Actu-Environnement
 
 

Le modèle Tranus : ancrer le futur des transports dans une vision de la ville

Appliqué à la région urbaine de Grenoble, le modèle Tranus associe aux scénarios d'émission de carbone une méthodologie d'analyse économique des politiques climatiques locales, afin d'adapter les outils de prospective aux questions urbaines.

Amenagement  |    |  Actu-Environnement.com

"Les objectifs nationaux de réduction des émissions de CO2 (Facteur 4) sont très ambitieux mais souvent désancrés de leur contexte territorial". Pour Mathieu Saujot,doctorant au laboratoire Cerna des Mines-Paris Tech, qui présentait ses recherches au sein du pôle Fabrique urbaine de l'Iddri lors d'un séminaire à Paris le 5 février, "adosser à la modélisation une méthodologie d'analyse économique des politiques climatiques locales permet notamment de surmonter un certain nombre de faiblesses des courbes marginales de réduction, outils classiques d'analyse économique dans le domaine du climat, et de les adapter aux questions urbaines". Cette vision permet ainsi de construire différentes trajectoires d'émissions à l'horizon 2030, de tester différentes mesures dans les domaines du transport et de l'urbanisme, de simuler leurs effets sur le fonctionnement du territoire et la mobilité, et de quantifier les potentiels de réduction d'émissions de CO2.

Grenoble, cas d'école

En l'occurrence, il s'agit d'appliquer l'exercice de prospective à la région urbaine de Grenoble d'ici à 2030 afin de représenter finement le système de transports et de permettre le calcul des coûts potentiels. Le modèle Tranus se veut un modèle probabiliste basé sur l'analyse économique classique du comportement des acteurs. "Dans un contexte de rareté de l'argent public, une grande efficacité économique de l'action climatique est nécessaire. Au niveau local, d'importants potentiels existent mais ils restent difficiles à quantifier. Parallèlement, de nombreuses initiatives émergent, les territoires disposant et revendiquant une place de plus en plus importante dans la mise en œuvre des politiques climatiques. Mais quelles sont, dans ce contexte, les actions les plus efficientes et profitables à mettre en place pour la collectivité ? Peu de réponses sont aujourd'hui apportées au niveau local. Il s'agit donc d'outiller les politiques climatiques territoriales", expose Mathieu Saujot.

Un scénario multidimensionnel

Ce jeune ingénieur utilise le modèle transport-usage des sols Tranus, appliqué à la région urbaine de Grenoble, afin d'analyser l'influence du système de transports sur l'urbanisme et de dresser une cartographie du territoire en fonction des caractéristiques de la mobilité. Le but de l'exercice est d'évaluer les coûts pour la collectivité en prenant en compte une série de variables parmi lesquelles les niveaux de revenus des ménages, les besoins des étudiants, les bassins industriels, les commerces, les services publics, les écoles et universités, les supermarchés, les logements et le foncier économique. L'étude quantifie trois scénarios à l'horizon 2030 : un scénario S1 de concentration urbaine sur l'agglomération, qui compte 28 communes et 400.000 habitants, un scénario S2 de renforcement multipolaire sur le modèle proposé pour les 273 communes et 730.000 habitants couverts par le Schéma de cohérence territoriale (SCOT), et un scénario S3 d'expansion urbaine.

Approche systémique des coûts

L'originalité de l'étude est de prendre en considération plusieurs types de coûts : outre les coûts économiques, les externalités sont, elles aussi, comptées : temps de déplacement, pollution locale, bruit. "Le coût d'urbanisation et le coût du logement sont à affiner. L'idée étant de quantifier l'effet de chaque action selon la trajectoire d'abattement. Les coûts dépendent en partie du report modal induit. Le fait de considérer des paquets de mesures associés à d'autres mesures ajoutées permet d'évaluer leur effet additionnel. Au bout du compte, les arbitrages permettent de prendre en considération les coûts, mais aussi la logique urbaine, la faisabilité politique et financière", commente Mathieu Saujot. Les scénarios consistent en des faisceaux de mesures. C'est le cas du scénario 1, qui met en place des bus à haut niveau de service, afin de préparer les effets de la mise en place d'un péage urbain, le tout combiné à l'extension du réseau du tramway, les véhicules électriques servant surtout aux déplacements péri-urbains. Si le coût du temps est évalué à 4€ par jour et si le péage urbain permet de passer de 105.000 à 50.000 véhicules quotidiens, la fluidité qui en résultera dans le trafic compensera en partie le coût des infrastructures. Tranus permet de décliner la valeur ajoutée d'un scénario non seulement en termes économiques, mais aussi de qualité de vie.

Discontinuité du futur

Surtout, à la différence de nombreux autres scénarios antérieurs, le scénario de référence ici pris en compte table sur une hausse de 60% du prix du carburant entre 2010 et 2030, et sur une augmentation du prix de la tonne de CO2. Aujourd'hui de 4€ en Europe, celle-ci pourrait atteindre jusqu'à 900 € en 2030, dans un contexte de hausse du prix des énergies fossiles et de décisions politiques appropriées. Pour Eric Vidalenc, économiste et animateur de la prospective au service économie et prospective à l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), "Tranus est un outil intéressant en termes technique, politique et prospectif. Le territoire est toujours absent des modèles car il fait appel à des jeux d'acteurs, il est systémique. Tranus valorise le temps passé dans les transports, les émissions évitées, et se démarque d'un paradigme tendanciel selon lequel il suffit de changer les voitures pour changer les transports, alors que le monde évolue".

Réactions1 réaction à cet article

 

En conjuguant divers outils, par exemple : SENOZON, SUMO, NEXTA, .... on peut déjà étudier la sensibilité de tous les paramètres : réseau routier, caractéristiques des véhicules, régulation de la circulation, habitat, horaires de travail, ....
J'aimerais savoir ce que cette analyse apporte en complément...

Michous | 14 février 2013 à 09h01
 
 

Réagissez à cet article

1500 caractères maximum
[ Tous les champs sont obligatoires ]