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Tour du monde des politiques nucléaires après Fukushima

Tandis que le Japon a annoncé le 6 mai l’arrêt de la centrale nucléaire de Hamakoa, les manifestations contre l’énergie nucléaire se multiplient dans le monde. La plupart des gouvernements hésitent à implanter de nouveaux réacteurs.

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Tour du monde des politiques nucléaires après Fukushima (© 3dts)

Au Japon, depuis la catastrophe de Fukushima, il y a deux mois, 27 des 54 réacteurs japonais sont hors service. Avec l'arrêt annoncé des deux réacteurs de la centrale de Hamaoka, située au sud de Tokyo et alimentant la zone industrielle d'Osaka, ce sont 29 réacteurs qui sont à l'arrêt au Japon, où les manifestations contre l'énergie nucléaire attirent toujours plus de monde. Le porte-parole du gouvernement Yukio Edano a annoncé une révision de la politique nucléaire du pays, sur fond de nationalisation de l'entreprise Tepco en faillite. La société a interrompu le chantier de la centrale de Higashidori et suspendu trois autres tranches. Deux autres compagnies japonaises ont stoppé des chantiers : Electric Power Development Co. et Chubu-Electric, selon un rapport commandé par le World Watch Institute. La fédération nationale des coopératives de pêcheurs a demandé au gouvernement d'annuler tout nouveau projet de centrale nucléaire sur le territoire.

En Chine, Xie Zhenhua, vice-président de la Commission nationale du développement et des réformes, a déclaré que l'évaluation de la sécurité nucléaire et le contrôle des centrales seraient renforcés. Mais si l'accident de Fukushima sollicite une plus grande attention sur la question nucléaire en Chine, le pays n'entend pas remettre en question l'option nucléaire. Tian Jiashu, responsable de la sûreté nucléaire sous la tutelle du ministère de la protection de l'environnement, a souligné que "la sécurité des centrales nucléaires chinoises était garantie et que la Chine n'abandonnerait pas son plan de développement du nucléaire sous l'effet de la crainte de risques minimes". La Chine prévoit 66 centrales nucléaires d'ici 2020 avec une capacité de production de 66 millions de kWh, représentant 6% de la capacité totale de production d'électricité du pays, a révélé M. Tian. Pour le moment, la Chine compte 6 centrales nucléaires, qui produisent 2% de l'électricité du pays et a entrepris la construction de 12 centrales supplémentaires. L'exécutif a annoncé à la mi-mars, lors d'une réunion du Conseil d'Etat présidée par le premier ministre Wen Jiabao, qu'il allait suspendre temporairement l'autorisation de nouveaux projets de centrales nucléaires, y compris celles qui en sont au stade préliminaire. Liu Hua, chef de la sûreté nucléaire et radioactive, a révélé que le gouvernement s'apprêtait à renforcer les normes de construction des centrales. "Nous adopterons dorénavant des normes drastiques afin de prévenir les inondations mais aussi dans le but de renforcer les murs extérieurs des réacteurs", a-t-il précisé.

L'Inde va avoir encore plus de difficultés qu'avant Fukushima à convaincre son opinion publique des bienfaits de l'option nucléaire. Ses 20 réacteurs ne produisent que 2% de l'électricité indienne, et ses chantiers en cours connaissent des retards de livraison. Cinq unités sont en construction, qui suscitent de fortes oppositions locales. Les projets de Jaitapur-Madban (Maharashtra), Haripur (Bengale-Occidental), Gorakhpur (Haryana), Mithivirdi (Gujarat) déclenchent des mouvements de résistance populaire massive. Dans une tribune parue dans la presse en décembre 2010, A. Gopalakrishnan, ancien directeur du Bureau de régulation de l'énergie atomique indienne, identifiait de sérieuses difficultés dans la conception des EPR vendus à l'Inde par l'industrie française. Après Fukushima, cet ingénieur prône un redimensionnement des réacteurs et critique les "déficiences sérieuses" de l'EPR, dont l'Inde a commandé entre deux et six exemplaires à AREVA dans le cadre d'un accord commercial bilatéral en 2009, pour le site de Jaïtapur, dans l'Etat du Maharashtra.

