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Conférence environnementale : l'éolien satisfait, le photovoltaïque déplore l'absence de mesures d'urgence

Si le SER est globalement très satisfait de la conférence environnementale qui donne des orientations claires, le secteur photovoltaïque regrette l'absence de mesures de soutien à court terme.

Energies  |    |  Actu-Environnement.com

L'impression à l'issue de la conférence environnementale des 14 et 15 septembre 2012 est "extrêmement favorable" s'agissant des mesures destinées à relancer le développement des énergies renouvelables, a indiqué ce lundi 17 septembre 2012 Jean-Louis Bal, le président du Syndicat des énergies renouvelables (SER). L'exécutif français a donné "des orientations irréversibles vers les transitions écologique et énergétique", estime le président du SER commentant les orientations des discours du président de la République, François Hollande, et du Premier ministre, Jean-Marc Ayrault. Autre motif de satisfaction, l'objectif du paquet énergie, le 3 x 20, "a été sacralisé", alors que certains suggéraient qu'il pourrait être revu à la baisse face au retard pris dans la réalisation de l'objectif français de 23% d'énergie renouvelable en 2020.

Un rapport très imparfait

En appui des débats relatifs à l'éolien et au photovoltaïque, le Conseil général de l'économie de l'industrie, de l'énergie et des technologies (CGEIET) du ministère de l'Economie et le Conseil général de l'environnement et du développement durable (CGEDD) du ministère de l'Ecologie ont rendu un rapport intitulé Eolien et photovoltaïque : enjeux énergétiques, industriels et sociétaux. "Un rapport fait dans la hâte", déplore Jean-Louis Bal, rapportant les propos de la ministre de l'Ecologie, Delphine Batho : "Un rapport très imparfait qui mériterait d'être complété".

Premier reproche formulé, le document débute par un plaidoyer en faveur du nucléaire. "Notre civilisation s'est construite sur l'énergie abondante et bon marché", souligne l'introduction du document qui recommande en premier lieu de "veiller dans toute réflexion prospective sur le mix énergétique 2025 « durable » à préserver une part conséquente de production d'électricité à bas coût". Il s'agit donc en priorité d'évaluer les choix énergétiques à l'aune du prix de l'électricité.

Quant aux 24 recommandations formulées par les rapporteurs, la suppression des tarifs d'achat pour certains projets d'ici 5 ans n'a pas été bien accueillie par les représentants des filières éolienne et photovoltaïque. "Ce n'est pas très pertinent", estime Jean-Louis Bal, rappelant cependant que "c'est l'objectif à terme".

"Ce rapport rate un enjeu historique : l'éolien peut fournir 25% du mix énergétique à prix compétitif !", juge pour sa part France énergie éolienne (FEE) ajoutant que "s'il propose certaines mesures pertinentes (suppression des Zones de développement éolien, simplification de la double autorisation Installation classée pour la protection de l'environnement / permis de construire) [il] semble avoir insuffisamment pris la mesure de la pertinence de l'éolien pour résoudre la double crise écologique et économique qu'affronte notre pays".

Un autre appel d'offres offshore sera nécessaire

En matière de simplifications des procédures, le SER attend qu'elles se matérialisent dans la législation. Pour cela il travaille avec les parlementaires et le gouvernement, certaines mesures pouvant faire l'objet de "cavaliers". Parmi les axes de simplification, la fin annoncée des Zones de développement éolien (ZDE) est accueillie de façon nuancée par le SER. S'il déplorait le caractère trop complexe et formel de la procédure, qui dans les faits imposait quasiment une étude d'impact aux collectivités intéressées par la création d'une ZDE, rappelle Jean-Louis Bal, le syndicat "[tient] néanmoins à ce que les collectivités puissent dire oui ou non" à l'installation des parcs.

En matière d'éolien terrestre, le SER a apprécié le soutien apporté au mécanisme de tarif d'achat par le président de la République et le Premier ministre. Le soutien est d'autant plus important pour le syndicat que le mécanisme est menacé par un recours devant le Conseil d'Etat.

Quant au futur appel d'offres éolien offshore pour les sites du Tréport (Seine-Maritime) et de l'île de Noirmoutier (Vendée), il est bienvenu pour les représentants de la filière. Cependant, Jean-Louis Bal rappelle qu'avec une puissance installée d'environ 1.350 mégawatts (MW), auxquels s'ajoutent les quelque 2.500 MW du premier appel d'offres, le compte n'y est pas pour atteindre l'objectif de 6.000 MW à l'horizon 2020 acté dans le cadre du Grenelle. "Nous continuerons a demander un troisième appel d'offres", insiste Jean-Louis Bal.

