En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer
Actu-Environnement

Projet agro-écologique : le collectif doit être au cœur de la transition

Le collectif sera le moteur de la transition du modèle agricole français, estime la mission présidée par Marion Guillou. En mobilisant l'ensemble des acteurs et les groupements d'agriculteurs, cette révolution agricole pourrait s'opérer en dix ans.

Agriculture  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com

Après quelques mois de travaux avec les services du ministère de l'Agriculture, l'Inra et les parties prenantes, la mission présidée par Marion Guillou a présenté ses conclusions le 11 juin. Elle avait été chargée en décembre dernier par le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll d'identifier et de capitaliser les bonnes pratiques agro-écologiques afin de définir "le cahier des charges de l'agriculture du troisième millénaire".

"Nous avons fait le pari ambitieux, un peu fou, d'identifier et de caractériser les performances visées, les effets des pratiques agricoles sur celles-ci et leur mise en système pour dégager des pistes de progrès", indique la mission en préambule. Ainsi, les experts ont identifié 35 performances (augmenter la production, la qualité des produits, la valeur ajoutée, diminuer l'érosion, les volumes d'eau consommés, les émissions d'ammoniac, de GES…) et 203 pratiques agricoles permettant de tendre vers ces performances (gestion du sol, santé animale, choix variétal…). Des fiches thématiques ont également été publiées (viticulture, grandes cultures annuelles, bovins, arboriculture).

Mais la mission s'est bien gardé de faire du prêt-à-porter, expliquant que "produire mieux exige le plus souvent de produire autrement en adaptant ses pratiques et son système au milieu pédoclimatique et agro-écologique, et à l'organisation économique et sociale locale".

Elle a donc insisté sur le rôle du collectif et de l'engagement de tous les acteurs dans cette transition. "Notre constat est le suivant : l'antinomie n'est pas entre économie et environnement mais entre technicité, temps d'observation, pratiques innovantes et investissements", explique Marion Guillou.

 
Des certificats d'économie phyto ? Afin de réduire l'usage de produits phytosanitaires, la mission propose la création de dispositifs de certificats d'économie d'intrants (eau, engrais, produits phytosanitaires), directement inspirés des certificats d'économie d'énergie (CEE). "L'objectif consiste à inciter les structures de vente d'intrants (« l'offre »), à dégager, directement ou indirectement, des leviers pour des opérations de réduction des utilisations d'intrants (« la demande ») en finançant ou proposant des démarches vertueuses standardisées ou spécifiques".
La difficulté de ce dispositif réside dans la définition d'une base de référence sur laquelle appuyer ce mécanisme. C'est pourquoi la mission préconise de commencer par des certificats phyto, en s'appuyant sur la base nationale de données des ventes de distributeurs (BNV-d).
 
Les agriculteurs seuls ne pourront entamer cette transition vers un changement de modèle, martèle la mission. La prise de risque liée au changement de régime est trop importante, notamment lors des premières années. "Les risques d'erreurs lors de la phase d'apprentissage, les risques structurels lors de l'adoption de pratiques plus vertueuses mais aux résultats parfois plus variables constituent des freins à l'adoption de nouvelles pratiques ou systèmes", indique la mission. Il faut donc mobiliser les territoires, les filières amont et aval, la recherche, l'enseignement…

"Nous faisons le pari que la transition peut aller vite, si nous mettons en place les bonnes incitations. Nous tablons sur une dizaine d'années", a estimé Stéphane Le Foll. Les premières mesures du plan agro-écologie seront intégrées à la loi d'avenir pour l'agriculture, dont la présentation au Parlement a été repoussée à début 2014.

Faire évoluer la gouvernance

Pour diffuser les bonnes pratiques et faire le lien entre chercheurs et agriculteurs, "le GIS Relance agronomique est actuellement la seule initiative collective de grande envergure qui rassemble dans une même instance les différents acteurs de la recherche, du développement et de la formation en agriculture". Ce groupement d'intérêt scientifique pourrait devenir le pivot du futur dispositif et être chargé du système d'information, de la capitalisation des données et références…

De même, pour favoriser l'appropriation du projet agro-écologique, la construction du "tableau de bord" des démarches agro-écologiques doit être pensée "comme une démarche de co-construction de références partagées par les acteurs concernés, et non pas seulement comme un ensemble d'indicateurs préétablis par des experts".

