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13 solutions concrètes à l'obsolescence programmée des produits high-tech

En marge de la proposition de loi sur l'obsolescence programmée déposée par les écologistes, Frédéric Bordage, expert Green IT et éco-conception logicielle, co-fondateur de l'Alliance Green IT propose 13 solutions concrètes et indépendantes de l'issue du vote.

Avis d'expert  |  Déchets  |    |  Actu-Environnement.com

L'allongement de la durée de vie des équipements électriques et électroniques (EEE) est indispensable pour réduire leur empreinte écologique qui se concentre, pour les catégorie 3 et 4, lors de leur fabrication et de leur fin de vie. La fabrication d'un seul ordinateur et de son écran entraîne par exemple l'émission d'une tonne de gaz à effet de serre et plus de 22 kg de produits chimiques particulièrement toxiques et éco-toxiques. Sans compter l'épuisement des ressources naturelles non renouvelables (terres rares, minerais, pétrole, eau douce, etc.).

La clé est donc d'utiliser plus longtemps les équipements high-tech. En allongeant leur durée de vie active, on en fabrique moins et on réduit ainsi leur empreinte écologique. Malheureusement, depuis une génération, la durée de vie moyenne des équipements high-tech raccourcit. Celle d'un ordinateur a été divisée par 3 en 25 ans, passant de près de 12 ans à la fin des années 80 à 4 ans en 2012. Conséquemment, les achats de matériels high-tech ont été multipliés par 6 en France entre 1990 et 2007 (source Insee).

Fort de ce constat, Europe Ecologie Les Verts vient de proposer une nouvelle loi pour, notamment, allonger la durée de garantie effective des équipements électriques et électroniques. Pour l'Alliance Green IT (AGIT), cette proposition est indispensable. Mais le texte est insuffisant car il ne vise que les fabricants.

Les fabricants ne sont pas les seuls à devoir agir

Souvent stigmatisés, les fabricants des matériels ne sont pas les seuls responsables. L'allongement de la durée de vie active des appareils électroniques passe par des actions à tous les niveaux : fabricants, revendeurs, loueurs, utilisateurs, entreprises, etc. L'AGIT propose donc des pistes complémentaires dans le document de synthèse "Obsolescence programmée : quelles solutions ?"

Du côté de l'offre, les fabricants doivent étendre les bonnes pratiques constatées sur le marché professionnel (3 ans de garantie de base extensible à 5 ans, disponibilité des pièces détachées de 5 ans, facilité de réparation et de mise à jour matérielle, etc.) tandis que les loueurs doivent allonger la durée maximum de leurs locations de 4 à 6 ans.

Les éditeurs de logiciels jouent un rôle clé dans l'accélération de l'obsolescence des équipements. En effet, les utilisateurs – particuliers comme entreprises - ne remplacent pas leurs ordinateurs parce qu'ils ne fonctionnement plus mais parce qu'ils sont devenus trop lents. La faute aux logiciels. Ecrire un texte sous Windows 7 nécessite 70 fois plus de mémoire vive que sous Windows 98 ! En moyenne, chaque nouvelle version de logiciel nécessite 2 fois plus de mémoire vive pour fonctionner. Les éditeurs peuvent limiter efficacement ce phénomène en éco-concevant leurs logiciels afin de réduire leur empreinte ressources (mémoire vive, cycles processeurs, espace disque, etc.) et en limitant l'obsolescence par incompatibilité (formats de fichiers bureautiques par exemple).

Renouer avec une gestion saine du système d'information

De leur côté, les entreprises doivent renouer avec des pratiques simples et efficaces telles que l'entretien des postes de travail et des serveurs (défragmentation, suppression des fichiers temporaires, etc.) et le retour à la "sobriété fonctionnelle". Pourquoi demander 200 fonctions lors de la création d'un nouveau programme alors que seulement 30 seront réellement utilisées ? La prise en compte des coûts cachés liés au renouvellement des équipements (perte de productivité liée au manque de formation des utilisateurs, pertes de données, applications incompatibles mais critique, etc.) devrait également pousser les entreprises à ralentir le rythme. Enfin, en donnant plus de poids à des éco-labels tels que EPEAT, Blue Angel et TCO, les acheteurs informatiques peuvent contribuer efficacement à augmenter la durée de vie des parcs informatiques. Et ce d'autant plus s'ils intègrent l'optimisation de la fin de vie des équipements – reconditionnement plutôt que recyclage - dès l'achat.