La révision de l'arrêté tarifaire photovoltaïque tarde

Concernant le photovoltaïque, l'accueil est plus mitigé. Si l'annonce d'un nouvel appel d'offres d'ici fin 2012 pour les centrales de grande taille est bien accueillie, le manque de précision sur la révision du cadre tarifaire et son entrée en vigueur début 2013 figurent parmi les rares "éléments non favorables" aux yeux de Jean-Louis Bal. Le syndicat déplore en particulier le délai de la réforme alors que ce travail avait été entrepris par le précédent gouvernement qui avait notamment engagé une réflexion sur une éventuelle bonification tarifaire pour les panneaux construits en Europe.

L'absence de mesures d'urgence lors de la conférence environnementale est aussi mal accueillie par Enerplan qui fédère des acteurs importants de l'industrie photovoltaïque. Certes, "la conférence environnementale apporte des réponses pertinentes pour le moyen et long terme au développement de l'énergie solaire en France", avance Enerplan, mais "il y a urgence pour les mesures d'urgence".

Enerplan "[souhaite] réaffirmer l'urgence à agir pour sauvegarder l'emploi dans le secteur solaire, avec des décisions opérantes immédiatement". Et de rappeler deux des mesures qu'il défend : le gel de la baisse des tarifs d'achat et l'extension de l'accès aux tarifx d'achat de 100 à 250 kilowatts (kW). La fédération espère que la feuille de route de transition énergétique, que le gouvernement doit publier dans la semaine à venir, répondra à ses attentes.

Enfin, quant au Fonds chaleur de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), si le SER milite pour qu'il atteigne le montant de 500 millions d'euros en 2013, les négociations budgétaires actuelles se concrétideraient plutôt par "une érosion" du budget accordé à l'Ademe, malgré le soutien affiché par la ministre de l'Ecologie.

Réactions11 réactions à cet article

 

Eolien ,lobby égémonique
On permettra à tous ceux qui éprouvent des émotions devant la beauté d'un paysage de trouver un goût amer au triomphe affiché par le lobby éolien.
En somme toutes les défenses esthétiques sont détruites pour satisfaire l'égémonie d' une industrie.On se demande pourquoi on a travaillé à établir des ZDE si c'est pour les voir effacées des procédures.
Elles avaient un grave défaut ,elles autorisaient la réflexion critique.
On comprend mieux aujourd'hui pourquoi , comme lors du Grenelle 1, aucune association de défense des sites n'était invitée à cette conférence ,elle était réservée à ceux qui veulent imposer leur vision des choses aux dépens de ceux pour qui un paysage n'est pas une zone industrielle.

sirius | 17 septembre 2012 à 19h32
 
 

Réaction entièrement partagée Sirius !
Notre patrimoine est pris en otage et je pèse mes termes.

Tireman | 18 septembre 2012 à 09h47
 
 

Il est à noter aussi que ce rapport ne fait pas état du potentiel hydroélectrique pourtant évalué à 10,6 TWh (étude UFE) et scelle son avenir en écrivant : "(en hydroélectricité)... l’essentiel de l’équipement est désormais atteint et il n’est plus possible, du fait notamment de la prise en compte de certaines contraintes environnementales, de l’augmenter significativement."! N'y aurait-il des "contraintes environnementales" que pour l'hydroélectricité ?

Hydro | 18 septembre 2012 à 09h51
 
 

Hégémonie -toutes mes excuses

sirius | 18 septembre 2012 à 10h03
 
 

Nous sommes au pays du mélange des genres. Avoir présidé l'ADEME amène à être embauché au SER... Elle est où, la résidence secondaire de M. Bal? Elle doit être en Corse mais certainement pas au Tréport...
Les "vainqueurs" du Grenelle sont confirmés: les boîtes de BTP et les émergents de l'éolien.

