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Agrocarburants : les craintes de la Commission européenne confirmées par l'Ifpri et le JRC

Le centre de recherche de la Commission européenne vient de mettre à jour l'étude - critiquée - de l'Ifpri qui sert de base à la nouvelle politique européenne en matière d'agrocarburants. Ces nouveaux résultats sont plus alarmants que les précédents.

Ressources naturelles  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com

"Les résultats montrent qu'en conservant les hypothèses retenues jusqu'à maintenant, les émissions de gaz à effet de serre (GES) associées au changement indirect d'utilisation des sols (Iluc) induit par le développement des agrocarburants sont identiques à celles retenues par la Commission européenne pour ses travaux. En revanche, en affinant certaines de ces hypothèses, l'étude fait apparaître des émissions Iluc légèrement supérieures, en particulier pour les céréales."

Telle est la principale conclusion d'une étude publiée le 18 mars et conduite par le centre de recherche de la Commission européenne (JRC) et l'Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (Ifpri). Elle présente les derniers résultats obtenus à partir du modèle Mirage de l'Ifpri qui a servi de base à la proposition de réduction de l'objectif européen d'incorporation d'agrocarburants.

Regrouper les cultures par famille ne change rien

"Les résultats obtenus à partir de Mirage et utilisés par la Commission pour son étude d'impact et sa proposition de nouvelle politique en matière d'agrocarburants peuvent être considérés comme les meilleurs actuellement disponibles", défend le document. Même s'il reste de nombreux paramètres susceptibles d'être révisés (notamment les variables liant déforestation et extension des terres cultivées ou les modifications de gouvernance face à la hausse de la demande en agrocarburants), les nouveaux chiffres de l'Ifpri restent donc la référence selon le JRC chargé d'épauler l'exécutif européen au sujet des questions scientifiques.

Cette nouvelle étude propose tout d'abord des évaluations des émissions Iluc par groupe de culture (cultures sucrières, céréales et oléagineux) et non plus par culture (betterave et canne à sucre pour les cultures sucrières, maïs et blé pour les céréales, palmier à huile, soja, tournesol et colza pour les oléagineux). Cette nouvelle approche est conduite sans modifier les hypothèses utilisées précédemment.

En l'occurrence, agréger les cultures par famille sans modifier les hypothèses du modèle "confirme les émissions Iluc utilisées par la Commission", concluent les auteurs de l'étude.

Trois hypothèses révisées

L'étude présente ensuite de nouvelles évaluations qui intègrent "des modifications des paramètres et hypothèses utilisés par l'Ifpri dans l'étude initiale mais jugés incorrects par le JRC". Ce faisant, le JRC répond aux nombreuses critiques formulées à l'encontre de cette étude, notamment de la part des producteurs d'agrocarburants.

La nouvelle étude révise à la baisse les évaluations des rendements agricoles utilisées dans l'étude originale de l'Ifpri. Les rendements des cultures de blé, par exemple, étaient évalués à 8 tonnes par hectare en 2020, contre 5,5 tonnes dans les études de l'OCDE et de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).

Elle modifie aussi les paramètres associés au remplacement de certaines cultures d'oléagineux vivaces par des céréales. L'étude initiale ne donnait pas de limite pour ce type de changement d'affection des sols, alors que la substitution est parfois difficile. On ne remplace pas facilement une oliveraie par un champ de blé, illustre le document.

Enfin, le modèle de l'Ifpri considère que les agrocarburants entraînent une hausse de la demande en produits agricoles. Ce phénomène se traduit par une hausse des prix qui conduit à une hausse de la production (par amélioration des rendements) ainsi qu'une compétition accrue entre les secteurs demandeurs de produits agricoles. Cette double contrainte agirait au détriment de l'alimentation. Le JRC a demandé à l'Ifpri de réviser les hypothèses sous-jacentes, et en particulier de "figer" celles relatives aux modes de consommation alimentaire.

Un impact climatique revu à la hausse

Il ressort de ces modifications du modèle initial des résultats différents de ceux de l'étude initiale. Cependant, ces nouveaux résultats n'infirment pas le modèle de l'Ifpri mais confortent plutôt les résultats initiaux. En effet, ces nouveaux résultats font apparaître des hausses des émissions Iluc dans la plupart des cas.

Ainsi, lorsqu'on prend en compte les rendements de l'OCDE et de la FAO pour le blé, plutôt que ceux retenus par l'Ifpri, les émissions de GES augmentent de 15% pour l'éthanol produit à partir de blé. Un résultat qui serait probablement plus important, avance l'étude, si l'on avait revu à la baisse les rendements de l'ensemble des cultures du modèle pour les faire coïncider avec ceux de l'OCDE et de la FAO.

