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Photovoltaïque : des taxes européennes à l'import nuiraient à l'emploi et à l'activité de la filière

Alors que les tensions s'accroissent sur le marché photovoltaïque entre l'Europe et la Chine, une étude suisse estime que la mise en place de barrières douanières par l'UE pénaliserait la chaîne de valeur européenne.

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Photovoltaïque : des taxes européennes à l'import nuiraient à l'emploi et à l'activité de la filière

Les recours de fabricants européens du photovoltaïque contre la Chine se multiplient auprès de la Commission européenne. Le groupement d'entreprises européennes EU ProSun en juillet et en septembre, et les fabricants de verres solaires en février ont déposé des plaintes pour pratiques commerciales déloyales et subventions illégales. Dans la foulée, la Commission a ouvert deux enquêtes : une première en septembre sur des pratiques commerciales déloyales, une deuxième en novembre sur des subventions à l'exportation de panneaux solaires et de composants essentiels (wafers, piles). De nombreux acteurs demandent, pour lutter contre la concurrence chinoise, l'installation de barrières douanières pour les produits photovoltaïques.

Pourtant, une étude de l'institut économique suisse Prognos, présentée par l'Alliance pour une énergie solaire abordable (Afase) lors d'une audition devant la Commission européenne le 18 février, estime que l'installation de droits anti-dumping ou compensatoires sur les produits chinois importés aurait un impact négatif sur le marché européen du solaire et donc sur l'emploi dans le secteur, sur la période étudiée (2013-2015). Un constat déjà souligné par Canadian solar au moment de l'ouverture de la première enquête européenne sur les pratiques commerciales des fabricants chinois en 2012 : "La majorité des industriels de la filière sortiraient perdants d'une [telle] initiative menée par quelques représentants du secteur au bénéfice de leurs seuls intérêts individuels", avait alors estimé le président des activités européennes de la société, Gregory E. Spanoudakis.

Coup de frein sur le marché photovoltaïque

"Si des droits antidumping et/ou compensatoires étaient imposés, ceux-ci augmenteraient le prix des modules photovoltaïques chinois, des cellules et des plaquettes. Cette hausse de prix entraînerait une augmentation des coûts d'installations. En conséquence, la viabilité de l'installation de modules photovoltaïques dans de nombreux marchés sera impactée négativement, en d'autres termes, le marché PV européen diminuera", indique Prognos. Toute la chaîne de valeur photovoltaïque se trouverait impactée par cette baisse de la demande, des installateurs aux services d'ingénierie, en passant par les fabricants européens d'équipements de production ou des fournisseurs de matières premières et composants qui approvisionnent la Chine.

Seul impact positif : les producteurs européens de cellules, modules et plaquettes photovoltaïques pourraient voir leurs ventes augmenter, mais cette hausse de la valeur ajoutée devrait être limitée, et ne sera jamais suffisante pour compenser les pertes sur l'ensemble de la chaîne de valeur, note Prognos. "L'emploi, qui augmente en raison de la production accrue de produits solaires au sein de l'UE, représente tout au plus 17-20% des emplois perdus le long de la chaîne de valeur". Les gains de valeur ajoutée représenteront quant à eux, 10 à 15% des pertes.

Plus de 200.000 emplois en péril

L'institut étudie plusieurs scénarios (droits de douanes à 20%, 35% et 60%) mais tous aboutissent aux mêmes effets.

Ainsi, le premier scénario entraînerait une perte de 115.600 emplois dans l'Union européenne la première année, dont une grande majorité en Allemagne (plus de 45.000) et 5.900 en France. Les pertes d'emplois se poursuivraient en 2014 (-146.500) et 2015 (-175.500). La baisse de la valeur ajoutée est estimée entre 4,74 et 7,5 M€ par an.

Avec des droits de douanes à 35%, l'impact négatif sur l'emploi est plus fort (-214.700 en 2013, -248.400 en 2014 et -276.100 en 2015), légèrement compensé par des gains d'emplois (respectivement 15.000, 26.400 et 31.900). Idem pour la valeur ajoutée (de -9 à -12 M€).

