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Climat : les HFC dans le collimateur du protocole de Montréal

Lors de la 25ème réunion des Parties au Protocole de Montréal, qui s'est tenue à Bangkok du 21 au 25 octobre, des progrès ont été enregistrés afin de mettre un terme à la diffusion des HFC, dont le pouvoir de réchauffement global est jusqu'à 14.000 fois plus actif que le CO2.

Décryptage  |  Climat  |    |  Agnès SinaïActu-Environnement.com

Les HFC, hydrofluorocarbures, sont des molécules mises en application après le protocole de Montréal relatif à des substances qui appauvrissent la couche d'ozone, signé en 1987. Les HFC remplacent les CFC, chlorofluorocarbures, et HCFC, hydrochlorofluorocarbures, jusque là utilisés comme fluides dans la réfrigération et comme propulseurs dans les aérosols. Problème : si les HFC sont sans effet sur la couche d'ozone, leur pouvoir de réchauffement global est jusqu'à 14.000 fois plus élevé que celui du CO2.

Omniprésents dans des produits de consommation courante, principalement dans les réfrigérateurs et les systèmes de climatisation, mais aussi dans les solvants, la croissance des émissions planétaires de HFC se poursuit au rythme de 10% à 15% par an. Maisons, bureaux, usines, véhicules, les HFC sont partout. Les émissions de HFC ont lieu lors de la fabrication de ces équipements, mais aussi en cas de fuites. Une fois en décharge, ces appareils sont susceptibles de libérer ces gaz, dont le confinement s'avère vital pour le climat de la planète. Gaz synthétiques à effet de serre, les HFC sont donc des "bombes climatiques" à retardement.

Les HFC, "bombes climatiques"

A contrario, réduire les émissions de ces gaz entraînerait une réponse climatique rapide, car les HFC sont des polluants à courte durée de vie. "Limiter la croissance des HFC pourrait empêcher jusqu'à plus d'un milliard de tonnes d'émissions de CO2 équivalent à l'horizon 2020, et jusqu'à 90 milliards de tonnes de CO2 équivalent (soit deux ans d'émissions globales) à l'horizon 2050. Une élimination progressive des HFC permettrait d'éviter 0,1°C de réchauffement à l'horizon 2050 et jusqu'à 0,5°C de réchauffement en 2100 (scénario de forte croissance). Une élimination par palier des HFC délivrerait l'atténuation la moins coûteuse, à la plus grande échelle possible à ce jour (moins de 10 centimes de $ par tonne de CO2 équivalent). Un échec de cette mesure affaiblirait significativement les efforts pour maintenir le cap des 2°C de réchauffement", résume Maxime Beaugrand, au nom de l'Institute for Governance and Sustainable Development, basé à Washington, qui, depuis sa création en 2005, se focalise sur l'élimination des polluants à courte durée de vie, parmi lesquels le carbone noir (suie), le méthane, l'ozone troposphérique et les hydrofluorocarbures (HFC).

Selon une note diffusée par ce think tank, la contribution des HFC au forçage radiatif global va être multipliée par 30 d'ici à 2050 si rien n'est fait. Inversement, le contrôle des polluants à courte durée de vie pourrait avoir des impacts sensibles sur l'atténuation des effets du réchauffement. Selon des recherches récentes menées par le professeur Veerabhadran Ramanathan à la Scripps Institution d'Océanographie à l'Université de San Diego, en Californie, la réduction des polluants atmosphériques pourrait réduire la montée des océans de près de 20% d'ici à 2050 et de près de 25% d'ici à 2100. Une réduction combinée du CO2, de noir de carbone, du méthane et des HFC stabiliserait la hausse des températures à +2°C d'ici à 2100.

Négociations en cours

"La bonne nouvelle, c'est que les Etats-Unis et la Chine ont décidé de travailler ensemble et avec d'autres pays afin d'utiliser l'expertise et les institutions de Protocole de Montréal pour éliminer la consommation et la production de HFC", expose Maxime Beaugrand. Le 8 juin 2013, les deux plus grands émetteurs de gaz à effet de serre ont signé un accord bilatéral pour accélérer l'élimination des HFC. Le 13 avril dernier, la Chine s'est engagée à éliminer les HCFC d'ici à 2030, soit 8 milliards de tonnes de CO2 équivalent. Les Etats-Unis multiplient les accords bilatéraux sur les HFC. Le président Barack Obama et le premier ministre de l'Inde Manmohan Singh ont annoncé un groupe de travail commun en faveur de l'élimination des HFC le 27 septembre 2013.

Les négociations se poursuivent sous l'égide du Protocole de Montréal, dont la 23ème Réunion des Parties (MOP 23) s'est tenue à Bangkok (Thaïlande) la semaine dernière. Deux propositions d'amendements proposant d'éliminer progressivement les HFC ont été présentées aux Parties : l'une par les Etats Fédérés de Micronésie, soutenue par le Maroc et les Maldives, l'autre présentée par les Etats-Unis, le Canada et le Mexique. Elles visent à mettre en place une réduction de 85% à 90% de la production et consommation des HFC entre 2016 et 2050, représentant une atténuation de 100 milliards de tonnes de CO2 équivalent. D'ores et déjà, le Protocole de Montréal a prouvé son efficacité et son succès politique, grâce à l'élimination, entre 1990 et 2010, de vingt fois plus de CO2 équivalent que le Protocole de Kyoto pour sa première période.

