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La protection de la biodiversité, un outil de santé publique ?

La protection de la biodiversité pourrait jouer un rôle dans la lutte contre la propagation de maladies infectieuses : différents scientifiques se sont penchés sur cette hypothèse lors d'un colloque Santé et biodiversité, à Lyon.

Hygiene / Securite / Sante  |    |  Dorothée LapercheActu-Environnement.com

"Nous pourrions avoir une relation gagnant-gagnant entre la protection de la biodiversité et la santé ", assure Anne-Hélène Prieur-Richard, directrice exécutive par interim de Diversitas, programme international de recherche sur la biodiversité (sous l'égide du Conseil International pour la Science et de l'Unesco), lors du colloque Santé et biodiversité, le 27 octobre à Lyon.

Si la faune sauvage est un réservoir naturel de pathogènes, dans les territoires riches en biodiversité, les équilibres entre hôtes et pathogènes sembleraient toutefois défavoriser la propagation de maladies infectieuses.

L'effet dilution de la biodiversité

Ainsi, certains scientifiques mettent en avant "l'effet dilution" permis par la biodiversité. Selon Dominique Pontier, chargée de recherche, co-directrice du laboratoire Dynamique éco-évolutionniste des maladies infectieuses, il existe deux types d'hôtes pour les parasites : les espèces fondamentales, dont la mort entraîne un coût pour ces derniers (qui évoluent donc vers des formes peu pathogènes pour les préserver) et les espèces secondaires, dont la mort n'est pas déterminante pour le parasite. Par exemple, Ebola s'avère inoffensif pour les chauves-souris, l'espèce fondamentale mais très virulent pour l'homme.

Cet effet dilution peut être illustré par la maladie de Lyme. Celle-ci est transmise par les tiques et la bactérie responsable de l'infection est Borrelia burgdorferi. Aux Etats-Unis, l'hôte préférentiel de cette bactérie est la souris à pattes blanches. Si les tiques peuvent se nourrir sur des animaux qui ne sont pas des réservoirs pour Borrelia, comme l'opossum de Virginie, la dissémination de la maladie est limitée. A l'inverse, "dans les régions où cet opossum a été éliminé, leurs tiques se sont reportées sur les souris à pattes blanches et ont contribué à la dissémination de la maladie en augmentant les risques de contamination à l'homme", pointe une étude du Conseil général de l'environnement et du développement durable, sur les liens entre santé et biodiversité.

Vers une nouvelle pression de sélection ?

"L'effet dilution fonctionne en théorie dans un tiers des cas, estime Benjamin Roche, chercheur à l'IRD dans l'unité de modélisation mathématique et informatique des systèmes complexes (Ummisco), la biologie de la conservation peut se révéler un outil de santé publique".

Reste toutefois à étudier la combinaison de la diversité d'espèces animales et la cohorte d'agents pathogènes associés.

"L'effet de dilution peut également apporter une pression de sélection [naturelle] nouvelle sur les pathogènes, met en garde Frédéric Thomas, directeur de recherche au CNRS spécialisé dans les interactions entre les organismes et leurs parasites, et induire une manipulation du comportement, par exemple un moustique piquera plus et choisira mieux sa cible".

Augmentation et globalisation des épidémies

Aujourd'hui, nos modes de vies et comportements perturbent les équilibres et facilitent les possibilités pour les pathogènes de changer d'hôte. "Nous constatons une homogénéisation des pathogènes : durant les soixante dernières années, il y a eu une augmentation et globalisation des épidémies", souligne Serge Morand, écologue, au CNRS.

"La biodiversité et la transmission des maladies infectieuses sont corrélées mais les liens ne sont pas simples", complète-t-il.

Ainsi la gestion de certaines épidémies a donné lieu à des controverses comme la récente campagne d'abattage massif des bouquetins du Bargy pour endiguer l'épidémie de brucellose ou encore l'abattage de poulets en Thaïlande contre la grippe aviaire et la réintroduction de poulets européens, contraire aux recommandations de conserver une biodiversité.

Présence d'antibiotique dans l'environnement

Un des facteurs perturbants induit par l'homme est la présence d'antibiotiques dans l'environnement. "Il n'y a plus de spécificité de l'hôpital dans les pathologies de bactéries multirésistantes", constate Antoine Andremont, spécialiste dans la bactériologie médicale, au sein du groupe hospitalier Bichat-Claude Bernard (Paris).

Enjeu sanitaire majeur du XXIè siècle, l'antibiorésistance résulte de différents facteurs : un usage et une gestion des médicaments inappropriés et probablement une pollution du milieu naturel.

"Les stations d'épuration ne traitent pas complétement les résidus médicamenteux, ni les bactéries antibiorésistantes, nous les retrouvons donc dans les milieux aquatiques où des espèces sauvages vont venir s'abreuver, pointe Marion Vittecoq, attachée de recherche dans le Centre de recherche pour la conservation des zones humides méditerranéennes, cela va être une source de contamination et de transmission vers d'autres milieux ".

De la même manière, les fermes aquacoles (qui utilisent beaucoup d'antibiotiques) ou les boues de stations d'épuration vont être également des sources de pollutions.

"Nous souhaitons comprendre les voies d'échanges entre le compartiment que nous représentons, la population humaine, les animaux domestiques ainsi que ce compartiment que nous connaissons mal : la faune sauvage qui pourraient favoriser la dissémination ou en être victime", précise Marion Vittecoq.

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