Un horizon d'incertitudes

Aux Etats-Unis, pays le plus nucléarisé du monde avec 104 réacteurs produisant 20,2% de l'électricité du pays (chiffre de 2009), le sénateur Joe Liberman a déclaré sur la chaîne CBS, au lendemain de la catastrophe, qu'il ne s'agissait pas de mettre un terme à la construction de nouvelles centrales nucléaires, "mais je crois que nous devons doucement ralentir jusqu'à absorber ce qui s'est passé à Fukushima". Le vice-ministre de l'énergie Daniel Poneman a annoncé que la sécurité des centrales serait réévaluée. Tandis que le député de Californie, Devin Nunes propose une loi de relance de l'énergie nucléaire comprenant 200 nouvelles centrales aux Etats-Unis d'ici à 2040, Lois Capps, députée démocrate de la côte californienne, demande que soit suspendue la licence d'autorisation accordée par la Commission nationale de régulation nucléaire à la centrale de Diablo Canyon construite sur la faille sismique de San Andreas, et exige une étude indépendante. D'un point de vue économique, la filière nucléaire est pointée comme coûteuse, comparée aux gaz de schiste que les sous-sols américains recèlent en abondance, par le PDG d'Exelon lui-même, n°1 du nucléaire aux Etats-Unis. Au Texas, la compagnie nucléaire NRG a annoncé qu'elle se retirait d'un projet majeur de développement énergétique, le South Texas Project (STP): "L'accident tragique du Japon a soulevé de nombreuses incertitudes autour du développement futur de l'industrie nucléaire aux Etats-Unis, ce qui a pour conséquence de réduire fortement la probabilité que les tranches STP 3 et 4 puissent être construites en temps et en heure", a déclaré le PDG de NRG, David Crane.

En Europe, la chancelière Angela Merkel a imputé la défaite électorale de son parti dans le Bade-Wurtenberg le 28 mars à l'accident de Fukushima. Cette région, qui compte 4 des 17 réacteurs nucléaires allemands, a sanctionné la politique de la CDU, qui avait décidé en octobre 2010 de prolonger la durée de vie des centrales allemandes. Le premier ministre (Verts) du troisième Land allemand a désormais la responsabilité de l'arrêt définitif des 4 réacteurs de ce territoire. En Italie, un moratoire d'une année a été voté le 23 mars, interrompant la stratégie de relance nucléaire poussée par la compagnie ENEL. En Grande-Bretagne, le ministre de l'énergie et du climat, Chris Huhne, a chargé l'autorité de sûreté nationale d'une enquête sur la nécessité éventuelle du renforcement de la sécurité des dix centrales du parc nucléaire britannique, dont une dizaine de réacteurs doivent être démantelés d'ici à 2023, mais EDF Energy, filiale britannique du groupe français, entend investir massivement pour prolonger la durée de vie de deux de ces unités.

Seule la France exclut catégoriquement la sortie du nucléaire, bien que les suites de Fukushima aient conforté les difficultés financières du groupe EDF et inaugurent une période d'incertitudes sur le développement international d'AREVA.

Réactions8 réactions à cet article

 

la conscience du monde serait enfin réveillée!!!!! sur les dangers du nucléaires..les évenements du JAPON est une leçon pour tous, nous construisons du nucléaires sans ce soucier de la mise en place du projet du début et surtout de la fin en matière de recyclage...et puis il existe d'autres sources de production d'énergies moins voire pas polluantes du tout ..je pense qu'on viendra

henri | 12 mai 2011 à 07h41
 
 

j'ai décidé de changer de fournisseur d'électricité, je passe a un fournisseur 100% sans nucléaire, il y a aucune raison de cautionner cette folie, quand on ne maitrise pas une technologie on l'arrête, çà parait logique sauf pour edf qui s'accroche a ses investissements, quitte a ruiner la france et contaminer ses occupants. Français réagissez car nous sommes les prochain sur la liste des accidents nucléaires c'est statistique.

un français en colère.

technocrate137 | 12 mai 2011 à 08h04
 
 

Je suis bien content que certains pays abandonnent progressivement le nucléaire. Comme ça, on réouvre nos vieilles centrales à charbon ultra-polluantes. Après tout, depuis Fukushima, on s'en fout que le bilan carbone explose et que les maladies pulmonaires vont bientôt réapparaître de manière exponentielle.

