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Débat énergétique : les professionnels de l'incinération soumettent leurs doléances

Le SVDU a présenté un Livre blanc dénonçant les idées reçues et proposant une série de réformes afin de soutenir la filière. Il espère être entendu à l'occasion du débat sur l'énergie annoncé par le gouvernement.

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Mercredi 27 juin 2012, le Syndicat national du traitement et de la valorisation des déchets urbains et assimilés (SVDU) a présenté "des propositions pour tirer le meilleur parti de l'énergie des déchets". Présentées à l'occasion de la publication d'un Livre blanc de l'incinération, rédigé afin de "dénoncer [14] idées reçues", ces propositions s'inscrivent dans le cadre du débat national sur la transition énergétique annoncé par le nouveau gouvernement.

Le SVDU propose de mieux valoriser les déchets résiduels et de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES), la moitié de l'énergie produite par l'incinération étant considéré comme une énergie renouvelable au sens de la directive 2001-77 relative à la promotion de l'électricité produite à partir de sources d'énergie renouvelables sur le marché intérieur de l'électricité

Revenir sur le Grenelle

Une première série de trois propositions vise à "donner à l'incinération toute sa place comme source d'énergie renouvelable". Le SDVU suggère ici de ne pas appliquer aux incinérateurs ayant le meilleur rendement énergétique certaines mesures issues du Grenelle de l'environnement. Sont ciblées les mesures "[bridant] les capacités d'incinération", "[réduisant] les quantités de déchets incinérées" et "[instaurant] une taxe générale sur les activités polluantes (TGAP) pour les déchets incinérés".

Concrètement, la mesure bridant les capacités d'incinération est l'objectif du Grenelle prévoyant une limitation des capacités d'enfouissement ou d'incinération à 60 % du volume des déchets collectés sur un département (la région pour l'Île-de-France). La mesure entrainant une réduction des déchets incinérés est la réduction de 15% des déchets incinérés ou enfouis qui doit être inscrite dans le cadre des plans d'élimination des déchets ménagers et assimilés (Pedma) départementaux. Enfin, la TGAP s'applique depuis 2009 aux déchets ménagers incinérés et l'Etat prévoit une hausse progressive jusqu'en 2013.

Quant aux incinérateurs ayant "le meilleur rendement énergétique", le SDVU entend ceux produisant électricité et chaleur et ayant "un rendement d'environ 60%", explique Luc Valaize, président du SDVU. A-t-il bon espoir d'être entendu par les ministres concernés ? "Il n'y a pas de sacralisation du Grenelle", avance-t-il faisant état des discours entendus dans les couloirs des ministères.

 
Compostage et recyclage des plastiques Le développement du compostage et de la méthanisation pourrait priver les incinérateurs d'une partie de la biomasse qui permet de comptabiliser la moitié de l'énergie produite comme une EnR au titre de la réglementation européen.
Quant au recyclage des plastiques qui pourrait s'étendre suite aux expérimentations en cours, il pourrait priver les incinérateurs d'un combustible réputé pour son excellent pouvoir calorifique.
Cela inquiète-il le SVDU ? "Non ce ne doit pas être une inquiétude pour la profession" avance Luc Valaize qui juge que c'est même une "excellente nouvelle". "On a de la réserve" pour alimenter les incinérateurs, estime-t-il, pointant du doigt les quelque 31% de déchets français envoyés en décharge.
 
Les réseaux de chaleur en ligne de mire

La seconde série de propositions doit permettre de doubler l'énergie produite par les incinérateurs. "Actuellement, environ la moitié de l'énergie des déchets résiduels traités par incinération est perdue", estime le SDVU, précisant que "cela représente un gaspillage de plus 4 millions de tonnes équivalent pétrole par an". Revenant sur le futur débat énergétique, le président du SDVU estime que cette énergie perdue correspond plus ou moins à celle produite par le réacteur numéro 1 de Fessenheim (Haut-Rhin). "Si on double la production énergétique des incinérateurs on peut fermer Fessenheim", conclut-il. Il n'est cependant pas certain que les partisans de la fermeture de la doyenne des centrales françaises en activité envisagent une telle substitution.

Toujours est-il que l'utilisation médiocre de l'énergie tirée de l'incinération s'explique par la distance trop importante entre les incinérateurs et les centres urbains qui rend difficile le raccordement aux réseaux de chaleur. En cause, des investissements trop lourds pour créer les raccordements et une perte de chaleur importante lors de son acheminement.

Le SDVU propose donc, de développer la valorisation thermique en complément de la valorisation électrique, via quatre mesures dédiées. Le syndicat suggère tout d'abord de prolonger le Fonds chaleur renouvelable de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), "qui facilite la création et l'extension de réseaux de chaleur alimentés entre autres par des incinérateurs". Il propose ensuite de développer les réseaux de chauffage urbain déjà existants. De même, il souhaite favoriser l'implantation de nouveaux incinérateurs reliés à des réseaux de chauffage urbain. Enfin, il souhaiterait "[remettre] à plat le tarif d'achat de l'électricité produite par les incinérateurs, afin que les exploitants soient incités à produire de la chaleur au moment où les besoins sont les plus importants (hiver)". Cette dernière proposition vise la mise en place d'un tarif fixe tout au long de l'année, alors que le tarif actuel est plus élevé en hiver pour répondre aux pointes de consommation. Le SDVU estime qu'un tarif fixe inciterait la récupération de chaleur en complément de la production d'électricité.

