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“ Lorsqu'une espèce devient rare, elle est plus exploitée ”

Alors que s'ouvre à Londres, ce 12 février le sommet sur la criminalité contre les espèces sauvages, Franck Courchamp, directeur de recherche à l'Institut national d'écologie et environnement, revient sur les conclusions d'une de ses études : qualifier une espèce comme rare accélère sa disparition.

Interview  |  Nature / Ecologie  |    |  Dorothée LapercheActu-Environnement.com
   
“ Lorsqu'une espèce devient rare, elle est plus exploitée ”
Franck Courchamp
Directeur de recherche à l'Institut National d'Ecologie et Environnement du CNRS
   

Actu-environnement : Pourriez-vous nous expliquer pourquoi le fait de qualifier une espèce comme rare précipite sa disparition ?

Franck Courchamp : Cela vient d'une préférence irrationnelle des hommes pour ce qui est rare. Nous connaissons cela dans l'art, les collections et malheureusement, cela se traduit également au niveau des ressources naturelles ou des espèces vivantes : lorsqu'une espèce devient rare, elle acquiert plus de valeur, est plus exploitée et devient donc encore plus rare. Ce cercle vicieux, que nous appelons un vortex d'extinction, peut mener une espèce à l'extinction… Différents marchés économiques fonctionnent comme cela : par exemple, la chasse aux trophées, les collections par hobby, les nouveaux animaux de compagnie, etc.

Certains sont stimulés par la description scientifique de nouvelles espèces ou le changement de statut d'une espèce qui devient rare : il y a alors un pic d'intérêt et d'exploitation soit de manière légale, juste avant que la loi passe en vigueur pour interdire l'exploitation, soit après, dans le marché illégal.

AE : La lenteur de l'appareil législatif contribue-t-elle au phénomène?

FC : Si lorsqu'une espèce est déclarée comme rare, elle devient immédiatement interdite à la vente, la seule possibilité de surexploiter cette espèce devient les marchés illégaux.

Si un laps de temps de deux ans s'écoule entre le fait que cette espèce soit déclarée comme rare et l'interdiction, il y aura un engouement extrême lié à la rareté mais également à la fermeture du marché imminente : l'espèce va être surexploiter de manière intensive.

Plus on raccourcit ce délai, plus ce pic de surexploitation sera réduit.

AE : Pouvez-vous donner des exemples d'espèces qui subissent ce vortex d'extinction ?

FC : Par exemple, pour certaines tortues, certains gestionnaires de marché de nouveaux animaux de compagnie surveillent la littérature scientifique. Lorsque des espèces sont soit classées plus rares ou nouvellement décrites : nous les retrouvons ensuite dans les animaleries assez rapidement.

Il y a un compromis à trouver entre annoncer que l'espèce est rare et donc potentiellement déclencher un engouement et ne rien dire… Toutefois, ce n'est pas la manière de faire des scientifiques de cacher des informations. Cela pose également un problème de conservation : les espèces ne peuvent être conservées que si elles sont classées dans certaines catégories ou grâce au déblocage de fonds pour les protéger.

AE : Comment arriver à ce compromis ?

FC : Certains jardins botaniques et amateurs d'oiseaux ont choisi de mentionner une espèce rare mais de ne pas reporter sa localisation exacte. Ainsi, des botanistes, lorsqu'ils identifient des espèces rares lors de leurs relevés, ne publient pas ces informations dans le rapport internet mais dans des rapports internes.

AE : Pensez-vous que la destruction des stocks illégaux d'ivoire puisse contribuer à la lutte contre le braconnage des éléphants ?

FC : Le problème, lorsque nous menons ce type d'action, c'est que cela peut avoir une incidence sur les stocks qui restent : ils prennent encore plus de valeur et cela stimule encore plus de braconnage.

Cependant, ce sont des gestes forts, importants, qui montrent qu'il ne faut pas compter sur les gouvernements qui s'engagent aussi clairement pour écouler cette marchandise.

Cela peut produire des effets positifs, si c'est suivi par de nombreux pays pour faire passer un message clair.

AE : Quelles seraient selon vous les actions essentielles à mettre en place pour lutter contre la criminalité contre les espèces sauvages ?

FC : La première chose serait de lutter contre la corruption dans certains pays, aux plus hauts niveaux gouvernementaux, dans les parcs nationaux, etc. La corruption permet à la plupart des activités illégales d'exister. Le commerce des espèces sauvages est devenu le second marché illégal mondial, c'est un marché très juteux. Et à la différence des armes, de la drogue ou du marché humain, les pénalités sont extrêmement faibles : seulement quelques pourcentages de ce que le braconnier gagne, quand il se fait attraper… Les amendes sont ridicules et les peines de prison absolument pas dissuasives, c'est quelque chose qu'il faudrait renforcer pour qu'il y ait moins de bénéfice et un coût supplémentaire à ces marchés illégaux.

Réactions1 réaction à cet article

 

Des mesures très sévères devraient être prises non seulement contre les braconniers et leurs commanditaires, mais aussi contre les états qui ne punissent pas suffisamment et réellement ces délinquants. Par exemple les états honnêtes devraient boycotter les produits des pays laxistes en matière de protection animale. Nous devrions aussi, au plan individuel, le plus certain, refuser d'acheter et de consommer les exportations de ces pays là.

Aubéron | 13 février 2014 à 09h25
 
 

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