Je suis rassuré parce que j'ai tellement peur qu'un tsunami inonde la France et fasse exploser nos centrales nucléaires, qui savent pourtant résister à des séismes de magnitude 9.

Je suis rassuré aussi parce qu'il y a les panneaux photovoltaïques et les éoliennes à la production tellement marginales qu'elles font grimper le prix de l'électricité chaque année et siphonnent les budgets malmenés des classes moyennes.

Je viens d'adopter une famille de hamsters qui vont bientôt me produire mon énergie domestique en tournant dans une dynamo! En voilà de l'avenir.

alain | 12 mai 2011 à 10h28
 
 

Imputer la hausse du prix de l'énergie et les problèmes budgetaires des classes moyennes à la production des panneaux photovoltaïques et des éoliennes... apparemment alain a des parts chez EDF ou Areva ^^
Peut-on réellement affirmer que nos centrales résisteraient à des séismes de magnitude 9 ? Je ne le pense pas. Je pense qu'au contraire, l'ASN est consciente des défaillances en termes de sécurité, et c'est pourquoi elle tente d'alléger les contrôles à effectuer sur nos centrales. Mais l'UE n'est pas dupe et ne laissera pas passer ça, je l'espère.
A mon avis la France ne réagira qu'une fois la catastrophe arrivée, mais il sera trop tard et à ce moment là il faudra faire comme les hamster... courir !

Petit Nico | 12 mai 2011 à 12h00
 
 

Non petit Nico, je n'ai pas d'action à EDF mais tu n'es pas sans savoir que l'énergie des éoliennes et photovoltaïques est revendu à EDF qui n'exploite pas ces équipements. Le Mw coûte donc plus cher...

Quant à Fukushima, elle a parfaitement résisté aux violentes secousses d'un séisme proche d'une valeur de 9. C'est le tsunami qui a détérioré l'installation, pas les tremblements... Hors j'ai bien du mal à croire qu'un Tsunami vienne inonder nos centrales, à moins peut-être d'une redoutable crue du Rhin... ^^

Je préfère faire preuve de raison plutôt que céder à un catastrophisme hollywoodien, prétexte à nourrir de nouveaux marchés totalement en inadéquation avec nos besoins essentiels.

Ps : l'UE se moque éperdument du risque du nucléaire. Durant la crise de Fukushima, pas un seul mot n'a été prononcé par ses administrateurs. En revanche, on les entend beaucoup sur la trop bonne compétitivité d'EDF qui écrase ses autres concurrents, grâce notamment au nucléaire. Leur préoccupation est strictement économique.

alain | 12 mai 2011 à 12h48
 
 

mdr c'est vrai la centrale a bien résisté au séisme de magnitude 9, d'ailleurs les piscines de stockage ne sont plus étanches et le tsunami n'est qu'une conséquence du tremblement de terre, donc la centrale n'a pas résisté au tremblement de terre arrêtons de jouer sur les mots et avec nos nerfs. Comme on joue avec l'avenir de nos enfants.

technocrate137 | 13 mai 2011 à 08h59
 
 

Au vu du titre "tour du monde", je m'attendais aussi un état des lieux des nouveaux pays nucléarisés ou sur ce chemin... Afrique du Sud, Abu Dhabi, Iran, Turquie (confirmation de son programme nucléaire malgré la sismicité du pays), pour ne citer qu'eux...

Thious | 16 mai 2011 à 09h31
 
 

"Quant à Fukushima, elle a parfaitement résisté aux violentes secousses d'un séisme proche d'une valeur de 9."

Mmmmmhhhhh, pas si sûr que ça, il semblerait que ce soit un mensonge de plus.

Haricophile | 15 juin 2011 à 22h16
 
 

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