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La troisième guerre de l'ortie a commencé

AGRICULTURE - Actu-Environnement.com - 13/11/2009
 
Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire ni toutes les recettes à partager. Une décoction connue des paysans et jardiniers depuis la nuit des temps, semble devenir l'enjeu d'un conflit entre firmes phytosanitaires et défenseurs de l'ortie libre.
 
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Dangereux brûlot, le livre Purin d'ortie et Cie explique en effet aux masses le bon usage de cette potion séculaire : au printemps, dès que les orties poussent et avant qu'elles ne fleurissent, récoltez 1 kg de feuilles fraîches et mettez à macérer dans 10 litres d'eau de pluie pendant 8 jours. Filtrez avec un tissu, mettez en bouteille et stockez au frais. Ce purin, très concentré, ne doit jamais être utilisé pur. Pulvérisé à 5% en solution sur toutes vos plantes, tous les dix à 15 jours selon leur croissance, il fortifie, vivifie et protège des pucerons et des maladies. En solution à 20% arrosée tous les 10 à 15 jours, c'est un excellent engrais et régénérateur du sol. D'autres plantes, aux propriétés stimulantes, comme l'achillée, la bardane, la consoude ou le pissenlit, et fongicides, telles que l'ail, la prêle et le raifort, ou la sauge, qui permet de lutter contre le mildiou de la pomme de terre, sont proposées dans l'ouvrage comme ingrédients de base de la trousse de secours du jardinier avisé. On y découvre également Raymonde Gal, agricultrice en Aveyron, promue ambassadrice de l'ortie pour avoir été pionnière en matière de renouveau et de reconnaissance des vertus de la vivace urticacée.

En août 2006, l'ouvrage Purin d'ortie et Cie a valu à l'un de ses co-auteurs, Eric Petiot, une perquisition des services de la DGCCRF (direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes). Eric Petiot, paysagiste et professeur d'agronomie, s'est vu saisir ses cours et le mémoire d'un brevet. Les inspecteurs étaient munis de la loi d'orientation agricole 2006-11 du 5 janvier 2006 interdisant toute publicité commerciale et toute recommandation pour les produits phytopharmaceutiques contenant une ou plusieurs substances actives destinées au traitement des végétaux, dès lors que ces produits ne bénéficient pas d'une autorisation de mise sur le marché (AMM) ou d'une autorisation de distribution pour expérimentation. En clair, le purin d'ortie, n'étant pas homologué par la commission ad hoc, ne peut être fabriqué et vendu et il est interdit d'en diffuser le savoir faire. Problème : cette loi revient à interdire les méthodes culturales biologiques non homologuées.

Une guerre en trois épisodes

C'est ainsi qu'a commencé la première guerre de l'ortie : premières interdictions en 2002, puis loi d'orientation agricole (LOA) de 2006, qui stipule que la diffusion des connaissances est interdite et que toute préparation agricole doit être homologuée. Coût de la validation d'une molécule : entre 200 et 300.000 euros. Mais des voix s'élèvent pour dénoncer le texte de loi, qui, pour la plupart des associations impliquées, semble confondre intérêts commerciaux et enjeux de santé publique et environnementaux. ''Les pesticides, perturbateurs endocriniens et cancérigènes, sont utilisés sans autorisation alors que l'ortie est interdite ! '', s'indigne Jean Sabench, de la Confédération paysanne. Outre qu'il risque de donner indirectement la prime aux brevets des multinationales de la chimie, le texte de la loi d'orientation agricole de 2006 affiche une nette volonté répressive : 75.000 € d'amende pour celui qui vend ou donne un produit non homologué, en détient des bidons ou diffuse la recette. Le collectif Ortie & Compagnie, rassemblement d'acteurs variés, prend alors en charge la défense du dossier.

Ce tollé déclenche un deuxième épisode de la guerre de l'ortie, victorieux pour l'urticacée cette fois. Les députés s'émeuvent de l'agacement populaire et votent, dans le cadre de la loi sur l'eau, en décembre 2006, un amendement dit du ''purin d'ortie'', accepté par le rapporteur du projet de loi, le député (UMP) André Flageolet. Cet amendement soustrait du cadre de la LOA ces fameux purins qui prennent désormais l'appellation plus aseptisée de ''Préparations naturelles peu préoccupantes'' (PNPP) et renvoie à la rédaction d'un décret permettant une procédure d'homologation allégée. ''On y a travaillé pendant deux ans pour le voir aboutir de façon inacceptable car il fait référence aux réglementations de l'Union européenne qui rendent les procédures très complexes'', explique Bernard Bertrand, porte-parole du collectif des Amis de l'ortie. C'est dans ce contexte qu'est créée l'ASPRO-PNPP, association pour la promotion des produits naturels peu préoccupants fédérant associations, chercheurs et entreprises et la collectivité locale de Périgueux.

Le troisième guerre de l'ortie se joue actuellement entre l'annexe I de la directive européenne 91/414 CE et le Grenelle II, qui sera examiné en 2010 par les députés. Le décret du 23 juin 2008, issu de la loi sur l'eau de 2006, exige l'inscription des matières actives utilisées dans les purins sur une liste européenne, selon une procédure longue, coûteuse et complexe. Avec des financements du Ministère de l'agriculture, l'ITAB (Institut Technique de l'Agriculture Biologique) a tenté de relever le défi pour cinq dossiers pour autant de substances (parmi les quelque 150 candidates répertoriées aujourd'hui). Après 15 mois de travail, aucun dossier n'a franchi avec succès le seuil de la validation de l'AFSSA (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments). L'ASPRO-PNPP s'insurge : ''cette situation est en totale contradiction avec l'amendement de 2006 qui exemptait les préparations naturelles peu préoccupantes, et encore plus encore avec la loi Grenelle I dont un amendement facilite les procédures d'autorisation de mise sur le marché de ces préparations''. Or, soulignent les associations et la Confédération paysanne, l'objectif du Grenelle de réduire de 50% la quantité de pesticides à l'horizon 2018 prendra tout son sens si les agriculteurs, les jardiniers et les collectivités ont accès à ces alternatives que représentent les PNPP.

Les purins d'orties et autres plantes bienfaisantes, alias ''Préparations naturelles peu préoccupantes'' seront-elles enfin intégrées à la loi Grenelle II, qui pourrait une fois pour toutes en favoriser le développement en tant qu'alternatives, en accès libre et gratuit, aux pesticides ? L'enjeu, peu préoccupant pour l'environnement, semble bel et bien préoccuper certains lobbies dans les coulisses du Parlement. La guerre est ouverte. ''Nous sommes dans la dernière ligne droite. Ensuite, il ne restera plus que la désobéissance civile'', avertit Vincent Mazière, de l'ASPRO-PNPP. La suite au prochain épisode.

Agnès SINAI

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