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Valorisation des résidus de vinification : les distillateurs en colère

Un décret sur la valorisation des résidus de la vinification suscite le mécontentement des distilleries vinicoles. Retour sur ce décret aux impacts tant économiques qu'environnementaux.

Agriculture  |    |  Actu-Environnement.com

Le décret du 18 août 2014 relatif à la valorisation des résidus de la vinification, qui met fin au quasi-monopole des distilleries, serait contraire aux objectifs de protection de l'environnement selon l'Union nationale des distilleries vinicoles (UNDV). Désormais, les résidus vinicoles pourront être valorisés par méthanisation, compostage, épandage ou par les distilleries.

Ce texte, publié le 20 août, permet aux producteurs vinicoles de satisfaire à leur obligation d'éliminer la totalité des résidus de la vinification de plusieurs manières. En premier lieu,  ils peuvent livrer à un distillateur, à un centre de méthanisation ou à un centre de compostage tout ou partie des marcs de raisins et des lies de vin obtenus.  En second lieu, il peuvent procéder sur leur exploitation à la méthanisation ou au compostage de tout ou partie des marcs de raisins. Enfin, les producteurs peuvent choisir de procéder, sur leur exploitation ou sur celle d'un tiers, à l'épandage de tout ou partie des marcs de raisins. Le droit préexistant au nouveau texte permettait déjà l'épandage et le compostage, "en particulier pour les producteurs en agriculture biologique, pour répondre à leur besoin de matière organique compatible avec le mode de production biologique", précise toutefois le ministre de l'Agriculture.

Les distilleries permettraient un recyclage plus écologique

Or, plusieurs études invoquées par l'UNDV démontrent l'intérêt que présentent les distilleries pour la protection de l'environnement. Les distilleries, désireuses de préserver le fragile équilibre économique nécessaire à leur existence, voient d'un mauvais œil l'ouverture de filières concurrentes. Au-delà de ces considérations économiques, la question de la pertinence environnementale de ce décret se pose.

"Pourquoi perturber un système de valorisation qui fonctionne dans le respect de l'environnement ? ", s'inquiétait l'UNDV en décembre 2013. Ainsi, dans une question écrite de février 2014, le sénateur Robert Tropeano (Hérault – RDSE) demande au ministre de l'Agriculture de reconsidérer son projet de décret "qui comporterait un risque de conséquences désastreuses sur les sous-sols et l'équilibre écologique des parcelles traitées par épandage". En recyclant les résidus vinicoles "pour en extraire de l'alcool pur vendu à l'industrie pour la fabrication de biocarburants, d'alcools alimentaires ou pour la cosmétique, ces distilleries jouent (…) un rôle environnemental en collectant et valorisant 850.000 tonnes de marcs de raisins et 1,4 million d'hectolitres de lies de vin" chaque année, explique le sénateur.

Les voies alternatives, une opportunité économique pour les viticulteurs ?

D'après le ministre de l'Agriculture, le texte permet "à chaque exploitation vinicole de trouver une voie d'élimination des sous-produits adaptée à sa situation, tout en encadrant plus précisément les voies alternatives à la distillation". C'est notamment l'absence de couverture du territoire par les distilleries qui a justifié la mise en place de voies alternatives d'élimination.

Une expérimentation nationale menée par FranceAgrimer, de 2010 à 2012, a permis de confirmer "le rôle et l'intérêt de recourir aux distilleries vinicoles", rapporte le ministre. Des études fondées sur la méthode de l'analyse du cycle de vie (ACV) concluent au même résultat, relaie l'UNDV. Mais dans certaines hypothèses, les voies alternatives constituent "une opportunité économique pour les producteurs", admet le ministre. D'où les craintes formulées par l'UNDV, qui espère que les distilleries sauront continuer à capter une quantité importante de résidus vinicoles (environ 95% des volumes actuellement).

En outre, de lourdes contraintes réglementaires pèsent sur les producteurs vinicoles souhaitant recourir à des voies alternatives, souligne l'UNDV. Les viticulteurs doivent en effet se livrer à diverses analyses, pesées ou enregistrements lorsqu'ils ne livrent pas leurs résidus à une distillerie.

   
Le fonctionnement des distilleries vinicoles © Union nationale des distilleries vinicoles (UNDV)
 
   

Améliorer la valorisation

Pour rester concurrentielles, les distilleries vont tout faire pour améliorer encore la valorisation dans le respect de l'environnement, fait valoir l'UNDV. Historiquement, les distilleries ont toujours su se moderniser, explique la fédération professionnelle. Au fil du temps, les distillateurs ont progressivement valorisé l'alcool, les pépins, les pulpes, les jus d'égouttage et les tanins. Actuellement, des programmes de Recherche et Développement sont en route. Par exemple, l'UNDV a déclaré que le secteur sera bientôt à même d'extraire le tanin afin de produire de la colle "verte".

Pour rappel, les distilleries reçoivent des vins, lies de vins et marcs de raisins. La valorisation donne une seconde vie aux résidus vinicoles, qui peuvent alors être utilisés dans l'industrie agroalimentaire et cosmétique, l'industrie chimique, l'industrie énergétique (biocarburants, biomasse, biogaz), la cimenterie ou encore dans la panification (boulangerie).

Réactions2 réactions à cet article

 

Petite question que je me pose :
Les marc de raisin et autre résidus de vinification sont-il rachetés aux exploitant agricole par les distilleries ou ceux-ci doivent-ils les payer pour faire éliminer leur résidus ?

Terra | 28 août 2014 à 12h02
 
 

Tout est bon dans le raisin... L'utilisation actuelle des marcs et boues est effectivement un très bel optimum de ce qui peut être fait. Il serait par exemple regrettable de composter une matière première ayant autant de potentiel. Maintenant, et Terra met le doigt dessus, les distilleries souvent récupèrent ces "déchets" gratuitement, voire se font payer pour les enlever. Là est la vraie source de leur inquiétude...

dmg | 28 août 2014 à 18h27
 
 

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