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Les forêts françaises, atouts dans la régulation du climat

Le bilan de la forêt française est positif et va continuer à s'accroître. La France a ainsi de la marge par rapport aux objectifs de Kyoto en termes de puits de carbone, si un bon équilibre est trouvé sur le niveau d'exploitation des forêts.

Gouvernance  |    |  Agnès SinaïActu-Environnement.com

Dans le jargon des politiques climatiques, un arbre est un stock de carbone organique : il séquestre du CO2 pendant les phases de croissance et le relargue à sa maturité. Le bilan carbone d'un arbre est donc neutre à l'échelle de sa vie. Il en va de même pour une forêt, qui suit la même dynamique. Cependant, l'intervention humaine peut modifier les paramètres, selon le rythme des prélèvements et des replantations. Certains arbres sont coupés avant d'avoir atteint leur stade de maturité pour permettre aux spécimens les mieux conformés de se développer et d'atteindre les caractéristiques demandées par le marché du bois. Ces pratiques sylvicoles ont un impact sur la rétention du carbone par les forêts.

Des puits vulnérables

Dans le vocabulaire de Kyoto, les forêts, en tant que puits de carbone, relèvent du mécanisme du LULUCF (Land Use, Land Use Change and Forestry). Car les forêts sont très importantes dans la régulation du climat. Les massifs forestiers français couvrent 30% du territoire : ils absorbent l'équivalent de 15% des émissions annuelles nationales de CO2. Les arbres sont particulièrement sensibles aux effets du changement climatique. Alors que leur développement nécessite un cycle long, de 50 à 250 ans en moyenne, le changement climatique impose de fortes et brusques pressions. Ainsi, les zones climatiques favorables à certaines espèces se retrouvent déplacées plus au Nord ou plus en altitude du fait de l'augmentation des températures, signale l'Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (Onerc) dans un rapport récent, L'arbre et la forêt à l'épreuve d'un climat qui change.

Le secteur de la forêt a été confronté à de graves crises au cours de la dernière décennie, tels les tempêtes, les sécheresses et les incendies de forêt récurrents. Le changement climatique apparaît comme un facteur supplémentaire de risques, qu'il faut donc considérer avec la plus grande attention, selon l'Onerc. "A ces événements exceptionnels s'ajoutent des évolutions de fond qui, compte tenu de la longueur des cycles forestiers, nécessitent, elles aussi, d'être prises en compte dès maintenant. Ces événements et ces évolutions présentent une double facette, avec des aspects favorables (augmentation de la productivité dans certaines zones) et d'autres plus problématiques (modification de l'aire de répartition des essences, aggravation des risques), les deux cas méritant d'être gérés", souligne l'Onerc.

Un objectif climatique inférieur au scénario tendanciel

Dans ces conditions et face à de tels aléas, il n'est pas simple de prévoir quels seront les stocks de carbone forestiers au cours des prochaines décennies. C'est pourtant un exercice imposé par l'accord de Kyoto, qui a conduit la France, comme les autres pays l'ayant ratifié, à inventorier ses puits de carbone pour la seconde période du protocole, allant de 2013 à 2020. L'objectif assigné à la France pour la deuxième période de Kyoto en termes de séquestration de CO2 par ses forêts est de – 66 millions de tonnes de CO2 par an d'ici à 2020. Cet objectif, selon l'inventaire forestier de l'Institut géographique national, s'avère être inférieur au scénario tendanciel. Selon l'IGN, "avec le scénario tendanciel, le puits s'accroît chaque année sur la période pour atteindre 76,7 millions de tonnes (Mt) de CO2 en 2020, soit 591 MtCO2 séquestrées entre 2013 et 2020". Jean-Luc Peyron, d'Ecofor, explique le phénomène : "Ce puits de carbone est la contrepartie d'un faible taux de prélèvement en Europe et en France au cours des quelques dernières décennies. En France, des réévaluations du puits lui ont donné une taille plus grande".

Selon l'inventaire de l'IGN, la forêt reste un puits de carbone en scénario dynamique (prenant en compte les prélèvements) mais l'intensité du puits se contracte d'année en année. En 2020, la séquestration dans la biomasse s'établit à 65,7 MtCO2, soit 550 MtCO2 séquestrées entre 2013 et 2020. La réduction de l'ampleur du puits annuel s'intensifie sur la période 2021-2030 pour atteindre -50,3 MtCO2 en 2030. Etienne Mathias, du Citepa, confirme qu'il s'agit d'un scénario de référence qui avantage la France en termes de marge de manœuvre : "Même si ce niveau est avantageux, on n'est pas très éloigné de l'objectif de Kyoto. Les modélisations pour la période ultérieure à 2020 devront cependant prendre en compte de nouvelles incertitudes, telles que tempêtes et événements extrêmes. Au final, l'objectif de Kyoto 2 est forcément un peu mouvant".

Pas d'état stationnaire

D'autant que le stockage de carbone par les forêts n'est que temporaire. Il s'agit de trouver le bon équilibre entre "dynamisation" de la forêt, c'est-à-dire coupes et taillis, et scénario de non intervention. Limiter le défrichement, encourager le boisement, favoriser la forêt jeune, éviter les sols découverts sont autant de pratiques qui renforcent l'effet puits. Selon l'étude de l'IGN, la production biologique de biomasse à l'horizon 2020 ne serait quasiment pas impactée par une dynamisation de la forêt, ce qui signifie que la capacité d'absorption du CO2 par les arbres matures sera neutre à terme, voire restera nulle assez longtemps. "Cette diminution du puits, si elle n'est pas compensée, pourrait poser des problèmes politiques", estime Aurélien Lemaire, du Citepa. L'effet "puits" recherché tient au bon équilibre entre replantation et déboisement, entre arbitrage entre long terme et court terme.

L'encouragement au développement du bois-énergie peut soulever un autre dilemme : à quel rythme déboiser les forêts pour produire des plaquettes et des granulés de bois ? L'effet de substitution, par la plantation d'arbres à croissance rapide par exemple, compensera-t-il la diminution du puits ? "Il faut analyser la situation dans le temps de manière plus fine, inscrire l'atténuation climatique dans la gestion durable des forêts", estime Jean-Luc Peyron. Il reste aussi à faire des bilans sur l'ensemble des filières, lancer des études d'analyse de cycle de vie. "Augmenter le taux de prélèvement, oui, mais pas trop vite. On évolue dans un monde d'incertitudes. Il faut combiner toutes les solutions", poursuit l'expert d'Ecofor, qui souligne les "risques" à laisser le bois sur pied, exposé, à terme, aux incendies, aux tempêtes et à de probables événements climatiques extrêmes.

Réactions1 réaction à cet article

 

Non, erreur, le bilan est négatif

Parce qu'elle doit s'auto-financer l'ONF massacre nos forêts au bénéfice de la Chine qui nous renvoie notre bois "transformé"

L'ONF remplace uner bonne pertie de nos fôret par des champs d'arbres ce qui engendre des inconvénients majeurs teès nuisible

Sagecol | 13 avril 2015 à 09h54
 
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