Réactions9 réactions à cet article

 

pourquoi alors maintenir une collecte selective?

audaces | 29 juin 2012 à 11h01
 
 

J'ajoute à l'article un facteur inconnu du grand public. Lors d'un projet de rénovation d'une usine pour se conformer aux normes (cas vécu),l'EDF ne proposait qu'un prix dérisoire pour l'achat de l'électricité produite alors que, sous pression des lobbies éolien et photovoltaïque, renforcé par une opinion publique chauffée à bloc par les écologistes, l"EDF se voit contrainte de payer ces énergies selon un tarif supérieur à son prix de vente aux consommateurs. L'usine a donc été rénovée sans récupération d'énergie car le prix d'achat proposé rendaitimppoosible le retour sur investissement Par ailleurs bonne question posée par monsieur Audaces. La Cour des comptes, qui ne cesse de rédiger de beaux rapports, ferait bien d'essayer de dresser un bilan honnête dépenses/recettes du tri sélectif. Paul Chérel

Paul Chérel (ne pratique pas le pseudo) | 03 juillet 2012 à 09h45
 
 

L'incinération ne doit pas être diabolisée et ses représentants ont raison de souligner sa contribution au bouquet énergétique. Elle est une partie de la solution d'une bonne gestion de nos déchets. Quant au tri, tel que pratiqué actuellement, son bilan économique demande effectivement à être établi...

Albatros | 03 juillet 2012 à 14h04
 
 

pour tenter une réponse audacieuse ... parce que la différence entre l'énergie nécessaire pour retrouver de la matière première et la réutilisation de la matière est supérieure à l'énergie produite lors de l'incinération.
Il faut pour que cela fonctionne au-delà de ces considérations environnementales, que le prix de vente de la matières triée soit supérieur au gain lié à la production d'électricité.

kolas | 03 juillet 2012 à 16h20
 
 

Quoi qu'il soit décidé, cela devrait avoir le meilleur rendement possible au regard (macroscopique et approximatif, sinon impossible en si peu de temps) du cycle de vie de la matière (incluant bien sur l'énergie électrique et thermique consommée pour transformer cette matière), en incluant également les interactions sociales (conditions de travail, effet sur la société et utilité pour la société) économiques (rendement économique pour la société, répartition de la valeur ajoutée entre les acteurs et absence ou présence de corruption et d'évasion fiscale).

Lionel | 03 juillet 2012 à 17h39
 
 

Lisez avant tout "déchets ménagers" de Dany Dietmann (éditions l'Harmattan) avant de dire que l'incinération est une "solution" .Dans sa communauté de communes, le poids de ce qui est mis dans la poubelle est de 103 kg/an/habitant !.
Vous ne vivez certainement pas à côté d'un incinérateur ...
IL FAUT RÉDUIRE LES DÉCHETS A LA SOURCE ET DONNER UNE NOUVELLE VIE AUX RÉSIDUS DE MATIÈRE PREMIÈRE SECONDAIRE.
Le premier supermarché sans emballage vient de voir le jour en France (Brétigny-sur-Orge) à quand sa généralisation à tout le pays ?

Rémifasol57 | 07 juillet 2012 à 20h07
 
 

@au msusicien remifasol Avant de lire l'éminent Dany, je vous invite à relire mon premier message où j'écris (cas vécu). J'habite à côté d'une usine d'incinération, j'ai suivi l'évolution du projet de rénovation, notamment le traitement de fumées adopté et ce que j'écris provient d'une expérience vécue. Des livres du genre de celui de Dany Dietmann, il en existe des centaines. Des livres sur les différents traitements possibles de déchets aussI. Je vous invite donc à les lire AUSSI. Paul Chérel

Paul Chérel (ne pratique pas le pseudo) | 09 juillet 2012 à 09h47
 
 

@Rémifasol57 : bien d'accord mais pour cela, il faut proposer des mesures concrètes qui seraient réellement utilisables par une large majorité de la population (cela peut comprendre de la sensibilisation bien sur mais pour le moment, j'ai pas l'impression que ce soit ce qui marche le mieux). Pour le supermarché sans emballages, c'est une expérience très intéressante mais vendent-ils des produits frais ? Tout les "emballages" sont-ils aussi des consignes (donc pas vraiment un emballage) ? S'ils arrivent à avoir une offre alimentaire aussi large qu'un petit supermarché (grandes enseignes "classiques"), je serais currieux de savoir de combien % les dates de péremptions sont-elles réduites et avec quoi ils emballent les produits plus ou moins liquides, gras et à base de poisson et viande. Je ne dis pas tout ça pour décourager mais si les minimarchés bio ne se développent pas plus vite, c'est (à mon avis) bien parce que la majorité de la population ne souhaite pas changer ses habitudes (c'est à dire favorisent consciemment ou inconsciemment leur "confort" aux impacts environnementaux et sociaux de leur consommation...).

Lionel | 09 juillet 2012 à 10h33
 
 

C'est beau, le lobbying, et quand c'est bien fait ça permet de faire croire tout ce qu'on veut, même si c'est un tissu de mensonges et de demi-vérités. Enfin, si on peut vendre des incinérateur un peu partout, ça sera toujours ça de gagné... pour les industriels du secteur. Après tout, l'incinération, c'est avant tout un business juteux, dont nous payons tous la facture, sans possibilité d'y échapper.

Pit' | 16 juillet 2012 à 13h12
 
 

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