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“ ''Les agriculteurs sont piégés dans une spirale qui relève de la responsabilité collective'' ”

Pierre Rabhi, à travers sa fondation éponyme présente au Maroc, au Burkina Faso, au Mali mais aussi en Europe, essaime l'agroécologie à travers le monde. L'auteur de "Vers la sobriété heureuse" livre à Actu-Environnement sa vision de l'agriculture et de la société.

Interview  |  Agroécologie  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com
   
“ ''Les agriculteurs sont piégés dans une spirale qui relève de la responsabilité collective'' ”
Pierre Rabhi
Agriculteur et penseur
   

Actu-Environnement.com : La Commission européenne vient de présenter ses propositions pour la PAC post 2013. Qu'en pensez vous ?
Pierre Rabhi :
Je suis tellement habitué à des proclamations, à de l'eau tiède, alors qu'il y a tant d'engagements fermes à prendre que j'ai perdu l'écoute de ces choses-là. Je reste dans ma radicalité ! L'humanité a fait un choix dangereux : concentrer l'argent, la productivité dans certaines mains, à travers des macrostructures. C'est une véritable catastrophe, ce système ruine tout. Il faut revenir à des exploitations à taille humaine, passer du macro à la multiplication du micro.

AE : Vous parlez d'ailleurs ''d'agriculture industrielle''…
PR :
Auparavant, en Europe, des multitudes de fermes maillaient les territoires et les approvisionnaient de manière autonome. Et puis ces fermes à taille humaine ont été transformées en exploitations agricoles. Le paysan ruiné est parti travailler à l'usine, dans les mines… Et puis la modernité a frappé dans les pays du Sud. Il y avait de nombreux villages avec leurs terres nourricières, leur bétail, leurs savoir-faire. Ils vivaient dans une forme d'autonomie, ils répondaient à leurs besoins vitaux par eux-mêmes. L'argent les a détourné de cette organisation traditionnelle. Les cultures, coton, cacao, arachides, ont été tournées vers l'exportation. Les paysans ont dû investir dans des intrants et se sont retrouvés en concurrence déloyale avec les autres pays. Ce déséquilibre des échanges a conduit les paysans à partir dans les villes chercher du travail.
J'ai un énorme désaccord avec la modernité ! L'humanité est en train de s'éradiquer elle-même en pillant la planète pour faire du fric et du capital. Je ne me fais pas de soucis pour la planète, mais pour l'humanité qui est devenue démente. Nous nous suicidons avec ce système. C'est une question de responsabilité morale. Je ne pointe pas du doigt les agriculteurs qui, s'ils ont une part de responsabilité, sont piégés dans une spirale qui, elle, relève de la responsabilité collective. Le consommateur a par exemple une part énorme à jouer dans le changement, avec l'influence qu'il peut avoir sur le marché par ses choix. Il devrait être un modérateur. Aujourd'hui, le consommateur est responsable, soit par ignorance, soit par désintérêt.

AE : Vous prônez une autre agriculture, appelée l'agroécologie…
PR :
Je ne prône pas mais je pratique l'agroécologie depuis une cinquantaine d'années. L'idée est simple : comment faire que nous, êtres humains, puissions nous alimenter avec une terre qui soit respectée, entretenue, améliorée de manière à lui donner un rôle pérenne. Il s'agit de se placer dans le respect des fondements même de ce qui préside à la vie : l'eau, la terre, l'air…

AE : L'agroécologie peut-elle nourrir l'humanité ?
PR :
Bien sûr ! On nous oppose régulièrement cet argument. Pourtant, ce n'est pas quand on aura saturé les sols nourriciers de pesticides et autres produits chimiques que l'on pourra continuer à produire. L'agriculture biologique implique également une réorganisation sociale. Il s'agit d'impliquer le plus grand nombre dans un système alors que le système actuel produit de plus en plus de chômage, avec les problèmes qui s'ensuivent. C'est une question de choix : On peut produire une centaine de tonnes de céréales avec force d'intrants et de mécanisation ou avec une cinquantaine de paysans. L'objet de l'agriculture biologique est aussi social : redonner un rôle au plus grand nombre.

AE : C'est ce que vous essayez de faire avec la fondation Pierre Rabhi, créée en 2010  ?
PR :
Je ne renonce pas et je ne baisse pas les bras ! J'essaie de servir ce message magnifique de la vie. Nous avons déjà créé des structures de formation, d'accueil, notamment à l'international. On concrétise les choses, on les incarne afin de montrer qu'il est possible de faire autrement et que la société civile innove, se questionne, agit. C'est un formidable laboratoire où s'exercent des actions qui préparent le futur. Je suis pour une insurrection des consciences, c'est-à-dire une coalition des consciences qui veulent que les choses changent. L'urgence est à la fois écologique et humaine. Dans le Sud, les pénuries, les disettes ne cessent de croître. Nous sommes face à une insuffisance alimentaire mais aussi à une nuisance alimentaire : les denrées sont de mauvaise qualité. Les attentes sont de plus en plus grandes et avec la fondation, nous aimerions être à la hauteur de ces attentes. Il s'agit de mettre en route des processus sur l'agroécologie, la problématique de la faim, la gestion de l'eau, la souveraineté des paysans… La fondation a été créée une fois que nous avons éprouvé ces pratiques et démontré objectivement que l'agriculture biologique est efficace. Je suis impliqué depuis 1981 au Burkina Faso par exemple, et dans ces zones semi-arides, nous avons réussi à accroître la productivité. Les résultats sont encore plus flagrants dans ces zones difficiles. Il s'agit désormais d'avoir les moyens matériels pour développer ces pratiques.

