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Protéines végétales : un intérêt environnemental à valoriser

Pour relancer la production des cultures de légumineuses fourragères pluriannuelles telles que la luzerne, le CGAER préconise de les soutenir davantage dans le cadre de la PAC et de développer la R&D et la concertation.

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Protéines végétales : un intérêt environnemental à valoriser

Pour lutter contre la forte dépendance aux importations de protéines végétales pour l'alimentation du bétail, la France et l'Union européenne réfléchissent à la mise en place de mesures pour relancer la production locale de légumineuses. Le ministre de l'agriculture Stéphane Le Foll a annoncé un futur plan protéines. Récemment, l'Autriche a proposé de valoriser leur intérêt environnemental dans le cadre de la politique agricole commune. C'est également ce que propose le commissariat général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux (CGAER) dans un rapport sur la luzerne, publié le 5 mars.

"Les mesures en faveur du développement des légumineuses fourragères ne doivent pas concerner seulement la luzerne déshydratée, mais être étendues à l'ensemble des prairies artificielles dont près des deux tiers sont dans des exploitations d'élevages. Même si on assiste depuis le début des années 2000 à un regain de l'intérêt pour les légumineuses fourragères, les exploitations d'élevage ayant des prairies artificielles restent très minoritaires (moins de 10%)", précise le rapport du CGAER. Outre la reconnaissance des légumineuses comme surfaces d'intérêt écologique, la politique de développement des légumineuses fourragères passe aussi "par un programme ambitieux de recherche-développement-diffusion". Si le CGAER pense que l'organisation professionnelle de la filière luzerne est suffisante telle qu'elle est aujourd'hui, il préconise la mise en place d'une plateforme de concertation entre les différents acteurs intéressés qui pourrait notamment participer à leur promotion "tant auprès du grand public pour leur valeur environnementale qu'auprès des exploitants pour leur intérêt agronomique et zootechnique. Elle pourrait également faciliter la mise en place coordonnée de programmes de recherche-développement".

Une chute des surfaces amorcée dès les années 60

La luzerne représenterait près de 80% des prairies artificielles, "le sainfoin ayant été presque totalement abandonné dans les années 60 et le trèfle violet étant devenu très minoritaire". Si dans les années 50, leur surface avait atteint les 3 millions d'hectares, en 2000 elles ne représentaient plus que 380.000 hectares et en 2010, 278.000 hectares.

"Cette baisse globale cache des évolutions différentiées puisque 8 régions ont vu leurs surfaces augmenter, et même pour certaines dans des proportions importantes : Alsace (+6,4%), Bretagne (+32,9), Centre (+2,8), Corse (+2,8), Franche Comté (+11,3), Lorraine (+53,5), Nord Pas de Calais (+38,7), et Picardie (+19,4)".

Le CGAER identifie trois causes principales à cette forte baisse des prairies artificielles : le recours généralisé à une fertilisation azotée minérale, les exigences en main d'œuvre de la récolte de foin des légumineuses fourragères qui ont conduit à privilégier l'ensilage d'herbe ou de maïs, et  une spécialisation croissante des exploitations avec une véritable mutation des systèmes d'élevage d'herbivores (alimentation à base de maïs ensilage complétée par des tourteaux, notamment de soja, très compétitifs).

De nombreux avantages agronomiques et environnementaux

La luzerne est cultivée soit dans un assolement de grandes cultures (céréales, betteraves et oléagineux) et livrée à une usine de déshydratation, soit à même l'exploitation d'élevage en autoconsommation. Dans ces deux cas, elle présente de nombreux avantages environnementaux et agronomiques, souligne le rapport. D'abord, elle permet de fixer l'azote atmosphérique et d'en faire bénéficier les cultures suivantes "par une minéralisation progressive de l'azote accumulé dans ses racines et ses parties aériennes (collets) non récoltées".

 
Des projets domestiques carbone Ces dernières années, les usines de déshydratation de la luzerne ont réalisé, grâce à la pratique du préfanage, d'importantes économies d'énergie qui ont pu être valorisées par le dépôt de projets domestiques, dans le cadre du protocole de Kyoto. "Ainsi Coop de France Déshydratation a obtenu l'agrément d'un projet domestique pour la période 2008-2012, permettant de réaliser sur 15 sites une économie d'énergie de 650.000 tonnes de CO2 valorisées au prix de 10,5 €/t pour un montant total de 6.825.000 €".
Une étude de l'Inra montre que la luzerne déshydratée, récoltée après préfanage et avec la substitution de 10 à 15 % de l'énergie fossile par des plaquettes forestières, a un bilan carbone positif. Elle fixe plus de CO2 atmosphérique que sa fabrication en émet.
 