Lorsque l'on restreint la catégorie "autres oléagineux", en excluant par exemple les plantes vivaces telles que les oliviers, les émissions Iluc croissent de 0 à 29%, selon le type de culture.

En excluant du modèle les changements alimentaires, afin de stabiliser le niveau de la consommation alimentaire, les émissions Iluc varient de -20%, pour les agrocarburants produits à partir de betterave sucrière, à +30%, pour les agrocarburants tirés du soja.

Enfin, lorsqu'on combine la modification de rendement du blé avec la restriction des oléagineux susceptibles d'être rapidement remplacés par d'autres cultures, alors la hausse des émissions Iluc est de 0 à 34% par rapport à l'étude initiale. Cette hausse atteint de 3 à 62%, si l'on fige aussi les modes actuels de consommation alimentaire.

Réactions12 réactions à cet article

 

Quelqu'un a-t-il jamais fait l'essai d'autarcie en agrocarburant dédié a la culture et aux besoins en énergie de la filière agrocarburant? Selon toute vraisemblance il est impossible de produire assez de carburant pour juste alimenter les passages de tracteurs ou de machine agricole sur le champ puis la logistique jusqu'à l'usine. Avec ensuite retour du carburant pour la prochaine récolte. L'usine de carburant peut employer la partie de biomasse inutilisée pour s'alimenter en chaleur.

ami9327 | 26 mars 2014 à 11h18
 
 

Il y a depuis pas mal de temps des moyens plus intelligents que le gasoil, l'essence ou l'agrocarburant pour "actionner" des pistons

Mais ils "dérangeient" et les pétroliers (qui financent les campagnes électorales) et Bercy.

L'explication est là !

Jean-Marie | 27 mars 2014 à 07h55
 
 

Quelle grotesque erreur de faire de l'agrocarburant vu son prix de revient Mais on est pas à une absurdité près pour se FAIRE DU FRIC.
Au tout début de l'agrocarburant,à l'Enduro du Touquet,on nous a fait croire qu'une moto courrait avec ce liquide mais il n'en était rien,c'était de l'essence classique et une vaste arnaque publicitaire faite par un bettravier participant à la course.

Gdid | 27 mars 2014 à 09h58
 
 

Ces études ne sont pas rigoureuses ! En effet les chercheurs mélangent des stocks et des flux. Commencer une production de biocarburant va libérer un stock de carbone quelque part, de même que fabriquer un panneau solaire. Mais ensuite la production de biocarburant va remplacer de l'énergie fossile, et éviter chaque année (flux) des émissions de carbone. Au bout d'un certain temps (temps de retour sur investissement) le bilan est positif.
C'est ce temps qui est important, mais les rapports ne le mentionnent pas. Ils ne disent pas non plus quel "horizon" ils utilisent : si on analyse un panneau solaire sur un an, le bilan est négatif !
Ces rapports ne sont donc ni scientifiques ni honnêtes.

André Gennesseaux | 27 mars 2014 à 12h06
 
 

Historiquement, l'agriculture a toujours servi aussi à alimenter le transport: les chevaux, boeufs de trait et autres ânes. Au 19ième siècle, 1/3 des surfaces agricoles étaient dédiées à leur alimentation.
Les agrocarburants peuvent avoir une place, car l'agriculture produit plus que ce qu'il faut pour nourrir les hommes; les consommateurs, une fois l'alimentation vitale servie, devraient pouvoir faire eux-mêmes les arbitrages entre consommation de viande et transport, comme ils l'ont toujours fait. Encore faut-il avoir un système de prix/subventions/taxes qui ne biaise pas ces décisions dans un sens ou l'autre! C'est peut-être le plus difficile...

Clio | 27 mars 2014 à 14h31
 
 

Avec les agrocarburants on avait dés le départ une indication précieuse sur leur intérêt économique: leur prix de vente à la pompe n'était concurentiel qu'avec une DIMINUTION DES TAXES = subvention de nous tous.
L'idée des agrocarburants est plaisante et parait être une solution. Seulement les ordres de grandeurs ne coïncident pas du tout: dans le meilleur des cas ça restera une contribution tout à fait minime au problème des carburants. Tous les jours ce sont des millions de tonnes de pétrole qui sont consommées. Quel écosystème pourrait fournir TOUS les jours ces millions de tonnes? AUCUN!!!!!

ami9327 | 27 mars 2014 à 14h40
 
 

Des agrocarburants pour subvenir à la pénurie annoncé de pétrole ? On peut aussi essayer à l'horizon 2050 de garder les terres cultivables pour nourrir les 9 milliards d'habitants sur Terre et faire que les transports fonctionnent essentiellement à l'électricité ou à l'hydrogène. Non, ce n'est pas possible ?