En 2010, 108 pays ont signé la Déclaration de Bangkok, qui en appelait à l'utilisation de produits alternatifs à faible pouvoir de réchauffement global. En mai 2013, 112 pays avaient rejoint la Déclaration de Bali sur la transition vers des alternatives potentielles à faible pouvoir de réchauffement aux substances dégradant la couche d'ozone. Quant à la France, elle se veut leader européen en matière de règlementation des gaz frigorigènes.

"Des progrès substantiels ont été accomplis lors des discussions sur les propositions d'élimination progressive des HFC lors de la Réunion des Parties à Bangkok le 25 octobre. La majorité des parties au Protocole ont démontré une réelle volonté d'avancer " selon l'Institute for Governance and Sustainable Development. A Bangkok, il a été décidé que le Groupe de l'évaluation technique et économique prépare un rapport sur les coûts et bénéfices environnementaux des différents scénarios d'élimination progressive des HFC et qu'une conférence d'étape se tiendrait en même temps que le prochain groupe de travail du Protocole.

"Si l'Inde a introduit une confusion en s'opposant aux discussions, en dépit de l'engagement fort du Premier Ministre Dr. Manmohan Singh lors des accords récents avec le Président Barack Obama et lors du G20, des douzaines de pays ont confirmé leur soutien au lancement de négociations formelles". D'autres pays, tels que l'Afrique du Sud et la Jordanie, auparavant réticents à un accord sur les HFC au sein du Protocole de Montréal, ont aujourd'hui assoupli leurs positions. "Un amendement au Protocole est quasiment une issue inévitable", selon Durwood Zaelke, Président de l'Institute for Governance & Sustainable Development.  "En définitive, une réduction progressive des HFC peut à la fois protéger le système climatique tout en améliorant l'efficacité énergétique des systèmes de réfrigération et des équipements d'air conditionné, et le coût pour les pays en développement sera payé par les pays développés".

Substituts

« Il y a suffisamment de technologies alternatives à un coût abordable pour commencer la réduction progressive des HFC », selon Dr. Stephen O. Andersen, directeur de la recherche au sein de l'Institute for Governance & Sustainable Development. « Et nous pouvons être sûrs qu'une fois que les nations sont engagées dans une réduction graduelle, des technologies plus environnementales arriveront sur le marché rapidement. »

Dans les années 1980, l'élimination des CFC avait induit des gains d'efficacité énergétique allant jusqu'à 60% dans les réfrigérateurs et climatiseurs. Aujourd'hui, des progrès similaires sont attendus à l'occasion de l'élimination des HFC. Une étude récente du Lawrence Berkeley National Laboratory évalue qu'en Inde, les économies d'énergie potentielles dans la climatisation des habitations et des chambres d'hôtels pourraient éviter la construction de quelque 120 centrales thermiques à charbon de taille moyenne d'ici à 2030. Les gains en efficacité énergétique catalysés par l'amendement HFC contribueront à alléger la pression sur des réseaux électriques vieillissants, particulièrement dans les pays en développement où l'usage de l'air conditionné se répand rapidement. Dans de nombreuses villes en Inde, la demande en air conditionné représente 40 à 60% des pics de consommation électrique en été.

Réactions4 réactions à cet article

 

Il ya quelque chose d'étrange et incohérent a lire que l'éviction des HFC (gaz inodore et ininflammables) permettrait de gagner en rendement.
Il semble plus logique que le gainen rendement s'accompagne d'une détérioration trés sensible de la SECURITE d'emploi des nouveaux gaz qui seront soit inflammables soit corrosifs et toxiques.
Ce n'est pas sans raisons que les gaz halogéné ininflammables ont supplantés les gaz employés avant. De plus ce n'est pas parce qu'un gaz à une température de liquéfaction adaptée au domaine de température de refroidissement que son efficacité sera bonne. Ce qui limite encore les possibilités.
il faut explorer AUSSI d'autre voies dont celles des circuits SCELLES et d'une filière de recyclage viable.

ami9327 | 28 octobre 2013 à 09h58
 
 

A la chasse au fantôme : le RCA !

Laurent Berthod | 28 octobre 2013 à 10h14
 
 

Regardez l'action "Fairconditioning" qui a comme premier objectif l'introduction de climatiseurs fonctionnant aux hydrocarbures en Inde. 15% plus efficaces ils utilisent en plus un gaz a effet de serre négligeable. Il est prévu d'étendre l'action aux grands systèmes de climatisation.

Filax | 29 octobre 2013 à 10h04
 
 

@Filax Merci pour l'information!http://www.fairconditioning.org/resources/ Contient des informations techniques précises et trés utiles.
Toutefois les gaz de remplacement isobutane ou propane ou propène sont inflammables. Dans les applications d'air conditionné une fuite de gaz inflammable est toujours diluée dans un volume au moin égal à une pièce. Donc en travaillant avec une quantité assez faible de gaz combustible on peut éviter la formation d'une atmosphère explosive. Actuellement il y a déjà de nombreux petits climatiseurs avec gaz inflammable.
En améliorant les échangeurs thermiques via une réduction de diamètre des tubes on a pu augmenter l'efficacité et réduire les dimensions ET la quantité de fluide réfrigérant.

ami9327 | 30 octobre 2013 à 10h48
 
 

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