Sa culture est relativement facile : elle résiste très bien à la sécheresse grâce à son système racinaire profond et ne nécessite pas ou peu de protection chimique.

"Ce sont ces caractéristiques agronomiques qui confèrent à la luzerne une valeur environnementale reconnue pour réduire la lixiviation d'azote nitrique vers les zones aquifères et limiter l'utilisation des pesticides dans un assolement. Dans les régions de grandes cultures, elle contribue également à un maintien de la biodiversité, notamment au niveau de la faune ; son couvert constituant un lieu de refuge, de source alimentaire et/ou de reproduction à des nombreuses espèces", ajoute le CGAER.

D'ailleurs, de nombreuses agences de l'eau soutiennent le développement des légumineuses fourragères dans les zones de captage. "Elles soulignent l'effet positif sur la qualité des eaux, sur la teneur en azote mais également par un impact à la baisse sur le nombre de traitements phytosanitaires".

Dans le cadre de cultures associées à l'élevage, la luzerne permettrait de développer "des systèmes d'élevage plus économes en intrants et à impact environnemental maîtrisé".

Enfin, la luzerne a un intérêt nutritionnel reconnu par les professionnels de l'élevage.

Soutenir davantage les cultures de légumineuses

C'est pourquoi le CGAER préconise de soutenir financièrement ces cultures. Aujourd'hui, la tendance est plutôt inverse. En 2005, les aides européennes aux fourrages séchés a été réduite de moitié (de 66 à 33 €/t). En 2012, le découplage de l'aide communautaire aux fourrages séchés conjuguée à l'extension en 2013 de la taxe carbone aux fours de déshydratation, a fragilisé le maintien de la luzerne déshydratée dans les grandes cultures, au profit de cultures plus rémunératrices. Dans le cadre de la PAC actuelle, seules quelques mesures de développement rural "semblent à priori susceptibles de favoriser directement ou indirectement le développement des légumineuses fourragères".

Le rapport préconise au contraire le maintien après 2013 et pour une période de trois ans de l'aide couplée accordée pour 2012 et 2013, et la reconnaissance de la valeur environnementale des légumineuses fourragères en leur conférant le statut de plantes d'intérêt écologique. Le projet de PAC 2014-2020, actuellement en discussion à l'échelle européenne, prévoit de conditionner 30% des aides directes (1er pilier) à des pratiques favorables au climat et à l'environnement : la diversification des cultures (au moins trois cultures représentant de 5 à 70% des surfaces), le maintien des pâturages permanents et les surfaces d'intérêt écologique sur au moins 7% de l'exploitation.

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N'oublions pas également la méthode André POCHON avec le trèfle blanc en système herbagé polyculture !!!

- CENTRE d'ETUDE pour un DEVELOPPEMEN AGRICOLE PLUS AUTONOME (CEDAPA)

Les systèmes herbagers "tiennent la route"

C'est la conclusion d'une recherche-action conduite par l'Institut national de la recherche agronomique de Rennes (Inra), en partenariat avec le Cedapa et le Conseil général des Côtes d'Armor.

Vingt-cinq exploitations productrices de lait, de viande bovine ou ovine, ont été étudiées pendant cinq ans 1993 > > > 1998.

L'objectif :
Expertiser le cahier des charges du Cedapa, sous les trois aspects économique, social et environnemental au niveau des exploitations, et sur le territoire, grâce à l'étude comparée de deux bassins versants du Centre-Bretagne, le Stang Cau, bassin versant dominé par les systèmes herbagers, et le Pouliou, correspondant à des systèmes conventionnels, à base de céréales et de maïs.

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Eau Pure | 20 mars 2013 à 21h13
 
 

Il y a plus de 40 ans qu'André POCHON préconisait dans sa région la Bretagne le retour aux prairies à base de légumineuses (luzerne, trèfle blanc et autres. En France on ne l'a pas écouté.......
Il serait bon de se réimprégner de ses expérience, de ses écrits. Plusieurs livres ont été édités.

bienveillance | 21 mars 2013 à 11h44
 
 

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