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L'Outre-Mer, clef de réussite de la COP 21

Benoît Chauvin, membre du collectif Objectif Transition revient sur le rôle clé des territoires ultramarins dans la définition et la réalisation des objectifs nationaux de réduction d'émission de gaz à effet de serre.

Avis d'expert  |  Energies  |    |  Actu-Environnement.com

Dans ce moment fort du combat contre le réchauffement climatique que sera la COP 21, l'Europe et la France auront un rôle décisif. Trop souvent oublié, celui des Outre-Mer dans la définition et la réalisation des objectifs nationaux sera lui aussi majeur, et une des clefs de la réussite de la COP 21.

Les territoires ultramarins, consommateurs de ressources fossiles pour le transport et la production électrique, disposent d'un potentiel important de réduction des émissions de gaz à effet de serre, ainsi que d'atouts en matière de production d'énergie renouvelable. C'est d'ailleurs fort de ce potentiel que des objectifs ambitieux spécifiques ont été fixés pour l'Outre-Mer, depuis la loi Grenelle de l'environnement : 50 % de la production électrique issue d'énergies renouvelables en 2020, et autonomie énergétique en 2030. Pour autant, la réalité sur le terrain est beaucoup plus contrastée.

EnR : une progression timide

En 1990, année de référence du protocole de Kyoto, l'Outre-Mer représentait 1,6 % du total des émissions nationales de gaz à effet de serre. En 2012, ce chiffre atteint 3,6 %. En vingt ans, les émissions de gaz à effet de serre de l'Outre-Mer ont donc presque doublé quand celles de la Métropole ont diminué de 13 %. Ramené aux émissions par habitant, on observe qu'un ultramarin émet aujourd'hui davantage de gaz à effet de serre (8,6 teqCO2/hab) qu'un habitant de Métropole (7,6). C'est cette tendance qu'il convient d'enrayer.

Certes, des mesures engagées par les pouvoirs publics ont permis une maîtrise de la demande (+4%/an dans les quatre DOM entre 2002 et 2008, +2,2 %/an entre 2008 et 2012, +0 % entre 2012 et 2014), et une première phase d'équipement en énergies renouvelables, notamment en solaire photovoltaïque à la Réunion (20,8 % de la puissance installée, et 8,3 % de l'électricité produite). Mais force est de constater que le taux de production d'énergie renouvelable ne progresse pas assez, voire même est en recul dans certains territoires, dès lors que la consommation augmente et que la production hydraulique reste plafonnée. Dans ces conditions, si on souhaite atteindre les objectifs fixés par la loi, il va falloir mettre les bouchées doubles. Pour cela plusieurs pistes d'action sont envisageables, principalement sur les transports et sur la production d'électricité.

En matière de transports, des efforts sont réalisés pour favoriser le développement du transport en commun (TCSP en Martinique et en Guadeloupe), mais ces projets ne sont pas à la hauteur des enjeux globaux, et ne permettront pas de réduire la consommation totale de produits pétroliers.
Les priorités doivent être mises sur le développement d'une offre de transport public à haute qualité de service et à coût modéré, et à l'arrêt du tout automobile. Dans ce contexte, l'arrêt du projet de Nouvelle Route du Littoral à la Réunion est une mesure phare, que nous appelons de nos voeux. Encourager une évolution des usages -covoiturage, auto-partage, plans de déplacements d'entreprise- ainsi que l'usage des véhicules électriques, particulièrement adaptés aux territoires ultramarins, permettrait de diminuer la consommation d'énergies fossiles. Saint-Barthélemy, déjà bien engagée dans cette voie (4 % du parc automobile est électrique), est un exemple intéressant à suivre.

L'électricité, en Outre-Mer, provient pour 27 % d'origine renouvelable, dont 17,2 % hydraulique. Le potentiel de cette technique étant déjà bien exploité, la croissance des énergies renouvelables devra provenir des autres sources : biomasse, géothermie, éolien, et surtout photovoltaïque. La demande globale progressant en moyenne de 2 % par an, on a de suite une idée des moyens importants à mettre en œuvre pour parvenir aux objectifs fixés à horizons 2020 et 2030 : multiplier la production des EnR hors hydraulique par 4 d'ici 5 ans, et par 12 d'ici 15 ans !

