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Sauver le climat par la protection de la biodiversité : le point de vue des entreprises

En coopération avec des scientifiques et des entreprises, le réseau Orée publie une série d'exemples d'initiatives favorables à la diversité du vivant et à l'équilibre du climat, dans le contexte de la conférence "Our Common Future" à l'Unesco.

Gouvernance  |    |  Agnès SinaïActu-Environnement.com

La biodiversité est bien plus qu'une liste d'espèces. Elle recoupe l'ensemble des interactions que tous les êtres vivants ont établi, entre eux, et avec leur environnement. Notre vie et survie sont totalement liées au devenir des autres organismes vivants et à la robustesse de ce tissu planétaire. L'oxygène que nous respirons, notre nourriture et sa digestion, notre cadre de vie et nos cultures, tous nous rattachent à la biodiversité et à son devenir, affirme le document présenté par le réseau Orée (Entreprises, territoires et environnement) le 8 juillet dans le contexte de la conférence "Our Common Future" sur le climat à l'Unesco.

Climat et biodiversité sont intrinsèquement liés. Bruno David, directeur de recherche au CNRS, cite l'exemple du phytoplancton. "Le phytoplancton a tout d'abord un impact certain sur le cycle du carbone, activant, grâce à la photosynthèse, la pompe biologique océanique. En effet, chacune des cellules capte le CO2, alors que chez les plantes terrestres, seules les feuilles en sont capables. En termes de flux, il représente ainsi un puits de carbone presque équivalent à celui de la végétation terrestre, pourtant beaucoup plus imposante". Par ailleurs, le phytoplancton est à l'origine de la formation des nuages, qui limitent en retour l'ensoleillement et donc la photosynthèse, selon un processus auto-régulé.

Faire évoluer le cadre juridique et économique sans remettre en cause le modèle libéral

Il s'agit d'abord de faire évoluer le cadre du droit, estime Gilles Martin, professeur émérite à l'Université de Nice-Sophia Antipolis : "A titre d'exemple, l'exclusivisme du droit de propriété peut être un frein à des solutions innovantes consistant, par exemple, à reconnaître des droits concurrents sur un même bien. Les réflexions actuelles sur les « communs », notamment en ce qu'elles dépassent la distinction privé/public, sont le signe encourageant que les lignes bougent. Il convient ensuite de faire en sorte que la créativité des opérateurs puisse s'exprimer, notamment à travers l'outil contractuel". Ce qui pose la question de l'imposition de règles contraignantes aux entreprises, qui les refusent périodiquement dans le cadre des négociations onusiennes et des instances européennes.

Sur le plan économique, pour Michel Trometter, directeur de recherche à l'Inra, "il ne s'agit pas de remettre en cause le modèle capitaliste, mais la manière de calculer le PIB et le profit. Ainsi, il faut redéfinir ces concepts pour inciter les Etats, les entreprises et l'ensemble des organisations à investir dans la biodiversité et la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le principe pollueur payeur seul ne peut pas tout régler. Il faut qu'investir pour limiter les changements globaux et leurs effets soit facteur de profit pour les organisations. Cela nécessite par exemple au niveau des entreprises de mettre en place de nouvelles formes d'amortissement sur les consommations de capital naturel et d'avoir la possibilité de procéder à des augmentations du capital naturel lorsque les investissements auront porté leur fruit, par exemple avec la restauration de sites, grâce à la mise en oeuvre d'activités d'ingénierie écologique".

Méthaniser dans des filières courtes

Une meilleure gestion de l'énergie, et plus globalement une meilleure gestion des ressources peuvent être l'occasion d'émergence de synergies entre acteurs qui leur permettent de coopérer afin d'améliorer leurs activités économiques autour d'un territoire. En Mayenne, Séché environnement s'est lancé dans la méthanisation des déchets ménagers, une approche de valorisation énergétique bien adaptée aux zones rurales. L'énergie produite est renouvelable et facilement distribuée sous forme d'électricité. Cette opération de cogénération produit également de la chaleur qui ne peut qu'être utilisée à proximité. Pour nourrir les bovins à l'étable une fois l'hiver venu, il faut savoir conserver la luzerne sans dégrader ses qualités nutritionnelles. La solution a consisté à la déshydrater à l'aide de la chaleur produite par le site voisin de Séché environnement. Sept cents agriculteurs bénéficient aujourd'hui de ce service.

En Ile-de-France, la Ferme d'Arcy valorise ses déchets agricoles et d'élevage. S'étendant sur près de 400 hectares, dont 280 dédiés à l'agriculture, l'exploitation compte 500 bovins rejetant 3.500 tonnes d'effluents par an. Or, les excès d'effluents comme les intrants industriels utilisés dans l'agriculture sont responsables de pollution des sols et de l'eau souterraine, et nuisent à la biodiversité. La ferme d'Arcy est la première en France à avoir produit du biométhane et à l'injecter dans le réseau de distribution de gaz. Quatre ans ont été nécessaires pour valider le projet et obtenir des financements, trois pour sa mise en application.

Une palette d'initiatives volontaires

Le laboratoire Pierre Fabre implante les cultures d'avoine utilisées dans ses produits à proximité des deux unités de fabrication de l'entreprise à Soual et Gaillac dans le Tarn. La marque AB est signe d'une agriculture plus respectueuse de l'environnement et de la biodiversité puisqu'elle exclut notamment l'usage des produits chimiques de synthèse comme intrants agricoles (engrais et pesticides) et des organismes génétiquement modifiés. La volonté du groupe Pierre Fabre est de privilégier un ancrage local de sa production du champ au produit, afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre rejetés par les transports grâce aux courtes distances parcourues.

En Bretagne, Yves Rocher entend prouver l'adéquation possible des enjeux de la protection de l'environnement, de la lutte contre le changement climatique et le bien-être humain en fondant un "Eco-Hôtel Spa" à l'empreinte écologique et climatique réduite. Ainsi, l'eau de l'infrastructure, au coeur des processus climatiques et naturels, est économisée : l'eau du spa est réutilisée pour les chasses d'eau des chambres, sauvegardant environ 1.000 litres d'eau par jour ; l'eau de la piscine, recyclée, alimente le bassin de récupération des eaux de pluie servant pour l'arrosage des jardins et le nettoyage des terrasses extérieures.

En Nord-Pas de Calais, suite aux inondations récurrentes du secteur de Merville en aval de la rivière Bourre, et pour anticiper l'augmentation probable de ces phénomènes du fait du changement climatique, les acteurs du territoire ont lancé en 2002 un plan de gestion globale des écoulements et des crues de ce cours d'eau et de ses affluents. Ce projet ambitieux autour de la rivière BorreBecques (affluent de la Bourre), co-financé par le FEDER, la Région et l'Agence de l'eau Artois Picardie et porté par l'USAN (Union syndicale d'aménagement hydraulique du Nord), réduit le risque d'inondation et permet à la biodiversité de se développer et d'améliorer la capacité du territoire à faire face au changement climatique.

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