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Présidence de l'UE : le Danemark transmet le témoin à Chypre

Le passage de témoin entre le Danemark et Chypre a été l'occasion de revenir sur la directive relative à l'efficacité énergétique et d'exposer l'ambition de la présidence chypriote d'impulser une vision globale en matière de politique de l'eau.

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Début juillet, Chypre a pris pour six mois la présidence tournante de l'Union européenne, succédant ainsi au Danemark. La passation de pouvoir a été marquée par la crise financière qui secoue l'Europe, reléguant au second plan le bilan environnemental du sortant et les projets du nouvel entrant.

Une directive efficacité énergétique peu efficace

A l'occasion du débat parlementaire relatif au bilan du Danemark, le Premier ministre danois, Helle Thorning-Schmidt a évoqué des "résultats solides". Un point de vue globalement partagé par les eurodéputés qui ont qualifié de "pragmatique [et] dynamique" la présidence sortante, pointant par ailleurs son "bon déroulement". De même, le Bureau européen de l'environnement (BEE) juge que la Présidence danoise "a montré une vision et de l'ambition concernant les principales politiques environnementales". Dans le cadre de leur habituelle évaluation de la présidence du Conseil, les ONG fédérées au sein du BEE déplorent néanmoins que les Danois aient laissé "les Etats membres les moins progressistes" prendre le dessus dans les discussions sur la pêche et l'agriculture.

Du côté des principales avancées, le Letton Krišjānis Kariņs a estimé au nom du Parti populaire européen (PPE) que "le Danemark s'est concentré sur les problèmes les plus importants mais a également essayé de trouver des solutions aux autres questions", citant en particulier l'énergie. Ce sujet, qualifié de "vrai test" par le BEE, a été marqué par l'accord obtenu par les Danois au sujet de la directive efficacité énergétique (15954). Si le Danemark "a durement bataillé" pour obtenir un compromis, estime le BEE, "cet empressement a permis de trouver un accord au détriment du contenu final". Le BEE déplore en particulier que le texte ne permette que 15% d'économie d'énergie d'ici 2020 et qu'il ne mentionne pas de plafond contraignant pour la consommation énergétique des Etats membres.

Pour les ONG, la principale avancée à mettre au crédit des Danois est l'adoption en mai d'une position commune entre les Etats membres sur la réduction des émissions de soufre. L'accord prévoit d'abaisser la teneur en soufre des combustibles marins dans les zones de contrôle des émissions de soufre (Seca, selon l'acronyme anglais), telles que la Baltique, la Manche et la mer du Nord, puis pour l'ensemble du littoral européen d'ici 2020. Le BEE se félicite notamment que le Conseil ait adopté cet accord malgré de "forte pressions" des opposants.

L'enjeu des ressources en eau

Chypre a pour sa part présenté ses priorités devant le Parlement européen. Comme il est maintenant de coutume, une présidence se doit d'afficher sa volonté d'aller vers une Europe durable. Chypre ne déroge pas à la règle et affiche "une Europe plus efficace et durable", comme première priorité. Peu de détails viennent concrétiser ce premier objectif, le président de la République de Chypre, Demetris Christofias, ayant surtout indiqué que cet objectif sera au cœur de la révision du cadre financier pluriannuel pour 2014-2020. De même, il a précisé vouloir une approche globale tout particulièrement en matière de gestion des ressources en eau, il a appelé l'activation d'une politique maritime intégrée de l'Union européenne et il a annoncé vouloir faire avancer les dossiers de la pêche et de la politique agricole commune (PAC).

Pour le BEE, la priorité chypriote en matière d'environnement devrait être la mise en place d'une économie verte. "La crise offre une opportunité pour aller vers un mode de développement plus durable", indique le BEE soulignant que Chypre fait partie des Etats les plus concernés par les difficultés financières. La fédération environnementale assigne donc à l'Union européenne l'objectif "de renouveler les engagements en faveur du développement durable dans la foulée de Rio+20". De même, le BEE attend un verdissement du budget européen.

Parmi les objectifs habituels (climat, énergie, biodiversité, OGM, pêche, agriculture…) l'eau se démarque puisque le sujet a explicitement été évoqué par la présidence chypriote. L'ONG demande que soit prêtée plus d'attention aux ressources en eau en pointant notamment "l'abstraction excessive des consommations d'eau agricoles" et la dégradation des eaux de surface. Elle plaide pour que soit accélérée l'application de la directive cadre sur l'eau, que soit mis un terme aux dégradations causées par les infrastructures de transport fluvial et les barrages hydro-électriques, que soient réduits les impacts agricoles ou encore que soient renforcées les incitations économiques favorables pour un usage raisonnable de l'eau et un accès à tous à la ressource.

Quant aux trois autres objectifs chypriotes, ils visent à aller vers "une Europe dotée d'une économie plus performante, fondée sur la croissance", la résolution de la crise financière est ici centrale, "une Europe plus pertinente aux yeux de ses citoyens, avec solidarité et cohésion sociale", la lutte contre la pauvreté infantile et l'élaboration d'un régime d'asile européen sont les objectifs affichés, et "une Europe dans le monde, plus proche de ses voisins", un objectif qui balance entre l'encouragement du processus d'élargissement et la fermeté à l'encontre de la Turquie qui occupe le nord de Chypre depuis près de 40 ans.

Réactions2 réactions à cet article

 

En effet, ça semble bien joli tout ça ... mais pas encore très concret (même s'ils sont implicites pour beaucoup, manque les grands "pourquoi" qui sont important à formuler, et manque surtout les "comment") à moins que cela n'ai pas encore été dévoilé : à suivre...

Lionel | 10 juillet 2012 à 10h17
 
 

Quel scoop! On aurait été étonnés de lire que la présidence tournante formule un slogan "pour une Europe moins efficace et éphémère".
C'est pourtant la réalité que ces présidences tourbillonnantes: elles ne sont ni efficaces, ni durables, et apportent chacune leur couche supplémentaire au fatras réglementaire ambiant. La France, avec le paquet climat énergie, est le pays qui a fait le plus fort: après l'avoir fait adopter au forceps, elle s'est totalement désintéressée des détails de son application qui ont été rédigés entièrement au profit des allemands, par des cabinets de consultants - Ecofys et UBA - l'ADEME étant occupée ailleurs, à ébaucher des calculs ubuesques pour l'étiquetage environnemental, entre autres...

Albatros | 10 juillet 2012 à 14h33
 
 

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