Plus de sobriété

Aussi, il est d'abord indispensable de mieux maîtriser — voire de réduire — la demande électrique : adapter la tarification pour qu'elle incite à plus de sobriété, renforcer la communication sur les gestes quotidiens, généraliser les systèmes de bonus-malus ou de prime à la casse pour les appareils les plus énergétivores, améliorer l'isolation des bâtiments et relancer l'équipement en chauffe-eau solaires (ces derniers permettent aujourd'hui d'éviter 4,5 % de la consommation électrique).

En matière de production d'énergie renouvelable, même si les territoires d'Outre-Mer sont déjà parmi les mieux équipés en Watt-crête par habitant, il paraît pertinent de développer davantage le solaire photovoltaïque sur bâti. Pour cela, il est nécessaire de relever le plafond de puissance intermittente raccordable au réseau et en parallèle de :
- améliorer les prévisions de production en fonction de l'ensoleillement, et de tenir compte de la corrélation entre l'ensoleillement et certains usages, tels que la climatisation
- favoriser l'autoconsommation de la production, notamment vers les véhicules électriques
- favoriser la consommation en journée en jouant sur la tarification
- développer les possibilités d'effacement et de stockage d'énergie.
Tout cela nécessite une modification des comportements et une gestion sophistiquée du réseau, mais ce n'est pas impossible.

Pour financer toutes ces actions, et les investissements afférents, la défiscalisation semble un outil bien moins adapté que les aides directes (subventions, prêts garantis ou bonifiés), mieux à même de flécher les efforts là où ils seront les plus efficaces sur le plan climatique et les plus justes sur le plan social.

Un engagement public massif en faveur de l'autonomie énergétique des Outre-Mer permettra de créer de l'emploi localement, de générer des gains de pouvoir d'achat, d'améliorer la résilience des territoires, tout en contribuant grandement aux efforts de la France en matière de lutte contre le changement climatique. Bien plus qu'une simple nécessité économique, un tel plan Marshall serait porteur de sens pour l'Outre-Mer. A l'heure de la COP 21, nous espérons vivement que le gouvernement engagera et accompagnera l'Outre-Mer dans cette voie porteuse d'avenir.

Avis d'expert proposé par Benoît Chauvin, membre du collectif Objectif Transition

Réactions1 réaction à cet article

 

Je trouve votre Avis bien lacunaire :
- il n'y a pas que le photovoltaïque dans la vie. La richesse des territoires ultramarins se trouve aussi dans une ressource abondante : ses océans. Entre l'exploitation de la houle, des courants et surtout de l'énergie thermique des mers (uniquement exploitable dans ces conditions tropicales) les solutions sont nombreuses.
Et si on arrêtait de faire tout le temps la même chose et qu'on laissait un peu plus la parole aux superbes projets d'énergies marine qui feraient de la FRANCE un exemple planétaire pour de nouvelles sources de production?
- réduire la consommation ou l'adapter aux moments de production en taxant encore plus des territoires déjà enclavés, est-ce une solution viable et juste?
Pourquoi ne pas pérenniser plutôt les énergies renouvelables en travaillant SERIEUSEMENT sur des solutions de stockage simples pour mieux maîtriser leur coûts et avoir une distribution adaptée.
Parce que créer de nouvelles sources d'énergies renouvelable c'est bien beau mais quand on perd jusque 80% de leur potentiel, quel intérêt écologique? La production massive de cellule photovoltaïque ou d'éoliennes qu'on ne peut aujourd'hui recycler est-elle bénéfique pour une énergie produite qu'on ne peut écouler, qu'EDF ne veut plus racheter. Quel bilan carbone de ces équipements ? Pourquoi vouloir faire les choses à l'envers, exploitons déjà le parc actuel avec des solutions adaptées pour stocker TOUTE l'énergie qu'il pourrait produire!!

vanille | 19 octobre 2015 à 15h49
 
 

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