directrice Achats et Innovation chez Solstyce.
Diplômée de l’ESSEC Business School en Droit des Affaires Internationales et Management, et de l’UNSA en Gestion des Entreprises.
Le véhicule électrique, est-ce un effet de mode surfant sur la vague des enjeux du développement durable, ou la clé de voûte de la mobilité de demain ?
Bien moins polluants que les véhicules thermiques (130 g/CO2/km) et moins bruyants, les véhicules électriques représentent un marché très prometteur face aux enjeux du développement durable. Mais est-ce la seule raison ?
Même s'ils font l'objet d'un certain nombre de critiques liées notamment à leur autonomie, le coût et le réseau d'infrastructures de recharge peu développé à ce jour, les véhicules électriques ont le potentiel de devenir un élément clé de la mobilité. En effet, au-delà d'être un produit innovant, les véhicules électriques favorisent la création de nouvelles solutions répondant aux enjeux de la mobilité de demain. Le concept de la mobilité électrique émerge et se structure pour s'adapter aux besoins des utilisateurs, notamment en milieu urbain.
Un marché mondial des véhicules électriques en forte expansion
Les enjeux liés au développement durable, la nécessité de réduire la dépendance vis-à-vis du pétrole, d'importants progrès technologiques réalisés en matière de batteries, une évolution progressive de la législation concernant les émissions de CO2, et, notamment en France, un soutien politique fort (développement du cadre réglementaire, subventions aux collectivités pilotes et aux consommateurs) sont autant de facteurs qui favorisent l'arrivée des véhicules électriques sur le marché.
La stratégie des constructeurs automobiles reflète cette tendance. En effet, avec un engagement plus ou moins fort, l'ensemble des constructeurs investit dans le développement et la commercialisation des véhicules électriques, et ce dans plusieurs segments : petites citadines, voitures utilitaires et véhicules lourds. Plus de 35 modèles seront ainsi disponibles sur le marché en 2012. Selon les chiffres du Ministère de l'Ecologie, du Développement Durable, des Transports et du Logement, à horizon 2025, les véhicules décarbonés devraient représenter 27% du marché européen.
Les collectivités locales jouent également un rôle important dans l'accompagnement de l'arrivée des véhicules électriques sur le marché. En effet, avec la signature en avril 2010 de la charte nationale pour le déploiement d'infrastructures publiques de recharge, 13 collectivités se sont engagées à accompagner le développement du véhicule électrique. Les premiers projets pilotes voient ainsi le jour à Strasbourg, Angoulême, Bordeaux, Rennes ou encore à la CREA (Communauté de l'Agglomération Rouen Elbeuf Austreberthe).
Le véhicule électrique est le vecteur de la mobilité de demain
Les statistiques montrent que 85 % des Français roulent moins de 20 kilomètres par jour. De plus, près de 50 % des trajets en voiture effectués en ville couvrent moins de 6 kilomètres. Ainsi, l'autonomie des véhicules électriques (sans présager des progrès à venir) est largement suffisante pour couvrir ces besoins.
Le véhicule électrique n'est pas la solution unique de la mobilité respectueuse de l'environnement. Néanmoins il est de plus en plus au cœur des stratégies multimodales visant à développer la mobilité plus propre et durable, et ce notamment en milieu urbain.
Les entreprises privées et les collectivités locales choisissent le véhicule électrique non seulement parce qu'il est adapté aux caractéristiques de la mobilité urbaine et permet de réduire les émissions de CO2, mais aussi parce qu'il favorise l'émergence d'offres innovantes en matière de mobilité.
C'est notamment grâce au véhicule électrique que les offres de co-voiturage et d'auto-partage grand public se généralisent. Développé au cours des années 2000-2010, le marché actuel français d'auto-partage est estimé à près de 25 000 membres et 1000 voitures partagées. Parmi les villes ayant opté pour la solution d'auto-partage, on peut notamment citer la Rochelle (Yélomobile), Nice (AutoBleue), Paris (Autolib' Paris), Antibes et Rueil Malmaison (CitéVu). D'autres collectivités, dont la CREA, envisagent également cette solution pour décongestionner les centres villes.
Même si le marché français d'auto-partage est moins développé comparé aux autres pays européens (tels que Royaume-Uni, Allemagne, Suisse), certains analystes considèrent qu'il pourrait être multiplié par 6 à horizon 2015.
Certaines collectivités vont encore plus loin dans la recherche de solutions innovantes en matière de mobilité électrique. Le Grand Lyon,comme la région Bretagne, lancent par exemple des projets expérimentaux visant à mutualiser une flotte de véhicules électriques entre les entreprises d'une zone d'activité. Cette offre innovante d'auto-partage inter-entreprises répond à de vrais enjeux des collectivités en matière de congestion urbaine et apporte une nouvelle offre de service aux entreprises et leurs employés dans leurs déplacements quotidiens.
Le véhicule électrique n'a pas pour ambition de remplacer la voiture thermique sur les trajets longue distance. Néanmoins, ce modèle « propre » a le mérite de participer à la mutation de la mobilité urbaine et durable. Même les utilitaires électriques y contribuent en s'affirmant en tant que meilleure solution pour la distribution du dernier kilomètre.
La mobilité urbaine de demain sera résolument électrique !