La gouvernance du secteur agricole devra s'ouvrir, alors qu'elle "repose aujourd'hui sur des institutions et des modes d'organisation hérités d'une logique qui était essentiellement celle d'un secteur isolé car essentiellement dédié à la seule fonction de production". Du fait des nouvelles attentes sociétales, cette gouvernance devrait associer les organisations non gouvernementales, associations de consommateurs, acteurs des filières, parcs naturels…

Les GIEE moteurs de la transition

Sur le terrain, l'action devra également être collective, notamment au travers des groupements d'intérêt économique et environnemental (GIEE), qui seront institués par la loi d'avenir pour l'agriculture. "Il nous semble qu'ils devraient, a minima, être structurés autour d'un projet collectif de double performance [économique et environnementale], porté par un groupe d'agriculteurs et associant, le cas échéant, des opérateurs de filières (pour l'introduction et la valorisation de nouvelles cultures, par exemple) et/ou de territoires (pour l'organisation collective d'infrastructures agro-écologiques, par exemple)", indique la mission.

Selon elle, les incitations devraient viser en priorité ces démarches collectives. Le conseil, dont la mission souligne le rôle essentiel dans la transition, devra être encadré et viser le collectif. La mission préconise pour cela la création d'un "chèque conseil", de type chèque vacances ou crédit d'impôt, réservé aux projets portés par des GIEE, "pour des raisons stratégiques (prime aux démarches collectives), de contraintes budgétaires et de coûts administratifs".

Trouver les bonnes incitations

Les pouvoirs publics doivent accompagner la transition et l'encourager, en envoyant les bons signaux, réglementaires ou financiers. "Mais il faut en finir avec ce système où les agriculteurs agissent lorsqu'il y a des aides, et arrêtent lorsqu'il n'y en a plus. Nous voulons être le cycliste qui lance son champion dans la course avant de s'effacer", estime Stéphane Le Foll.

La mission a identifié trois types d'outils à mobiliser. "Dans le cadre public ou dans le cadre des projets financés par des fonds publics (ANR, CASDAR, etc.), les acteurs de la recherche, de la formation et du développement seront incités à mettre en place des expérimentations de systèmes à risques". De même, devrait être expérimentée la garantie publique, via des fonds régionaux de mutualisation du risque mis en place volontairement par les coopératives ou d'autres acteurs de filières (intégrateurs industriels).

Enfin, les aides, notamment européennes, devront cibler les changements "systèmes". La définition des mesures agro-écologiques systèmes pourrait être réalisée à l'échelle régionale. "Au fur et à mesure que les références seront disponibles et les échelles d'action cohérentes (par exemple, un bassin versant pour l'eau), il conviendrait de passer d'une obligation de moyens à une obligation de résultats", note la mission.

Réactions10 réactions à cet article

 

