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Manifestations du premier anniversaire de Fukushima : la population exprime sa colère

Les un an de la catastrophe nucléaire de Fukushima, ont vu de nombreuses manifestations au Japon. Parmi elles, celle de Kooriyama, la plus grande qu'a jamais connu la préfecture de Fukushima. Recueil de témoignages par notre journaliste sur place.

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Manifestations du premier anniversaire de Fukushima : la population exprime sa colère

Le stade de baseball de Kooriyama-city débordait ce dimanche 11 mars 2012. Rassemblés pour les un ans de la catastrophe de Fukushima, à une quarantaine de kilomètres de Fukushima-city, des hommes et des femmes représentatifs de la jeunesse japonaise, des adultes et des personnes âgées, venus des territoires contaminés et de tout le pays. Parmi eux, un chauffeur de bus d'une préfecture voisine de celle de Fukushima. "A Tochigi, après la catastrophe, nous n'avons plus pu manger de viande de bœuf, raconte-t-il. Des mesures ont révélé qu'elle était contaminée, sans doute par ce que les bêtes avaient brouté dans des champs touchés par les retombées de la centrale Fukushima Daiichi située à plus de 200 kilomètres de là".

A la tribune

Face aux 16.000 participants, la beauté de la région de Tohoku défile sur un écran géant : les rizières, le ski dans les montagnes, les promenades en forêts, les cerisiers en fleurs,... A la tribune, des chanteurs évoquent le danger invisible d'"houshano", la radioactivité, très difficile à combattre. Mais aussi l'incertitude sur l'avenir, les maisons vides, le temps révolu où il était possible de rentrer à la maison... "Les gradins sont décontaminés, mais pas la route sur laquelle vous allez défiler !", prévient l'animatrice. Curieux, des hommes sortent leurs radiamètres sur la pelouse en bordure du stade : 2,37 µSv/h au sol, 1,2 à un mètre... Un niveau à comparer aux 0,04  µSv/h mesurés avant la catastrophe chez un agriculteur vivant sur la commune de Fukushima-city... "Ce n'est pas une catastrophe naturelle, mais celle de la civilisation par laquelle nous sommes tous connectés !", rappelle-t-on en tribune. La célèbre Tokiko Kato acclame Le Temps des Cerises, suivie du Prix Nobel de littérature Kenzaburô Oé. Après avoir rappelé le "mythe de la sûreté nucléaire" dans lequel le Japon est entré simultanément au boom économique des années 80, il invite le public à faire de son rêve une réalité : "Un jour, dans les écoles, il sera annoncé aux enfants : le Japon arrête le nucléaire".

Un agriculteur - biologique de surcroit - vient témoigner de sa grande inquiétude : "Ces terres retiennent plus le césium que les autres, tout est contaminé, nous ne pouvons plus continuer à produire". La majeur partie de la production nationale du fameux champignon Shiitaké est menacée par le bois nécessaire à sa croissance provenant de forêts maintenant contaminées. "La foresterie, l'agriculture et la pêcherie sont le fruit du travail de nos parents. Pour nos enfants, nous devons continuer jusqu'à ce que la radioactivité arrive à zéro ; et cesser de séparer agriculteurs et consommateurs", s'exclame-t-il.Tous se lèvent alors, pour une minute de silence.

Puis, les témoignages reprennent. La femme d'un pêcheur de Soma-city rappelle qu'en septembre dernier, malgré les ravages du tsunami, ils étaient prêts à reprendre leur activité. Mais ils n'ont pas pu, à cause d'houshano. En pleurs, elle demande qu'"ils nettoient l'océan pour revoir sur le marché les délicieux poissons de la côte de Fukushima". Un agriculteur d'Iwate parle de sa vie misérable depuis qu'il a perdu sa terre, et de ces nouveaux arrivants à Futaba-city qui ne parlent plus que décontamination, sans écouter les demandes des populations qui vivaient là. "Tepco et le gouvernement ont à assumer leurs responsabilités !", proclame-t-il. Marquée par l'évacuation alors qu'elle se trouvait dans une école prestigieuse proche de la centrale, une jeune footballeuse native de Kooriyama annonce son nouveau challenge : "parler du future ensemble". Choquée par neuf évacuations successives, une femme de Namie-city - opposée à la construction de la centrale de Fukushima -, est revenue après s'être échappée en Chine. Elle exige l'espoir : "Nous ne pouvons arrêter les tremblements de terre, mais le nucléaire, oui. Utilisons l'argent du nucléaire dans les énergies renouvelables !".

