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“ La révision des objectifs est une bonne chose pour l'image de la filière bois ”

Que ce soit pour l'électricité ou la chaleur, la filière bois énergie revoit ses objectifs à la baisse pour plus de cohérence avec le potentiel de la ressource. Bruno de Monclin, président du Comité interprofessionnel du bois énergie revient sur la situation de la filière en ce début d'année.

Interview  |  Energie  |    |  Florence RousselActu-Environnement.com
   
“ La révision des objectifs est une bonne chose pour l'image de la filière bois ”
Bruno de Monclin
Président du CIBE
   

Actu-environnement : Quel regard portez-vous sur l'année 2015 pour la filière bois-énergie ?

Bruno de Monclin : Depuis le début des années 80, le développement de la filière est étroitement dépendant du prix du baril de pétrole. Il détermine directement ou indirectement les prix des combustibles fossiles. Résultat, en aval de la filière, l'année a été plutôt mauvaise. Avec des prix du pétrole très bas, les porteurs de projets ont retenu leur stylo. A cela s'ajoutent deux hivers très doux qui ont fragilisé la rentabilité des chaufferies bois existantes.

Les chaufferies mixtes à cogénération chaleur/électricité s'en sortent un peu mieux. La vente d'électricité représente 80% de leur chiffre d'affaires. Pour les petites chaufferies de puissance inférieure à 1 MW, la situation est difficile mais elles devraient survivre. Le lancement de nouveaux projets en revanche est beaucoup plus compliqué.

AE : Qu'en est-il de la situation en amont de la filière ?

BDM : En amont, du côté de la filière d'approvisionnement, les ressources sont au rendez-vous. Les besoins réduits en 2015 ont permis de reconstituer les stocks de bois. La hausse des prix du combustible a donc ralenti. Les volumes de bois prévus pour 2015 mais non consommés vont avoir le temps de sécher convenablement. Le bois plus sec se vendra mieux en 2016.

AE : Quelles autres perspectives prévoyez-vous pour le bois énergie ?

BDM : Le prix des énergies concurrentes fossiles va continuer à baisser. Le bois est quatre à six fois moins cher que l'électricité, mais il se fait rattraper par le fuel et le gaz. Ce qui n'encourage pas à changer d'énergie !

Si en 2012, le développement du bois énergie était cohérent avec les objectifs fixés par le Grenelle pour l'horizon 2020, depuis ce n'est plus le cas. Les objectifs ont même été revus à la baisse. En matière de production électrique, on prévoyait 2.300 MW installés en 2020. La PPE en cours de discussion ne prévoit plus que 540 MW en 2018 - le niveau actuel - et 700 à 1.000 MW pour 2023.

Côté chaleur renouvelable, l'Etat et la filière misent sur une stabilité de l'utilisation du bois énergie par les particuliers soit 28 millions de tonnes de bois. Pour les chaufferies industrielles, la future PPE prévoit de passer de 14,8 Mt en 2014 à 22,8 Mt en 2018, soit une hausse de 60% en quatre ans. Pour 2023, l'objectif serait de 56 Mt soit l'équivalent des objectifs fixés par le Grenelle pour l'horizon 2020.

Ce n'est pas forcément une mauvaise chose car fixer des objectifs trop ambitieux par rapport aux capacités de mobilisation de la ressource ne participait pas à améliorer l'image de la filière. Une remise en cohérence des objectifs est aujourd'hui bienvenue.

AE : Le ministère de l'Environnement vient de lancer un nouvel appel d'offres pour la production d'électricité à partir de biomasse. Qu'en pensez-vous ?

BDM : Le nouvel appel d'offres porte sur trois tranches de 50 MWe dont 10 MWe pour des projets inférieurs à 10 MWe. C'est un petit programme comparé aux 421 MW retenus lors du dernier appel d'offres, mais il est bon de repartir sur des bases plus accessibles.

Comme nous le demandions, les petits projets vont bénéficier d'une écoute particulière. L'appel d'offres prévoit un encadrement des tarifs de 50 à 200 euros par MWh. Les gros projets peuvent en effet proposer un tarif d'achat bas, aux alentours de 130 euros du MWh tandis que les petits projets peuvent difficilement se situer en dessous de 200 euros du MWh.

AE : Le cahier des charges est-il différent des appels d'offres précédents ?

BDM : Le cahier des charges privilégie la cogénération à haut rendement et demande une efficacité énergétique de 75%. Ce sont des préconisations classiques. De toute façon, il est dans l'intérêt des porteurs de projet d'être les plus efficaces possibles.

Ce cahier des charges s'est en revanche assoupli en matière d'approvisionnement en bois. Tous les types d'approvisionnement sont possibles. Par contre, l'absence d'un plan d'approvisionnement cohérent et instruit est éliminatoire.

Le gros changement est l'entrée en vigueur du complément de rémunération. L'électricité produite sera vendue au prix de marché et les producteurs recevront une prime complémentaire de la part de l'Etat. Les procédures se complexifient, ce qui ne manquera pas de pénaliser les petites unités.

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