PAS LIEU D EN FAIRE NI UN THEATRE, NI DU SPECTACLE; LA TERRE NE S ENVOLERA PAS EN PRINCIPE, ELLE EST TOUJOURS RESTER AUSSI BASSE...LES RUMINANTS CONTINUERONT A CONSOMMER DES FOURRAGES, LES MONO GASTRIQUES DES CEREALES...L AGRONOMIE RESTERA UNE PRÉOCCUPATION SI NOUS NE VOULONS PAS TRANSFORMER NOS TERRE EN AUTOROUTES BÉTONNÉES...TANT QU A L ENVIRONNEMENT, IL EST INDISPENSABLE DE S EN PRÉOCCUPER MAIS ÇÀ FAIT DÉJÀ DES ANNÉES QUE L ON S EN SOUCIE...PAS DE QUOI GASPILLER DU PAPIER A RÉPETER COMME DES CABRIS AGRO-ECOLO...AGRO ECOLO...AGRO ECOLO...LES THÉMES DE RECHERCHE DOIVENT ORIENTER LA SÉLÉCTION VERS LA PRODUCTIVITÉ-RUSTICITÉ CE QUI NE SERA PAS CHOSE FACILE CAR CES 2 PARAMÉTRES SONT SOUVENT DIAMÉTRALEMENT OPPOSÉS.JE NE VOIS PAS CE QUE VIENDRONT CHANGER DES NOMS A LA MODE COMME SI LA PLANÈTE SE METTAIT A TOURNER A L ENVERS. LES SOLS RESTENT LES SOLS; EVITONS DE LES DÉGRADER MAIS CEL0 VOUDRAIT DIRE CHANGER DE MECANISATION...LES TRACTEURS REMORQUES ARRIVENT A FAIRE 40 T DE PTC; DE LA FOLIE...UNE MOISSONEUSE BATTEUSE PLUS DE 25 TONNES. DERRIERE LES OUTILS TIRÉS PAR LES CHEVAUX, ON REMPLISSAIT LES BRODEQUINS DE TERRE TELLEMENT CELLE CI ETAIT SOUPLE AU POINT DE S ENFONCER JUSQU AUX CHEVILLES...C EST BEAUCOUP MOINS LE CAS AUJOURD HUI; NOS SOLS SE SONT DÉGRADÉS MAIS PLUSIEURS FACTEURS A CELA...ET SI LE CHANGEMENT CLIMATIQUE N ARRANGEAIT RIEN ?? EN CE MOMENT NOTRE SUD OUEST A PRIS EN 6 MOIS LA PLUVIO ANNUELLE...SOLS ERODÉS ET DÉCAPPÉS; ET AGRO-ECO C ETAIT "ARRETONS DE POLLUER" (GES).

bertrand | 13 juin 2013 à 09h54
 
 

La Politique Agricole Commune sera quant à elle actualisée en 2014 et non modifiable jusqu'en 2020... Et les nouvelles aides techniques/financières et autres contraintes n'iront pas forcément dans le sens de tels changements.

naturia | 13 juin 2013 à 10h04
 
 

@bertrand
Vous lire me fais mal au oreilles
j'ai tout de même lu jusqu'à "AGRO-ECOLO" (désolé de crier, je cite juste) et je me suis dit, ahhh encore une critique constructive !
bonne journée

chocard | 13 juin 2013 à 11h51
 
 

Notre ministre qui veut être le cycliste qui lance la course semble ignorer tout ce qui a déjà été fait dans l'évolution des pratiques depuis plus de 10 ans par les agriculteurs et les structures de développement agricoles.En picardie plus de 1500 agriculteurs sont engagés dans des MAE ou un PVE (15% des agriculteurs) .L'opération "gestion de territoire" mise en place avec la région picarde a permis à plus de1200 agriculteurs de réaliser un diagnostic agro-environnemental de leur exploitation et plus de 1200 km de haies ont été replantées ou entretenues ,750 mares ont été réaménagées etc....Les chambres d'agriculture ,ceta et groupes de développement avec le concours d'Agrotransfert ont développé la protection intégrée et les actions de développement vont dans le sens de la durabilité des exploitations.
Aujourd'hui on s'agite beaucoup derrière le "concept d'agro-écologie"vision d'une agriculture idéale pour laquelle la fonction de production deviendrait secondaire et on fait des rapports ,annonce des financements pensant que des solutions miracles vont être trouver pour répondre aux questions que se pose l'agriculteur tout au long de l'année pour assurer le maintien de la fertilité du sol,limiter l'utilisation des intrants tout en maintenant la rentabilité et la compétitivité de ses productions,faire face aux contraintes climatiques,être intégré à la société....car ses erreurs lui il les paie.
Espérons que dans tout cela il restera un peu de "bon sens paysan"

balxha | 14 juin 2013 à 00h53
 
 

Bon courage à vous les agriculteurs, vous avez intérêt à avoir du bon sens et les pieds sur terre.

