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Pour l'OCDE, l'avenir des villes est à la croissance verte

A l'heure de la récession, c'est vers une nouvelle panacée que se tournent les métropoles en quête de second souffle : la croissance verte. Maires et réseaux de villes ont tenu sur ce thème leur troisième table ronde, au siège de l'OCDE.

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C'est en 2007 qu'a été lancée la première table ronde de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) pour une stratégie urbaine des Maires et des Ministres. Consacrée à la « croissance verte », sa troisième édition a eu lieu au château de la Muette, à Paris, le 25 mai, en présence d'une cinquantaine de maires et de ministres, en collaboration avec le Club de Madrid (composé d'anciens chefs d'Etat et de gouvernement) et le C40, réseau de villes engagées dans la protection du climat.

Alors que le concept de développement durable semble tomber en relative déshérence dans le contexte actuel de récession économique, l'OCDE a lancé une nouvelle stratégie globale, « la stratégie de l'OCDE pour la croissance verte », en juin 2009 à l'occasion d'un symposium des ministres de l'économie et des finances de 34 pays.

Pour l'OCDE, le paradigme traditionnel de l'efficacité est en train de laisser la place à une définition plus riche du progrès sociétal, où l'efficacité, l'équité et la soutenabilité environnementale sont étroitement reliées. Partant du constat que la récession globale, conjuguée avec le changement climatique, ''met en question la capacité du modèle actuel de croissance économique à soutenir la prospérité à long terme'', l'OCDE investit le paradigme de la croissance verte, ''qui promeut le développement économique tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre et la pollution, tout en minimisant la production de déchets, l'utilisation des ressources naturelles, et en maintenant la biodiversité''1.

Parce qu'elles consomment entre 60 et 80% de la production d'énergie mondiale et émettent du CO2 dans les mêmes proportions, les villes contribuent à la détérioration des ressources naturelles et du climat. Leur empreinte écologique est particulièrement élevée. Celle de Londres, par exemple, équivaut à 125 fois la surface de cette ville et à deux fois la surface de la Grande-Bretagne.

Une étude de l'OCDE sur 136 villes portuaires montre que 40 millions d'habitants sont aujourd'hui exposés à une hausse du niveau des mers, pour un coût estimé à 3000 milliards de dollars. Leur nombre pourrait atteindre 150 millions en 2070, pour un coût dix fois supérieur.
Les villes ont donc tout à gagner, selon nombre de travaux récents de l'OCDE, à transformer leur évolution. Selon leur degré de densité ou d'étalement urbain, les villes émettent plus ou moins de CO2 : ainsi Houston (Texas) en produit plus que New York, qui est pourtant la plus grande ville des Etats-Unis.

Les quatre piliers de la croissance verte

C'est désormais la conviction des maires et des représentants de collectivités locales rassemblés à l'OCDE le 25 mai. Les 40 villes du C40, présidé par le maire de Toronto, David Miller, s'engagent depuis 2005 à prendre leur responsabilité face au changement climatique. Ce réseau est aussi un laboratoire d'initiatives urbaines diverses, en rapport avec les « quatre piliers » de la croissance verte tels que définis par l'OCDE : des services et des marchés publics plus verts, un soutien à l'éco-efficacité de la production industrielle, une sensibilisation accrue en faveur des produits et technologies vertes, un soutien à la recherche et aux éco-technologies.

''C'est la nouvelle ruée vers l'or vert'', déclare le maire de Melbourne, M. Doyle. En 2050, la capitale australienne aura doublé, elle comptera 7 millions d'habitants. M. Doyle affirme vouloir bâtir la ville future en évitant le mitage et en accueillant plus de 3 millions de personnes supplémentaires en utilisant seulement 6% du territoire urbain. Pour M. Bowo, gouverneur de Jakarta, capitale de l'Indonésie, ''l'éradication de la pauvreté doit aller de pair avec la croissance verte. La population de Jakarta vient des provinces rurales, elle pense que la nature est abondante et va protéger les humains. Il reste à convaincre ces habitants que ce sont eux qui doivent s'occuper de la nature''. La ville de Jakarta compte 6,7 millions de véhicules particuliers. Parmi ses projets figure la construction d'un métro, l'augmentation de 30% de ses espaces verts d'ici à 2030 et la réhabilitation de 200 hectares de mangroves.

Les villes peuvent stimuler la réhabilitation des bâtiments municipaux, et du domaine privé. A New York, la réhabilitation thermique des bâtiments devrait créer quelque 17 800 emplois. Dotée d'une agence de l'énergie, la ville de Berlin est pionnière d'un système qui permet aux compagnies de l'énergie d'investir directement dans la réhabilitation des logements anciens et de se rémunérer sur les économies effectuées. La ville du Cap, en Afrique du Sud, a lancé un ambitieux programme, le projet Kuyasa d'efficacité énergétique, dans lequel elle intervient pour la réhabilitation de logements dans des quartiers pauvres et leur équipement en chauffe-eau solaires.

Grâce à des règles de marché public adaptées et à des subventions municipales pour favoriser l'implantation d'usines spécialisées dans le traitement des déchets, la ville japonaise de Kitakyushu, ancienne capitale de l'acier et de la chimie, s'est spécialisée dans le secteur du recyclage. En 2008, 26 entreprises et 17 centres de recherches étaient installés dans cette ville, et dotés de 1352 employés.

Reste à trouver de nouveaux leviers de financements, sous la forme de péages ou de taxes carbone locales. C'est le cas de la ville de Boulder (Colorado, Etats-Unis), qui prélève une taxe de faible taux, non pénalisante pour les habitants et les industries, mais utile pour soutenir les financements municipaux des initiatives vertes. Singapour, Stockholm et Londres ont introduit des péages urbains, qui ont considérablement réduit le trafic automobile et procurent des financements. Des pistes restent à explorer. Pour Ronan Dantec, porte parole de Cités et gouvernements locaux unis, qui rassemble quelque 1000 villes de 95 pays, ''l'affectation aux collectivités locales d'une partie des nouvelles recettes issues de la mise aux enchères des quotas européens de CO2 est un levier pour l'avenir''. A suivre.

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Actu-environnement propose très souvent des articles de qualité supérieure à ce que je peux lire sur d'autres sites auxquels je suis abonné (sur le même thème bien sûr). Arrivé à la fin d'un article, quand je lis que c'est Agnès Sinaï qui en est l'auteur, je ne suis plus étonné. Bravo à vous!

Baden | 27 mai 2010 à 14h43
 
 

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