Quant aux pouvoir publics, il ne tient qu'à eux d'encourager les bonnes pratiques et de pénaliser (fiscalement par exemple) les mauvaises pratiques des fournisseurs comme des utilisateurs.

Les 13 préconisations :

Fournisseurs

1. Fabricants. Allonger la durée de garantie.
2. Fabricants. Favoriser la réparabilité des équipements.
3. Fabricants. Ouvrir les spécifications techniques des équipements qui ne sont plus commercialisés ni maintenus (open hardware).
4. Loueurs. Allonger la durée de la location financière (de 3 ans en moyenne à 5 ou 6 ans).
5. Éditeurs de logiciels. Supporter plus longtemps les anciennes versions des logiciels.
6. Éditeurs de logiciels. Reverser les logiciels propriétaires qui ne sont plus maintenus dans le domaine public pour faciliter leur maintenance.

Utilisateurs

7. Administrateurs système. Entretenir la couche applicative et désinstaller les logiciels inutiles.
8. Directeurs Informatiques. Intégrer les coûts cachés du renouvellement dans le calcul du TCO.
9. Acheteurs. Donner du poids dans les appels d'offre aux écolabels complets et à la facilité de mise à jour du matériel.
10. Acheteurs. Intégrer la gestion des déchets (DEEE) dès l'achat et privilégier le reconditionnement au recyclage.
11. Gestionnaire de parc. Favoriser l'architecture client-léger.

Pouvoirs publics

12. Diminuer le seuil plancher d'amortissement et inciter fiscalement au reconditionnement des équipements.
13. Communiquer auprès des entreprises pour leur faire prendre conscience des nuisances associées aux TIC.

Avis d'expert proposé par Frédéric Bordage, expert Green IT et éco-conception logicielle, co-fondateur de l'Alliance Green IT (AGIT)

 

Réactions2 réactions à cet article

 

Bonjour, intéressant et pertinent certes ... il faut aller plus loin.

Il manque deux volets particulièrement importants qui touchent TOUS les secteurs. Il faudrait interdire la conception a usure programmée et obliger la réparation "de proximité".

* il y a 15 ans, un robot mixeur pour bébé pouvait fonctionner pendant 10 ans ; le même robot (dont le prix a été multiplié par XX ...) fonctionne 2 ans grand max : les plastiques se détériorent à une vitesse impressionnante !
* Les voitures sont rendues de moins en moins accessibles aux réparateurs (sans parler des "normes" conçues par et pour les constructeurs qui viennent étayer cette démarche !).
* Les équipements électroménagers sont conçus pour ne pas être facilement entretenus :
* essayer de faire la maintenance de votre lave vaisselle (ou linge) "qui lave mal" et donc "consomme beaucoup plus" ....
* essayez de dévisser un boulon freiné sur un axe de moteur électrique ... ici il aurait suffit que le constructeur insère un chanfrein pour le blocage de l'axe ! etc. etc .
* En réalité il y autour de nous des centaines d'exemples quotidiens qui viennent entretenir une surconsommation de nos ressources.

Cette initiative doit être saluée, soutenue, encouragée et ..étendue !
L'abeille

L'abeille | 02 mai 2013 à 09h32
 
 

@ L'abeille : Exact ! Les petits réparateurs de véhicules ne peuvent plus effectuer de réparations sur les véhicules actuels car il y a trop d’électronique, il leur faudrait investir dans des matériels très chers, ce qu’ils ne peuvent pas faire vu le coût de ceux-ci !
N’oublions pas que l’obsolescence programmée concerne aussi les logiciels, pourquoi certain PC de marque ne fonctionnent plus au bout de 2 ans et doivent être reconfigurer – après – avoir dû acheter pour la énième fois les DVD de réinstallation ? (P.B par ex.)
Changer des pièces d’un lave-linge (ex.) ne sert à rien, les autres sont dans un état proche de celles que l’on change, c’est reculer l’achat d’un autre que de changer des pièces. Quand à en acheter d’occasion… dans quel état d’usure sont-ils ?! Combien de temps dureront-ils ?
Refaire du matériel réparable ferait revivre des métiers de réparateurs qui ont presque disparu, donc donner du travail… à ceux qui veulent bien travailler bien sûr !!

Maurice | 03 mai 2013 à 08h05
 
 

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