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Les études sur la possibilité de capter et de stocker le CO2 en profondeur se poursuivent

CLIMAT - Actu-Environnement.com - 03/10/2007
 
Deux ans après la publication du rapport du GIEC sur le captage et le stockage du CO2, les recherches mondiales se poursuivent. Les sites pilotes se multiplient et la technologie devrait être déployée industriellement à partir de 2020.
 
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Parmi l'éventail de mesures qu'il sera nécessaire de mettre en œuvre pour stabiliser les émissions mondiales de gaz à effet de serre comme les économies d'énergies, les transports alternatifs ou les énergies renouvelables, la solution du captage et du stockage du CO2 (CCS) prend une place de plus en plus prégnante. En 2005, le Groupe d'experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat (GIEC) y a consacré un rapport spécifique à l'intention des décideurs. Ce rapport a donné un nouveau souffle à la recherche dans ce domaine et aujourd'hui, les sites pilotes se multiplient et les chercheurs estiment que cette technologie pourra être déployée industriellement à partir de 2020.

En effet, depuis deux ans des avancées notables ont été réalisées sur le plan technologique et industriel notamment sur le captage du CO2, étape la plus coûteuse de la chaîne technologique. Trois modes de captage existent mais ils sont à des stades de développement différents. Le premier mode consiste à capter le CO2 dans les fumées de combustion grâce à un solvant chimique qui est ensuite régénéré par distillation. De nouveaux solvants ont été identifiés mais cette méthode reste encore coûteuse et fait l'objet de recherche notamment dans le cadre du projet européen Castor.
Une autre option, plus adaptée aux nouvelles installations industrielles consiste à réaliser la combustion en présence d'oxygène à la place de l'air ce qui permet d'obtenir des fumées plus concentrées en CO2 qu'on peut alors séparer à moindre coût. Reste cependant à mettre au point un procédé de séparation de l'oxygène de l'air moins coûteux et moins consommateur d'énergie ou de trouver un oxyde métallique capable de fournir de l'oxygène grâce à des cycles d'oxydo-réduction. C'est notamment l'objet des recherches menées en France par l'Institut Français du Pétrole (IFP) dans le cadre du projet européen Encap et du projet français ANR CLC-MAT.
Le captage du CO2 peut également être associé à la fabrication d'hydrogène. Au lieu de brûler directement le combustible fossile, celui-ci est converti en gaz de synthèse duquel on extrait de l'hydrogène pour la production d'électricité et du CO2. Cette voie cristallise de nombreux espoirs car elle permettrait un déploiement à grande échelle de la technologie de l'hydrogène. Le programme européen Hypogen y est dédié et vise à développer un démonstrateur d'ici à 2014.

De nombreuses recherches se penchent également sur le transport, les conditions d'injection du CO2 et surtout sur le choix des zones de stockage et leur pérennité. Aujourd'hui, trois solutions de stockage sont envisagées : les anciens réservoirs d'hydrocarbures, liquides ou gazeux, dont le potentiel de stockage est estimé entre 675 et 900 milliards de tonnes de CO2, les veines de charbon non exploitées (15 à 200 milliards de tonnes de CO2) et les aquifères salins profonds (1.000 à 10.000 milliards de tonnes de CO2). Ces différentes solutions continuent à être explorées et plusieurs sites pilotes ont vu le jour en Europe, au Japon ou encore en Australie et aux Etats-Unis.
En France, les recherches, menées par le Bureau de Recherche Géologiques et Minières (BRGM) et l'IFP, se tournent vers les grands aquifères du bassin parisien qui pourraient stocker 26.000 millions de tonnes de CO2 environ. Trois projets pilote y sont envisagés : un pilote de captage à partir d'une chaudière au charbon, un pilote de captage à partir d'une installation industrielle et un pilote de stockage dans un aquifère à grande profondeur (2.000 m). Les bassins d'Aquitaine et du Sud-Est sont également évoqués mais pour l'instant aucune donnée ne permet d'évaluer leur potentiel. Le BRGM évoque également la possibilité de mettre en place un pilote de captage et de stockage de CO2 issu d'une usine de production de biocarburants dans un aquifère profond salin dans le Loiret.

La technologie CCS a également bénéficié d'avancées réglementaires et politiques au cours de ces dernières années. La convention de Londres sur l'interdiction d'immersion des déchets a en effet été amendée afin d'autoriser sous certaines conditions l'injection de CO2 sous le fond des mers et une réglementation globale est actuellement en cours d'élaboration au niveau européen. La consultation internationale sur ce sujet s'est également renforcée. D'ailleurs, cette semaine aura lieu la deuxième assemblée générale de la plate-forme technologique européenne ZEP pour les centrales à combustibles fossiles à émission nulle et l'atelier du réseau européen CO2Geonet de formation et de dialogue sur le CCS.

Même si la technologie CCS n'en est qu'au stade de développement, elle cristallise de nombreux espoirs pour permettre des réductions massives et immédiates des émissions de CO2. Elle est plus particulièrement intéressante pour répondre à l'augmentation de l'utilisation du charbon qui reste le premier combustible avec une croissance qui s'accélère depuis 2000. Les Etats-Unis, l'Inde, la Chine ou l'Australie, gros producteur et consommateur de charbon en espère beaucoup. Pour François Moisan, directeur stratégie/recherche à l'ADEME, l'option CCS ne peut pas être oubliée dans le contexte actuel.

Il reste que les coûts prévisionnels de ces technologies de captage et de stockage sont encore élevés voire dissuasifs pour les industries concernées. D'autre part, de nombreuses incertitudes persistent sur la maîtrise des risques liés au stockage. Même si le CCS et notamment l'injection de gaz est basé sur des techniques pétrolières déjà connues, le risque nul n'existe pas et doit être maîtrisé. Le BRGM travaille à la définition de critères de sécurité du stockage, indispensables pour garantir un impact proche de zéro sur les personnes, les biens et l'environnement que ce soit à court et moyen terme (50 ans) qu'à long terme (1000 ans). Les travaux portent par exemple sur le confinement du gaz, l'étanchéité des réservoirs, ou encore l'impact du gaz sur les roches. L'enjeu est majeur mais il est à portée de main, estime Olivier appert, le Président de l'IFP. De son côté, l'ADEME qui participe au financement des recherches rappelle que le développement de cette technologie n'exonère pas de diminuer les émissions de CO2 et de poursuivre l'amélioration de l'efficacité énergétique.

F.ROUSSEL-LABY

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