Isabelle | 14 juin 2013 à 14h57
 
 

M./Mme Balxha a écrit : « Notre ministre... »

Vous faites erreur. Ce n'est pas votre ministre. C'est celui des bobos.

« Espérons que dans tout cela il restera un peu de "bon sens paysan" » ? L'espoir fait vivre !

En revanche, la décroissance dans la production agricole et alimentaire, dans un monde où cette production devient un enjeu stratégique, tout cela pour faire plaisir à des bobos aux notions d'écologie primaires...

Il y a eu sur des sites anglophones un article avec un titre qui paraît provocateur mais reflète précisément le problème : « Should The World Keep Feeding Europe? » Il serait temps que M. Le Foll et d'autres le lisent.

Wackes Seppi | 20 juin 2013 à 12h45
 
 

Tiens, ça tombe bien, sur Agrisalon :

X. Beulin : « Stéphane Le Foll doit être plus présent dans la sphère agricole ».

Wackes Seppi | 20 juin 2013 à 14h44
 
 

Bien sur que notre ministre a une vision de l'agriculture difficile a partager vision très parisienne, vision d'une agriculture idéale qui n' a jamais existé sauf dans la tête de "bons penseurs" qui ne visent que la décroissance .
Lisez le rapport de la mission présidée par Marion Guillon le diagnostic n'est pas inintéressant mais sur les propositions d'action on est un peu dans le délire : il faut renvoyer tous les conseillers agricoles en formation ,rien pratiquement sur la compétitivité des exploitations mais plein de choses sur les pratiques "innovantes" qui bien souvent comme c'est dit dans le rapport entraine une baisse de la production alors que l'enjeu est aujourd'hui une agriculture durable qui doit produire plus.
p.s. Le ministère de l' environnement est aussi entrain de préparer une loi sur la biodiversité qui est de la même veine sur sa vision de l'agriculture ,avec des mesures qui vont être très impactantes pour l'agriculture.

balxha | 20 juin 2013 à 23h23
 
 

Bjr à tous,

Tout ceci est fort sympathique, MAIS......je crains fort que celà soit réaliste en ce moment. Je pense que la mise en place au moins au niveau continental européen mettra beaucoup trot de temps par rapport aux urgences qui sont d'ailleurs évoquées dans ce projet.
Soyons plus modeste sur les 5 ans à venir et TRES efficaces, deux ou trois choses simples au niveau des 28 pays de l'UE.
Pollution de l'eau, politique énergétique propre, politique des déchets
trois sujets capitaux à traiter au niveau des régions européennes.
Concilier production et écologie afin que tout le monde mange partout
sur notre planète.
Ensuite nous pourrons détailler d'autres objectifs!!! AU BOULOT !!!

Claude BOUILLOT

Le Fédéraliste | 10 juillet 2013 à 23h43
 
 

@balxha Le "bon sens paysan", dépend de l'époque qu'on veut bien regarder. Vous parlez de celui de nos ancêtres, ou bien de celui qui a été inculqué par les industries d'armement quand elles ne savaient plus quoi faire de leurs usines de chars et de gaz de combat ?
Réflexion par rapport aux saisons et sélection de variétés résistantes, protection du sol, aménagements limitant l'érosion, grande diversité de cultures, et donc limitation de l'emploi de produits. C'est ça le bon sens. Prévenir plutôt que guérir, et ainsi cela limite les coûts. Si on produit autant ou un peu moins, mais avec des coûts plus bas, la première partie du pari est gagnée. La seconde partie c'est attirer plus de monde dans ce métier, or s'il est plus rémunérateur grâce à la première partie, ça devrait être possible. Plus de paysans et une vie moins dure, c'est ça l'objectif de l'agro-écologie, du bon sens ou appelez-le comme vous le voulez.

souzi | 08 décembre 2014 à 08h32
 
 

Réagissez ou posez une question à la journaliste Sophie Fabrégat

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- disposant d'un porte-monnaie éléctronique
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]