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Comment maîtriser les risques liés aux installations de méthanisation ?

La méthanisation est en pleine phase de croissance en France. Cette activité n'est pas sans risque mais l'adoption de mesures de sécurité adaptées permet de réduire considérablement la probabilité d'accident.

Risques  |    |  Laurent RadissonActu-Environnement.com
Environnement & Technique N°341 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°341
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La sécurité des installations de production de biogaz pose question, alors que le gouvernement a fixé comme objectif l'exploitation de 1.500 méthaniseurs d'ici trois ans et que la filière commence à décoller. C'est pour apporter des réponses à ces préoccupations de sécurité que le Club Biogaz de l'Association technique énergie environnement (ATEE) organisait un colloque ce mardi 14 octobre à Paris.

"Peu d'accidents et l'on ne veut pas qu'il y en ait"

Les potentiels de dangers résident dans les produits (biogaz, co-substrats, digestats, produits connexes comme le fioul…), les installations mettant en œuvre du biogaz (digesteurs, ouvrages de stockage des digesteurs, chaudières, cogénérateurs, canalisations, torchères…), les équipements annexes (ouvrages de stockage de matières, cuves d'hydrocarbures ou de réactifs…), explique Arnaud Maitrepierre du Cabinet Ectare. Les accidents peuvent être déclenchés par un événement d'origine naturelle (gel, séisme, foudre…) ou anthropique (activités voisines, malveillance, circulation des véhicules…).

"Il y a peu d'accidents et l'on ne veut pas qu'il y en ait", rassure toutefois Pascale Vizy, chargée de mission "déchets organiques" au ministère de l'Ecologie, qui précise que les retours d'expérience viennent surtout de l'étranger, compte tenu de l'avance de certains pays en la matière. La base Aria du ministère recense moins d'une cinquantaine d'événements depuis 1992. Il s'agit principalement d'incendies, suivis par les fuites de matières dangereuses, puis les explosions.

Le risque explosion est rare mais spectaculaire, indique Pascale Vizy, qui estime important de prévoir une zone préférentielle où devra être dirigée une potentielle explosion. La conception des installations est également importante car elle conditionne ensuite la sécurité des travaux de maintenance. Il faut également faire preuve de rigueur dans les zones à risque d'explosion, ajoute-t-elle, en ce qui concerne l'interdiction de fumer et les travaux de soudure, en particulier lorsqu'ils sont réalisés par des sous-traitants. "Les mesures de maîtrise des risques ne peuvent être efficaces que si le personnel en comprend l'importance, le fonctionnement et sait les mettre en œuvre lorsqu'elles requièrent une intervention humaine", confirme Sébastien Evanno de l'Institut national de l'environnement et des risques (Ineris).

Quant au risque incendie, c'est le souci majeur, estime Pascale Vizy, car il est, dans la plupart des cas, précurseur de l'explosion et présente des effets dominos. La réglementation exige des locaux présentant des caractéristiques de réaction au feu minimale (classe A1) et des matériaux résistants au feu pendant deux heures (REI 120), tels que le béton, le Siporex ou les plaques de plâtre sous certaines conditions. "Il ne faut pas avoir peur du langage employé dans les textes réglementaires", tente de dédramatiser la représentante du ministère de l'Ecologie, qui explique qu'en pratique beaucoup d'exploitants respectent déjà ces normes sans même le savoir.

Des risques différents selon les installations

Les risques sont toutefois différents selon le type d'installation, précise Pascale Vizy, qui rappelle au passage l'existence d'un risque toxique lié au sulfure d'hydrogène (H2S) et du risque de pollution des eaux, au delà des seuls risques incendie et explosion.

Les matières entrantes doivent être particulièrement surveillées dans le cas des installations de traitement des déchets, explique la représentante du ministère de l'Ecologie. Pour la méthanisation agricole, la problématique vient plutôt du fait que les installations sont de petite taille avec des contraintes d'espace et de voisinage. Ce qui est moins le cas des installations agroalimentaires qui sont déjà inscrites dans un schéma industriel plus classique. Quant aux stations d'épuration, la difficulté peut provenir du fait que leur activité première est le traitement de l'eau et qu'elles sont moins préparées à celle de production de biogaz.

Respecter les réglementations ICPE et Atex

Au final, si la méthanisation présente des dangers attestés, les risques pour la population et l'environnement restent limités dès lors que les exploitants respectent une série de mesures bien identifiées, explique Sébastien Evanno. Parmi celles-ci figure une démarche rigoureuse de prévention dans le respect de la réglementation sur les installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE) et de la réglementation sur les atmosphères explosives (Atex).

Les arrêtés ministériels pris au titre de la législation ICPE prévoient ainsi des dispositions communes en terme d'implantation vis-à-vis des cours d'eau et des locaux occupés par des tiers, de capacité de rétention, de distance minimale entre les installations de combustion et les produits combustibles, de dispositifs de limitation de surpression ou de sous-pression, d'identification des zones Atex, ou encore de procédure d'intervention, rappelle Arnaud Maitrepierre.

La démarche de maîtrise des risques passe par une sécurisation du procédé en amont, dès la conception des installations, accompagnée de la mise en place de barrières techniques et humaines de sécurité en s'appuyant sur une analyse de risques, ajoute le représentant de l'Ineris. Mais aussi par un contrôle régulier de la fiabilité de ces barrières, la détermination des actions de surveillance destinées à gérer les dysfonctionnements, la surveillance des situations particulières à risques (travaux par points chauds, maintenance, démarrage et mise à l'arrêt des installations), sans oublier la formation des exploitants, qui reste primordiale aux yeux de tous les spécialistes du risque.

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Comment maîtriser les risques liés aux installations de méthanisation ?

PY | 20 octobre 2014 à 18h18
 
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