Selon une étude réalisée par l'ADEME en 2007, le choix des produits à l'occasion des achats courants réalisés dans les supermarchés a un effet direct et important sur la quantité de déchets générée au final par les ménages, mais aussi sur le prix du chariot. En comparant deux caddies contenant la même masse de produits mais réalisés avec des comportements différents, l'ADEME a mis en évidence un écart de poids et de prix significatif. En répétant l'expérience plusieurs fois, dans plusieurs supermarchés et pour deux types de foyers (célibataire et famille de 4 personnes), les résultats sont similaires et sans appel. Au final, un acte d'achat réfléchi permet de réduire de 50% la production de déchet du foyer et d'économiser 50€ par personne et par mois. Le chariot baptisé « maxidéchets » qui regroupe des produits générant beaucoup de déchets entraîne une production de 100kg/habitant/an contre 50kg/habitant/an pour le chariot dit « minidéchets ».
Afin de se rapprocher le plus possible de la structure de la consommation moyenne française, le choix des produits a été établi sur la base d'études et de données de consommation existantes. Par conséquent, les deux types de chariots ont été constitués en prenant les 150 produits qui constituent l'essentiel de la consommation courante des Français avec des fonctionnalités équivalentes dans l'un et dans l'autre. La différence observée entre les deux chariots vient à la fois des emballages présents en plus ou moins grande quantité mais aussi de la présence ou non de produits jetables : essuie-tout ménager contre torchon en tissu, éco-recharge contre bidons, légumes en vrac contre légumes emballés, piles à usage unique contre piles rechargeables, aliments pour animaux en dose individuelle contre grand conditionnement, bouteille d'eau contre eau du robinet, etc. Pour le Ministre d'Etat Jean-Louis Borloo, cette étude est révélatrice :
à chaque fois que l'on rentre dans un magasin, on vote !, a-t-il expliqué, ajoutant qu'
il y a peu de décisions où l'intérêt général et l'intérêt particulier se rejoignent à ce point.
Cette étude a été présentée à l'occasion de la semaine de Réduction des Déchets qui se déroule du 3 au 11 novembre prochain dans toute la France. À travers 320 manifestations de proximité, c'est le moment de sensibiliser et de mobiliser les citoyens, jeunes ou moins jeunes sur l'impact de leur mode de vie sur la production de déchets. De Dunkerque à Montpellier, de Quiberon à Colmar en passant par Paris, Lyon, Auch, Limoges sans oublier Corté en Corse, Cayenne en Guyanne, Saint-André à La Réunion et Le Robert en Martinique, des associations, collectivités, établissements scolaires, institutions ou encore des entreprises organisent des expositions, débats, conférence, journées portes ouvertes, sensibilisation en grande surface, trocs, ateliers ludiques, projections de films et autres actions de sensibilisation…
À l'heure actuelle, selon l'ADEME, le chariot moyen de référence des Français entraîne la production de 83 kg de déchets par habitant et par an. Un acte d'achat réfléchi représenterait donc une réduction de 40% par an soit 33 kg/hab/an. Si chacun faisait cet effort de réduction, l'agence de l'Environnement estime que cela représenterait une réduction de 2 millions de tonnes de déchets en moins par an sur l'ensemble du territoire. En allant encore plus loin et en favorisant les emballages recyclables, le compostage, le réemploi, l'éco-conception, la masse d'ordures ménagères résiduelles serait significativement réduite. Même si on ne va pas jusqu'à traduire cette réduction en nombre de centres de traitement évités à l'image des incinérateurs ou des décharges pointés du doigt par les associations et mal perçus par la population, la tentation serait grande d'imaginer la fermeture progressive de ces installations par « manque de déchets ». Il est en revanche moins utopique d'imaginer une stabilisation du nombre de centres. Pour Arnaud Gossement, porte-parole de la fédération France Nature Environnement, la situation est ubuesque :
d'un côté nos déchets explosent, de l'autre plus personne ne veut de la prolifération des décharges et autres incinérateurs et les recours en justice se multiplient. Il faut changer la donne !
Les premiers éléments issus des réflexions du Grenelle semblent aller dans ce sens. En effet, même si aucune décision précise n'a été actée lors de la table ronde finale, les propos du Président de la république ont été clairs :
la priorité n'est plus au seul traitement des déchets mais à leur prévention. Nous retiendrons toutes les propositions qui permettent d'interdire ou de taxer les déchets inutiles comme le « suremballage ». La priorité ne sera plus à l'incinération mais au recyclage des déchets. Il faudra prouver pour tout nouveau projet d'incinérateur qu'il s'agit bien de l'ultime recours. Malgré tout, rien n'est décidé et les acteurs du Grenelle ont prévu de se pencher à nouveau sur la question des déchets d'ici quelques semaines.
F.ROUSSEL-LABY
*Cette semaine de mobilisation est organisée dans le cadre de la campagne « Réduisons vite nos déchets, ça déborde » par le Ministère de l'Ecologie, du Développement et de l'Aménagement Durable et l'ADEME avec le Réseau des Ressourceries & Recycleries, avec le soutien de Veolia Propreté et en partenariat avec la FNE - France Nature Environnement- et la CLCV -Consommation, Logement et Cadre de vie.
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