides et partagés par l'ensemble du secteur. Le guide méthodologique élaboré par le groupe de travail présente différentes méthodologies pour mesurer les émissions induites.

L'approche bottom-up, ou micro-économique, consiste à agréger ligne par ligne les émissions de GES des clients d'une institution financière. Elle s'applique davantage à des périmètres d'activité restreints, à un ou des actifs...

Lorsque les institutions veulent avoir une vision d'ensemble, le guide préconise de recourir à une approche top-down. Celle-ci vise à affecter les émissions mondiales à leur financement sur la base d'une décomposition sectorielle et géographique. "Les émissions prises en compte sont les émissions annuelles de gaz à effet de serre par secteur d'activité (production et/ou consommation) et par pays. Ces émissions sont réparties au prorata des encours de financement et d'investissement dans les secteurs d'activité".

Le guide s'appuie sur un référentiel établi par la chaire Finance et développement durable de l'Université Paris Dauphine, à la demande du Crédit agricole (méthode P9XCA). "De 2010 à 2012, la méthode P9XCA a été testée par plusieurs banques généralistes françaises, ce qui a permis d'obtenir un premier retour d'expérience précieux sur la méthodologie. [… Celle-ci] offre une approche innovante pour mesurer les émissions liées aux financements et investissements des acteurs financiers".

Mais, avertissent les auteurs du guide, cette méthode permet de fournir une estimation en ordre de grandeur des émissions financées et une cartographie par secteur et par zone géographique. "Comme toute méthodologie sur les émissions induites par les activités financières, cette méthodologie ne prétend pas répondre à l'ensemble des objectifs des acteurs. Elle ne constitue notamment que la première étape pour disposer d'outils de pilotage ou mesurer les risques climat et carbone".

Réactions3 réactions à cet article

 

Il n'y a qu'a regarder les résultats du prix Pinocchio pour mesurer le degré de conscience des banques, maintenant si cela est susceptible d'affecter leur rentabilité alors là c'est différent, on peut éventuellement assister à une prise de conscience.....du risque financier!!!

lio | 05 septembre 2014 à 11h14
 
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Vivement une seconde étape : après le bilan des émissions, que peut-on faire des résultats ?
Pour équilibrer raisonnablement leurs émissions, les banques pourraient compenser leurs investissements dans les secteurs fortement émetteurs (exploitation pétrolière par ex) par des investissement bas carbone et des investissements dans les secteurs sociaux. Et s'il reste des tonnes de carbones à leur bilan d'émission, les banques iront sur des bourses d'échange carbone.Tout cela doit être fait avant distribution des bénéfices aux actionnaires.
Bien entendu la publication des résultats doit être largement favorisée, et les banques qui ne feront pas d'efforts verront leur clients diminuer.

JILUC | 05 septembre 2014 à 14h45
 
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Pour une fois que je suis d'accord avec lio, ça s'arrose!
Encore un petit business pour les charlatans de l'ADEME et de Carbone 4 et tous les rédacteurs de guides et de guides pour lire la charte qui permet de rédiger la norme, etc.
Et le bilan carbone de ces margoulins, il est compté où?
A moins que, qualifiés d'emplois verts et donc a priori vertueux, ces petits malins donneurs de leçons ne soient au-dessus du débat, tout comme les bientôt canonnisés climatologues du GIEC, dont l'empreinte carbone cumulée dépasse de loin celui de pays comme le Sénégal!

Albatros | 10 septembre 2014 à 15h00
 
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