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Les fonds marins, une future source de production de métaux rares ?

Pour éviter une trop grande dépendance de la France aux importations de métaux et terres rares, un rapport recommande de rechercher et de sécuriser de nouvelles sources d'approvisionnement, notamment issues des fonds marins.

Ressources naturelles  |    |  Actu-Environnement.com

Fin 2010, la décision de la Chine de contrôler sa production minière et de restreindre ses exportations de métaux a mis en évidence la forte dépendance de nombreux pays européens. Ainsi, l'Europe consommerait près de 20 % de la production mondiale de métaux alors qu'elle n'en produit que 3 %. Cette grande dépendance, conjuguée à une raréfaction de ce type de matières premières, a donc poussé les politiques à se saisir rapidement de la question. Début février, la Commission générale du développement durable (CGDD) a lancé une mission d'information sur la gestion durable des matières premières minérales, et plus précisément des métaux. A l'issue d'une cinquantaine d'auditions d'acteurs publics et privés en France et à l'étranger, un rapport a été rédigé et les conclusions ont été présentées à la presse le 8 novembre 2011. Selon les députés Christophe Bouillon et Michel Havard, rapporteurs de cette mission, il est nécessaire de sécuriser les approvisionnements en métaux et de promouvoir une écologie du métal.

Le nombre d'objets contenant des métaux et terres rares étant de plus en plus important, la sécurisation des sources d'approvisionnement est devenue une question prioritaire. Pour y parvenir, Michel Havard, député du Rhône, recommande l'établissement d'un commerce international libre et non faussé. "Ce commerce doit être régulé avec des règles claires et en interdisant les limites d'exportation. Si, comme la Chine, d'autres pays prennent ce genre de décision, de grosses répercussions sur les activités industrielles - nucléaire, énergie, nouvelles technologies - seront à prévoir". Le rapport préconise également de faciliter le dialogue entre l'État et les grands acteurs industriels pour sécuriser autant que possible les contrats d'approvisionnement et la définition des partenariats commerciaux stratégiques.

Emergence d'une diplomatie minière

Afin de favoriser cette association avec les industriels, l'Etat français pourrait "créer un Fonds Stratégique de Développement, à l'image du fond japonais JOGMEC, destiné à soutenir la prospection minière en terre et en mer partout dans le monde". Selon Michel Havard, ce fonds permettrait d'investir dès la phase d'exploration et d'obtenir davantage de permis de recherche avec quasiment un droit de suite pour l'exploitation. La sécurisation en matières premières métalliques ne pouvant s'opérer au seul niveau national, l'idée d'une émergence d'une diplomatie minière, en charge de nouer des partenariats respectueux avec d'autres pays, a également été avancée.

En outre, l'amélioration de l'accès aux sources de métaux rares et stratégiques pour la France passe également par la relance de l'exploration des fonds marins ce qui nécessite un approfondissement des connaissances scientifiques. L'Ifremer et le CNRS ont déjà mis en place des programmes de recherche et auront donc un rôle important à jouer dans la cartographie de ces fonds marins. Plusieurs entreprises privées comme Areva ou Technip travaillent également à cette thématique. "Malgré la quasi-disparition de ces activités minières sur son territoire, la France reste très pointue sur ce sujet grâce à son savoir-faire et à ses organismes de recherche, considérés comme les plus compétents au niveau international en la matière", estime Michel Havard.

Récupération et recyclage

Le deuxième axe de travail mis en avant est la promotion d'une écologie du métal. Plusieurs propositions sont détaillées comme l'amélioration de la collecte en incitant les collectivités publiques à mettre en place des plans de réutilisation et de recyclage pour leurs produits en fin de vie. Le rapport juge donc qu'il est nécessaire de "refondre le statut de sortie de déchet au niveau international, limiter l'exportation des déchets bruts ou partiellement traités hors du territoire de l'Union européenne, et ce dès lors qu'un traitement de recyclage est possible sur le sol européen". En effet, la Convention de Bâle et le droit communautaire n'arrivent pas à endiguer la fuite des déchets vers les pays émergents, privant ainsi l'industrie européenne d'une ressource essentielle. Pour Christophe Bouillon, le deuxième rapporteur et député de Seine Maritime, il est donc important de garder ces déchets sur le territoire français afin de recycler au maximum les métaux qu'ils contiennent. Mais, pour cela, il faudra également supporter financièrement les programmes de recyclage, notamment ceux dédiés aux métaux rares et stratégiques.

Le rapport propose donc une simplification des procédures d'accès aux financements publics des activités de recherche et développement ainsi que l'homogénéisation des démarches entre les différentes structures (Oséo, FSI, fonds régionaux…). Oséo pourrait ainsi être retenu comme guichet unique pour l'enregistrement des dossiers de candidature aux financements de l'Etat, voire de l'Europe. Les deux députés recommandent également "d'orienter la recherche par l'octroi de subventions, notamment dans le cadre des investissements d'avenir du Grand Emprunt, sur les méthodes d'extraction de certains matériaux stratégiques diffus dans les déchets. Il s'agit ainsi d'inciter les industriels à développer des programmes de recherche sur des produits qu'ils auraient délaissés faute de rentabilité économique à court terme".

La création de débouchés pour les matières premières secondaires est aussi un facteur essentiel pour le développement de filières de recyclage. La Commission européenne pourrait ainsi imposer un taux d'incorporation de ces matières dans les produits finis et créer un label de recyclage spécifique aux métaux qui garantit la qualité du recycleur, de la matière première et du procédé de traitement employé.

Réactions3 réactions à cet article

 

Primo, le territoire sous-maritime français y compris les DOM-TOM est en surface le 2ème du monde après les Etats-Unis grâce aux Z.E.E. ou zones économiques exclusives issues de la convention sur le droit de la mer. d'où un champ de recherche (et de pêche) immense pour notre industrie minière (sic) mais qu'il convient aussi de protéger (contre les prédateurs et défense de l'éco-système).
Secondo, il ne faudrait plus parler de déchets, mots péjoratif qui inquiète tout le monde, pour qualifier ce qui est issu de nos poubelles ou de nos déchetteries ; trouver et utiliser un autre mot pour les matériaux (notamment les métaux) à recycler.

danfer27 | 09 novembre 2011 à 11h54
 
 

Et après les fonds marins, on exploite quoi ?
Le recyclage devrait être la PREMIERE priorité, plutôt que de se rassurer sur l'existence de stocks naturels et aller dégommer le fond des mers. Une fois qu'on aurait réutilisé tous les "déchets" de matériaux - au lieu de les enfouir - on pourrait se poser la question du besoin d'aller fouiller le milieu naturel. Et si le recyclage coûte cher, il n'empêche qu'il vaut mieux ça, que de continuer à effriter les écosystèmes desquels on dépend !

Lola | 15 novembre 2011 à 10h17
 
 

De mieux en mieux! Non satisfaits de polluer l'Environnement des zones
d'exploitation pétrolières, on envisage de dégrader l'équilibre des fonds
marins à la recherche des profits des grands groupes, sans se soucier
de la Biodiversité de la faune et flore de ces milieux fragiles, trésors
pour la planète. Une fois de plus, Science sans Conscience sera notre
perte!

arthur | 09 janvier 2012 à 16h06
 
 

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