Enfin, en portant les droits à l'import à 60%, les pertes nettes d'emplois se situent entre 200.000 la première année (dont plus de 6.000 en France) et 240.000 en 2015. La perte de valeur ajoutée (entre 9,64 et 12,69 M€) n'est pas compensée par l'augmentation d'activité de la filière européenne (+1,7 à 2,4 M€).

Réactions6 réactions à cet article

 

Cela ressemble bigrement à Munich. La négociation en situation de guerre, qu'elle soit économique ou classique, doit avoir des limites fermes.

VD69 | 20 février 2013 à 16h18
 
 

Question intéressante mais qui se borne à une vision de l'économie bien (trop) normée (économiquement de marché bien sûr)... Il faudrait peut-être commencer à prendre en compte que les conditions de production en Asie du Sud-Est ne doivent PAS être la norme utilisée dans les prévisions économiques : pas à 60 h/semaine en travail destructif avec violation de nombreux droits humains fondamentaux (OIT) et fort impacts environnementaux !

Lionel | 21 février 2013 à 10h06
 
 

Comme souvent dans ce genre d'étude, on confont intérêt personnel et intérêt d'état.
Il est sur que coûtant plus cher, il y aura moins d'installation donc moins d'activité.
Par contre, les flux d'argent souti du pays vers la Chine diminueraient et réduirait le défécit commercial.
C'est pareim pour la rigueur: soit on empreinte de l'argent pour acheter et le PIB augmente avec un déficit commercial accru, soit on serre la ceinture, le PIB baisse mais le déficit commercial se creuse.
La première solution est plus satisfaisante d'un point de vue personnel jusqu'au moment où on arrive au surendettement, plus personne ne prête et là on revient de façon violente et sans concession à le deuxième solution.

zaravis | 21 février 2013 à 10h19
 
 

Il y a quelques années je travaillais dans le textile dans le choletais. J'ai perdu mon emploi suite à des délocalisations au Portugal, puis Tunisie et enfin Bengladesh.... J'ai retrouvé dans la chaussure qui a rapidement suivi vers la Chine. Hier je travaillais dans le photovoltaïque... vous connaissez la suite. Bref, si vous voulez savoir quelle filière va prochainement fermer, je travaille aujourd'hui dans (top secret). Vous ne pourrez plus dire maintenant que vous ne saviez pas !
Quant aux emplois que l'on va sacrifier en mettant des droits de douane... permettez moi de sourire : cela ne nous concerne pas et si les prix augmentent tant pis, voire même tant mieux car il nous faudra bien les fabriquer nous mêmes ces produits (s'ils sont indispensables bien entendu)... Bon c'est sûr que tout cela n'arrange pas les affaires des "traders", "banksters" et autres cupides qui en en rien à faire des inégalités sociales pourvu que le retour sur investissement des capitaux investis soit supérieur à 12 % (au moins !). Alors ne comptez pas sur moi pour empêcher d'ENORMES droits de douane....

RICE | 21 février 2013 à 11h01
 
 

Je suis installateur PV de qualité (modules noirs en tuile sans cadre fabriquées en france avec des cellules Européennes !!) et je peux vous dire que mes clients sont ravis de pouvoir acheter français !!! et pour presque pas plus cher !
Les taxes sur le chinois; oui !!! Et c'est pas les artisans et petit installateurs qui vont y perdre !! Non, ce sont quelques très gros qui gagnent des millions en margeant plus gros comme des porcs avec du chinois !! Et ce sont ceux là qui sont à faire des rapports ou tenir les manettes de telle ou telle asso ou organisme du PV qui font des rapports en nous faisant croire que le chinois est bon pour notre économie... Dans ce cas fermons de suite les derniers fabricants français et européens de modules et ce sera encore mieux....pour eux (bien sur !). Ces gens sont vraiment des buses !

YonneSolaire | 21 février 2013 à 14h05
 
 

Comment fermer les Centrales Nucléaires, quand les ENR ne sont pas au rendez-vous?

arthur | 25 février 2013 à 14h58
 
 

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