Depuis 1999, le Programme de recherche finalisée
Évaluation et Réduction des Risques liés à l'Utilisation des Pesticides du Ministère chargé de l'environnement contribue au soutien des actions de recherche dans ce domaine. Les études portent sur le comportement des pesticides dans l'environnement, l'évaluation de leurs effets sur des systèmes biologiques complexes mais également sur de nouvelles techniques limitant l'usage de ces produits. Les premiers résultats ont été présentés en 2005 à Avignon et ont mis en évidence l'importance des pratiques agricoles sur les impacts environnementaux mais également le fait qu'il n'existe pas de solution unique dans le domaine de la réduction de l'utilisation des pesticides. La technique du labour, par exemple, est favorable à la lutte contre les herbes indésirables et à la réduction de certaines maladies, ce qui est positif en terme de réduction de l'usage des pesticides. Cependant, il consomme de l'énergie, affecte négativement les populations de faune du sol et peut parfois accroître les départs de terre lors des pluies. Son bilan environnemental n'est donc pas immédiat et mérite d'être approfondi. Il est donc indispensable de raisonner globalement en terme de bilan environnemental des pratiques et non sur le seul critère de la réduction des quantités de pesticides utilisées.
Il y a quelques jours, de nouveaux résultats ont été présentés à Reims au cours d'un colloque. Les derniers travaux ont notamment permis de donner des éléments de diagnostic scientifique pour la gestion de la pollution des sols, des eaux et des végétaux dans les Antilles françaises contaminées par le pesticide chlordécone. Les études menées ont permis de montrer qu'il y a très peu de contamination entre les parcelles : le chlordécone resterait où il a été épandu. En revanche, il est apparu qu'aucun phénomène de dégradation n'a eu lieu depuis les épandages du produit. Ceci se traduit par une contamination très durable des sols : entre 1 et 7 siècles selon les types de sols et les apports !
D'autres recherches se sont penchées sur l'impact des pesticides sur la communauté de micro-algues planctoniques à la base de l'écosystème marin. Il apparaît clairement à l'issue de ces travaux, que certains des pesticides, testés à des concentrations « réalistes » d'un point de vue environnemental, modifient significativement cette communauté naturelle. Par ailleurs, des résultats convergents montrent que les produits commerciaux vendus aux utilisateurs, qui contiennent des adjuvants de formulation en plus de la substance active, sont fréquemment plus toxiques que les substances actives prises isolément.
Par ailleurs, un autre projet piloté par l'INRA de Grignon a permis de démontrer qu'il était possible de concevoir des itinéraires techniques intégrés qui permettent de réduire l'utilisation des herbicides et des fongicides sur le colza. Un choix pertinent de pratiques culturales permet de réduire le risque d'enherbement et de contrôler les attaques de certains nuisibles de sorte que le rendement qui en résulte soit peu différent. Des essais en champ ont montré qu'il était possible de supprimer jusqu'à deux traitements sur les six appliqués à l'heure actuelle. Ce projet a en outre pointé du doigt les freins à la diffusion d'itinéraires techniques auprès des agriculteurs. Pour favoriser la diffusion de la production intégrée, le conseil doit évoluer d'un conseil standard, plutôt axé sur le raisonnement tactique (estimation du risque et choix du niveau de risque encouru) à un conseil plutôt axé sur le raisonnement stratégique (choix de variété, date et densité de semis, rotation).
Outre ces résultats, le colloque a été l'occasion de présenter les projets de recherche qui ont été sélectionnés suite au dernier appel à recherche lancé en 2006. La recherche sur les pesticides d'ici 2010 va donc se recentrer sur l'évaluation
a priori et le suivi post-homologation des pesticides mais également sur la réduction de l'utilisation des pesticides.
Rappelons que cette volonté de réduction a été au cœur des débats menés dans le cadre du Grenelle de l'environnement. Même si aucune échéance n'a été fixée pour l'instant, un objectif de réduction de 50% a été validé par l'ensemble des acteurs. Les travaux lancés dans le cadre de ce programme de recherche devraient permettre d'avancer dans ce sens.
F.ROUSSEL-LABY
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