Réactions11 réactions à cet article

 

Mon dieu quelle sagesse quelle resurection de jeanjacques rousseau.
Mais hélas les friqués les multinationales ne se laisseront pas convaincre ne révons pas .Merci de cette risée d'air pur dans notre monde...
Bien que j'ai horreur de l'écolocratie j'en viendrais presque à souhaiter la victoire des grenelleux seuls détenteurs d'un petit pouvoir politique

VERTACO | 25 novembre 2010 à 08h19
 
 

Eh oui Monsieur Rabbi vous avez tout compris.....comment faire en sorte que le bon sens , le votre ailles sièger au ministère de l'agricuilture à la place des bayer monsanto.....faut il une énorme catastrophe? hélas je le crois....l'ignorance et la cupidité est plus forte que le bon sens....

jam | 25 novembre 2010 à 08h46
 
 

Que dire?....des paroles de sage,comment ne pas etre d'accord?

lagratte16 | 25 novembre 2010 à 08h50
 
 

Dommage que ce grand sage, pour qui j'ai énormément de respect, ne se montre pas favorable au EnR, et en particulier de l'éolien...

Bibi | 25 novembre 2010 à 10h14
 
 

Le plus difficile est de prendre conscience que c'est bien le consommateur, c'est-à-dire chacun d'entre nous, qui a la principale responsabilité des dérives existantes.
Dès que nous procéderons à des achats responsables, et non pas uniquement en fonction du seul critère de prix, la situation s'améliorera d'elle-même.
La réflexion est identique dans le secteur bancaire. Si nous arrêtions de demander au banquier de nous donner le maximum de taux d'intérêt, il y aurait moins de comportements spéculatifs à l'extrême.
Mais voilà, sommes-nous seulement prêt à réduire nos exigences ?

André-Marie | 25 novembre 2010 à 16h48
 
 

Pourquoi dire : ""Mais hélas les friqués les multinationales ne se laisseront pas convaincre (voir post de VERTACO)"...Mais non allons y. Pierre Rabhi le dit dans cet article mais également dans ses livres. Alors lisez les, engagez vous dans son mouvement, il monte quelque chose pour 2011-2012.
Mais surtout, et si vous ne voulez pas vous engager, faite attention à votre consommation. Ne surconsommez pas.
C'est le consommateur qui a l'arme anti-capitaliste dans ses mains. Et comme disait Coluche :"Il suffit que l'on achète plus leurs produits pour qu'ils ne nous les vendent plus."

fab08022 | 25 novembre 2010 à 21h16
 
 

un discours clair et sans compromis. Que des choses simples, mais
pas toujours si faciles à appliquer.
J'ai beaucoup d'admiration pour Pierre Rabhi qui, comme il le dit lui-même,ne baisse pas les bras.

mamiedepain | 26 novembre 2010 à 09h37
 
 

La grosse catastrophe s'est justement produite le 23 octobre dans le petit fleuve côtier LE GUILLEC , commune de PLOUGOULM ( finistère), arrondissement de MORLAIX. Pollution immédiate de l'eau avec du TRIMATON EXTRA de chez CEREXAGRI SAS. Pétition en cours :

Au delà de la pollution du GUILLEC Arrêtons la stérilisation des sols !!!


OMERTA totale des élus, de la presse nationale et des TV.
Monsieur Rabhi vous étiez venu tout près, à Sainte-Sève . Je vous avais écouté avec émotion.

Corneille | 27 novembre 2010 à 11h54
 
 

bravo et pour agir simplement approvisions nous dans les marchés et essayons d'identifier ceux qui sont encore producteurs et accordons leurs la préference de nos achats.

marco64 | 30 novembre 2010 à 10h01
 
 

Que des paroles vraies!

En effet le vrai pouvoir est dans les mains du consommateur, celui qui décide d'aller faire le marché et d'acheter des produits bio, locaux et non pas celui qui va chez un grand distributeur qui lequel s'en met en passant plein la poche sur le dos des producteurs, lesquels producteurs doivent augmenter les rendements par tous les moyens possibles et évidemment en produisant de la qualité très très médiocre. Là ou règne uniquement l'argent, la cupidité et la recherche du pouvoir, des gros chiffres et de l'image au service de l'Ego, il n'y a plus de place pour la vraie humanité.

arthur duchemin | 20 décembre 2010 à 10h19
 
 

- Actu-Environnement : L'agroécologie peut-elle nourrir l'humanité ?
- Pierre Rabhi : Bien sûr !
J'aimerais prolonger cette intéressante question par : « et jusqu'à combien d'êtres humains ? »
Rappelons, en effet, que "notre" planète a des dimensions finies et qu'elle ne peut donc accueillir qu'un nombre fini d'habitants.
Le discours de Pierre Rabhi serait plus audible s'il prenait, aussi, en compte cette réalité là...

Démographie Responsable | 09 janvier 2011 à 17h11
 
 

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