Dans le cortège

Après une ultime intervention en tribune, et la seule représentation étrangère, celle du peuple allemand venu exprimé sa solidarité, le cortège démarre sur de nouveaux chants et une recommandation : ne pas effrayer la population. Des bannières colorées défilent, représentant des collectivités, des syndicats de travailleurs, d'enseignants, des écologistes, des corporations... Avec des slogans récurrents : « Abolissez le nucléaire », « protégez les enfants de la radioactivité », « protégez la constitution », « décontaminez au plus vite »...

Aux côtés d'un confrère arborant une banderole bleue portant cette inscription, un homme fatigué avance avec sur le torse, un dessin d'un enfant levant le point pour dire : « Genpatsu, No ! ». « Non au nucléaire ! ». Il avance en tête du cortège d'une corporation médicale de Fukushima-city, familière au port de masque ; une pratique courante dans cette société soucieuse d'éviter la transmission des virus grippaux. D'une voix faible, ce médecin généraliste explique : "Mon travail est de protéger les gens. Parmi les médecins, il y a trois catégories : ceux qui s'échappent, ceux qui estiment qu'ils n'ont pas le choix et ceux qui décident de rester". Lui fait partie de ceux là et ce qu'il constate chez ses patients, ce n'est pas de la souffrance physique, mais de la détresse. "Juste après la catastrophe, le gouvernement a dit : « Vous n'allez pas être affectés immédiatement », ça a terrifié tout le monde. Et pour rassurer, il a expliqué : « Ce n'est pas grave, c'est comme prendre l'avion ou subir des rayons ». Mais ce n'est pas vrai, car ici, pour nous tous, c'est 24h/24 et sur le long terme !". Il souhaite la vérité de l'information et l'unification du peuple.

Postée le long du cortège, une femme de la corporation du personnel de crèche de Kooriyama-city aide au bon déroulement de la manifestation. Face à l'étonnement suscité par l'absence d'enfants dans la manifestation, elle explique : "Ici, les enfants n'ont pas le droit de rester dehors. Tant de gens sont partis depuis la catastrophe qu'il n'y a plus d'attente pour obtenir une place dans un jardin d'enfants. De 70 par établissement, ils ne sont plus que 50 avec, en conséquence, un personnel réduit et des pertes d'emplois. Elle assure : Dans les écoles, la plupart de la nourriture ne vient pas de la préfecture de Fukushima. Les parents sont trop inquiets. Ils ne veulent même pas que leurs enfants boivent l'eau du robine". Mais le plus choquant pour elle, ce sont ces propositions faites aux enfants de plus de trois ans de partir en bus loin d'ici, pour jouer à l'extérieur, avec l'accord des parents mais sans eux. Une démarche initiée par l'ONG Fukushima children support, et par l'UNICEF. "Je veux que le gouvernement s'en charge, mais pas l'UNICEF !", s'exclame-t-elle.

Malgré tout, aux alentours du stade, il n'est pas rare d'entendre les enfants hurler dans le calme des restaurants, ni de les voir jouer dans le brouhaha d'un game center. Un an après la catastrophe de Fukushima, le Japon demeure une « société électrique ».

Réactions3 réactions à cet article

 

"Ce n'est pas une catastrophe naturelle, mais celle de la civilisation par laquelle nous sommes tous connectés"
Rien a dire de plus !! pourquoi c'est toujours le peuple qui sait etre objectif mais jamais les dirigeants ? ce qui est pluytot grave etant donné que nous ne sommes pas REELLEMENT en démocratie
Je veux pouvoir faire MES choix et non pas le choix parmis leurs propositions (cf presidentielles)

décroissant | 13 mars 2012 à 12h13
 
 

Merci pour cet article en live, dans la réalité de cette terrible catastrophe.
Quand les bonnes décisions seront-elles prises ?
Quand la folie des hommes s'effacera devant la sagesse?
De notre Europe lointaine, nous ne mesurons pas la dimension de cette tragedie, merci à Camille Saïsset de s'être rendue sur place et d'être toujours au coeur de la réalité . Cet article pris sur le vif doit faire réfléchir.

Flo | 14 mars 2012 à 10h02
 
 

Peuple Japonnais, je vous accompagne dans la douleur suite au premier anniversaire de la catastrophe de Fukushima.
Et pense à mes frères Nigériens qui pensent d'un avenir meilleur avec le nucléaire... Et surtout aux frères qui habitent Arlit 3ème source du danger au monde nucléaire.
Merci pour l'article

Malmote | 17 mars 2012 à 18h30
 
 

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