Albatros | 18 septembre 2012 à 10h05
 
 

Oui Sirius 100 % d'accord . ..la meilleure preuve est que , sans approfondir le sujet , tout le monde est pour sauf quand c'est proche de chez soi !!! là c'est 90 % contre ! Il y a un probléme . Les paysages sont dénaturés , détruits et les maisons perdent 30 % de leur valeur ...c'est donc bien que l'éolien a de graves effets Sociologiques et économiques ..et qu'on y vit pas bien ...ça c'est incontestable .
y a t' il pas d'autres choses a faire avec tous ces milliards dépensés ?
là est la question ....pas facile de changer de route !
autre chose aussi ...l'objectif de l'UE est bien de baisser nos émissions de co2 ...alors au Danemark où l'électricité était a presque 100 % fabriquée avec la combustion de ressources fossiles on peut supposer que l'éolien va apporter une amélioration mais en France où nous sommes majoritairement au nucléaire l'effet sera inverse ..plus il y aura d'éoliennes plus il faudra brûler de gaz . n' y a t'il pas là un détournement de subventions et d'objectif !!??

poisson | 18 septembre 2012 à 10h05
 
 

petit calcul::

Sachant qu'un litre de carburant jouit d'une baisse temporaire de TipCE de 0.06 € jusque fin 2012, qu'il va augmenter naturellement avec le cours du brut, dire le prix de ce litre au début 2013.

audaces | 18 septembre 2012 à 11h26
 
 

En solaire, il y a aussi le solaire thermique; pour un même investissement on récupère 5 fois plus de kwh, et ils sont stockés...

DL | 18 septembre 2012 à 14h33
 
 

(à part DL qui a bien raison : en solaire, il n'y a pas que le PV), J'avoue aussi que je doute que le processus de la conférence environnementale ait été si démocratique que ça ...mais je ne comprends pas ce que vous avez tous à trouver les éoliennes si moches et si affreuses pour les paysages : s'il n'y en a pas partout-partout et pas des concentrations trop trop importantes (qui feraient qu'on ne voit plus que ça), personnellement, je trouve ça plutôt apaisant à regarder tourner et je ne trouve pas le moins du monde que cela ressemble à une zone industrielle (ça c'est vraiment moche ! Entre la tôle, les parkings, les fumées et l'emprise sur le sol, ça ok ça détériore vraiment le paysage). Mais quelques batons blancs avec une élice qui tourne sur un fond vert, vous trouvez réellement que ça dégrade tant que ça ?

Lionel | 18 septembre 2012 à 16h15
 
 

Je suis un peu comme Lionel; je ne trouve pas que les éoliennes soient si insupportables; je n'ai pas suffisamment travaillé le sujet mais quand je regarde les données RTE sur la production française des différentes énergies quart d'heure par quart d'heure ,l'éolien fonctionne un peu comme le nucléaire: assez régulièrement 24h sur 24 et rendement le meilleur en hiver. Pour le photovoltaïque, la production se fait essentiellement de jour, en été; depuis mai où je suis ces données RTE, la France a continuellement exporté de l'électricité payée à 30 cents et vendue qq cents.Par ailleurs je ne suis pas sûr qu'avec les panneaux phv chinois le bilan carbone soit positif; le coût carbone de la production + tous les pb de recouvrement n'est pas équilibré par le carbone économisé...

DL | 18 septembre 2012 à 17h11
 
 

Il faut faire des choix l'éolien nous apporte en France 10 fois plus d'énergie que le solaire photovoltaique (0,32% de la production française....)
Les subventions au solaire photovoltaiques qui profitent essentiellement aux fabricants etrangers de panneaux et d'onduleurs, et aussi ne l'oublions pas aux importateurs et aux services commerciaux qui les vendent sont du gaspillage d'argent public

L'eolien est une solution mature qui apporte sa contribution, mais on a oublié que même en offshore il y a des problèmes d'intermittence. Developper l'eolien sans developper en même temps des capacité de stockage equivalentes et renforcer le reseau (qui paiera ?)c'est mettre la charrue avant les boeufs. Savez vous ce qui se passe au Danemark ? Quand il y a du vent et que le reseau n'arrive pas a absorber l'energie eolienne les sociétés qui possèdent des parcs eoliens sont obligé d'en arreter la production sinon elle paient une amende de 23 cm d'euro par kWh. La presse et les medias passent cela sous silence mais c'est une realité. C'est une des raisons qui font que le facteur de charge réel des eoliennes est plus faible que ce qui pourrait etre prevu avec les vents
Il est tres regrettable que l'hydraulique soit resté un parent pauvre. Ameliorer comme le font les suisses et les japonais avec les technologies actuelles les machines concues pendant les trentes glorieuses apporterait probablement au moins dix fois plus d'énergie que le solaire photovoltaique

fleurent | 18 septembre 2012 à 21h47
 
 

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