Gaet | 27 mars 2014 à 16h45
 
 

Je rejoins 'Gaet' et 'Jean Marie', tout en reconnaissant qu'effectivement comme le souligne 'Clio' les productions agricoles ont de tout temps servi à nourrir aussi les animaux qui étaient auparavant les modes de tractions, mais les choses évoluent, et je pense qu'il est dorénavant impérieux de consacrer les terres agricoles aux seuls besoins alimentaires des humains et des animaux.
Ressortons des tiroirs les brevets qui permettraient des avancées techniques et technologiques, et soutenons fermement la R&D, encourageons les motoristes à vraiment baisser les consommations et les diverses émissions, encourageons nous à réduire nos propres consommations au stricte nécessaire, il y a tellement mieux à faire qu'a poursuivre la production d'agro-carburants de première génération dont toute personne qui s'informe un tant soit peu sait les affres qu'ils engendrent.

Daniel JAGLINE | 28 mars 2014 à 16h25
 
 

toutes les productions agricoles ne sont pas systématiquement à usage alimentaire et cela depuis toujours . Le lin par exemple est cultivé pour ses fibres utilisées dans les textiles . Les fibres de chanvre sont aujourd'hui utilisées comme isolant . Les exemples sont multiples et ne pretent pas à polémique .
Pour les agro-carburants c'est autre chose ! Baisser le rendement de référence du blé de 8T à 5.5T est facile pour discréditer encore une fois cette filière . Dans les grands bassins de production de blé les rendements vont de 8 à 10T et c'est là que se font les agro-carburants
Quand à la déforestation que cela pourrait entrainer , en France la surface en foret ne cesse d'augmenter .
Donc un peu de réalisme serait souhaitable dans toutes ces études dont les conclusions sont écrites d ' avance !!!!

balxha | 28 mars 2014 à 19h58
 
 

Aujourd'hui ce ne sont plus les moteurs ou la mécanique qu'il faut changer, ce sont les caractéristiques des voitures: plus légères, moins puissantes, ne plus vendre aucune voiture qui puisse dépasser les 130KM/H.
Les agrocarburants de première génération qui n'emploient qu'une toute petite partie de la plante (le sucre, l'huile) sont une totale absurdité et il est choquant que des filières aient pu être soutenues par l'état. La seconde génération tentera d'exploiter, si possible, toute la matière organique de la plante. Seulement au niveau des ordres de grandeurs on est toujours bien trop loin des buts a atteindre.
De toute façon il faudrait quand même vérifier une fois pour toutes que l'ensemble de la filière soit capable de produire PLUS d'énergie qu'elle NE CONSOMME. C'est un Tabou...

ami9327 | 30 mars 2014 à 00h05
 
 

Tous les arguments ici déployés anti-biocarburants sont exactement les mêmes que ceux employés par les anti-solaire et les anti-éoliens. Je remarque que dans ce fil, les agriculteurs sont les méchants et les pro-éoliens et pro-solaires sont les gentils. Pourquoi ce parti pris?
Un peu simpliste, non?
L'arbitrage entre ce qui va à la fermentation et ce qui va à l'alimentation est relativement simple à faire, notamment pour la betterave ou la canne: c'est une question de capacité d'extraction des sucres. Le sucre qui reste dans la mélasse n'est plus extractible pour l'alimentaire dont on l'utilise pour la fermentation puis la distillation. Pourquoi condamner cet éthanol là qui n'est pas plus nuisible que celui d'un apéritif célèbre?
Un peu de nuance ne nuirait pas.
Quant à l'ILUC, qui peut me tuyauter sur le caractère scientifique de l'approche?

Albatros | 31 mars 2014 à 10h05
 
 

Et si on essayait aussi d'avoir besoin de MOINS de carburants, que ce soit des agrocarburants, du pétrole, de l'électricité, etc. ! A-t-on besoin de prendre sa grosse 4X4 pour aller conduire ses enfants à l'école à 1 ou 2 km de chez soi ?
Sans parler du fait que les agrocarburants ne sont pas forcément produits de façon très écologiques, et que dans certains pays, ils viennent prendre la place des cultures vivrières qui permettraient aux populations locales de se nourrir...

framboise | 31 mars 2014 à 12h31
 
 

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