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Les systèmes d'énergie bas carbone créeraient jusqu'à 380 milliards d'euros par an

Une étude d'Accenture et CDP estime que le basculement dans un système d'énergie bas carbone pourrait créer de 245 à 380 milliards d'euros par an de valeur nouvelle pour les opérateurs d'ici 2030. Détails des leviers et transformations nécessaires.

Energie  |    |  Dorothée LapercheActu-Environnement.com
Environnement & Technique N°355 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°355
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"La réponse mondiale aux émissions de gaz à effet de serre et à la pénurie d'eau va mettre en danger les modèles actuels de production et de fourniture d'électricité, et menacer les profits des fournisseurs, estime Peter Lacy, directeur d'Accenture Strategy au niveau mondial. Pour soutenir la croissance, améliorer la compétitivité et générer de la valeur de façon durable, cette industrie doit être prête à se transformer et à profiter des opportunités qui émergent des systèmes d'énergie à faibles émissions de carbone".

Dans un rapport commun, Accenture et CDP tracent donc les pistes pour que le secteur s'adapte aux changements et identifient des modèles économiques qui assureront, selon eux, la croissance dans un contexte de faibles émissions carbonées.

La COP 21 a en effet fixé un objectif de limiter le réchauffement "nettement en dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels et de poursuivre l'action menée pour limiter l'élévation des températures à 1,5°C". Et le secteur des services d'électricité, avec une part de 25% des émissions carbonées à l'échelle mondiale, devra nécessairement réduire sa dépendance aux énergies fossiles et se tourner vers les renouvelables, selon le rapport.

Outre les politiques menées pour répondre à l'objectif de 2°C, les auteurs ont identifié d'autres tendances mondiales qui poussent également vers des alternatives plus durables. Les progrès technologiques qui rendent plus attractives les solutions vertueuses, les impacts du changement climatique, une demande d'efficacité énergétiques des utilisateurs et enfin la concurrence menacent le modèle établi sur la vente de l'électricité comme une marchandise.

Sans évolution de ce modèle, "les coûts pour le secteur vont augmenter pour atteindre 930 milliards d'euros par an en 2030 en raison de la forte demande en électricité et l'introduction de la tarification du carbone", alerte le rapport.

Un potentiel jusqu'à 380 milliards d'euros de gain par an en 2030

Selon le document, six pistes de changement disposent d'un potentiel de 135 à 225 milliards d'euros d'économie, et entre 110 et 155 milliards d'euros de nouveaux revenus par an dans le monde en 2030. Au total, elles représenteraient un potentiel de gain entre 245 et 380 milliards d'euros par an en 2030.

Ces six opportunités sont une efficacité énergétique accrue dans la production (qui pourrait créer 35 à 55 milliards d'euros de valeur par an en économie opérationnelle et en réduction de coûts d'émissions de CO2), une réduction de la demande d'énergie (les produits et services liés à la gestion énergétique pourraient générer 65 à 80 milliards d'euros par an), une production d'énergie bas carbone locale (le gain serait de 10 à 20 milliards d'euros par an grâce à, par exemple, un soutien à la production individuelle d'électricité des particuliers, des entreprises ou des collectivités via des produits ou services basés sur le photovoltaïque, les micro-réseaux intelligents ou l'échange d'énergie renouvelable entre pairs), le développement à grande échelle d'électricité à faibles émissions de carbone (entre 100 et 160 milliards d'euros par an), la gestion modulable de l'offre et de la demande d'électricité, incluant l'utilisation de stockage d'électricité (35 à 55 milliards d'euros de valeur par an) et enfin des technologies de filtrage et de recyclage du carbone (10 milliards d'euros par an d'ici 2030, montant qui augmenterait ensuite). Sur ce dernier point, le document estime que environ 1,1 Gt de CO2 supplémentaire par an pourraient être évités si, d'ici 2030, un quart de toutes les centrales au charbon et au gaz étaient équipées de systèmes de capture et stockage du carbone.

Pour parvenir aux 380 milliards d'euros par an potentiels, le secteur énergétique devra toutefois prendre en compte trois nouvelles influences, selon le rapport : des producteurs d'énergies bas carbone qui optimisent le mix des sources d'énergie, un optimiseur de plateforme de distribution permettant le croisement de la demande avec les sources optimales d'approvisionnement et enfin, des solutions intégratrices fournissant aux clients de nouveaux services pour optimiser leur production et consommation d'énergie.

Autres préconisations d'Accenture et CDP : les opérateurs d'énergie devront notamment découpler les revenus de la production d'électricité de ceux des volumes des ventes, engager des opérations pour réduire les émissions de CO2, céder les actifs et les activités non stratégiques, et engager davantage de partenariats inter-industries

Cinq modèles économiques pour la croissance bas carbone

Cinq modèles économiques pourraient permettre, selon le rapport, d'accompagner cette  évolution vers un système à faibles émissions de carbone (dans un scénario d'une hausse moyenne de la température terrestre limitée à 2°C) : un modèle qui repose sur la fourniture de services d'énergie plutôt que du consommable, un qui se base sur la production à grande échelle d'énergie à faibles émissions de carbone (portefeuille d'énergie composé d'au moins 90% d'électricité à faibles émissions de carbone), un qui permet un accès à une énergie propre locale (partenariats avec des collectivités et des particuliers pour leur faciliter l'accès à une énergie verte produite localement), un quatrième qui permet d'optimiser l'efficacité de toute la chaîne de distribution de l'énergie en garantissant l'équilibre de l'offre et de la demande et enfin, un modèle qui repose sur la récupération et la réutilisation du carbone.

"Les stratégies et les mises en œuvre des opérateurs d'énergie actuels dépendront de leurs actifs, du marché local et de leurs cadres règlementaires, mais la transformation au sein même de l'industrie sera très importante, souligne Paul Dickinson, président directeur général et cofondateur du CDP. Les opportunités sont exceptionnelles. Par exemple, les opérateurs d'énergie en Chine, au Brésil et en Inde peuvent introduire des capacités de production propre à des échelles considérables pour répondre à la demande grandissante et à la forte croissance économique dans ces pays. En revanche en Afrique, les opérateurs pourraient se tourner directement vers la mise en place de systèmes énergétiques à faibles émissions de carbone sans passer par la case « énergies fossiles »".

Réactions1 réaction à cet article

 

Avec 25% d'émissions de CO2 dues à la production d'électricité dans le monde, il s'agit en effet d'un sujet à traiter prioritairement.
MAIS PAS EN FRANCE où grâce à l'hydraulique et au nucléaire, l'électricité est produite avec quasiment aucun rejet de CO2. Et pourtant, la loi de TE et les subventions à la production éolienne et solaire incitent notre pays à investir dans ces moyens en substitution au nucléaire, ce qui est une absurdité écologique, le gain de ce point de vue étant nul.
Les subventions massives (3 à 4 Ma€/an) imposées aux consommateurs sous forme de taxe CSPE seraient 1000 fois plus productives si on les utilisaient dans les économies d'énergie, les transferts d'usage (véhicule électrique notamment) et les aides aux énergies renouvelables thermiques (géothermie, pompes à chaleur...).
Ce discours est donc trop général, il dépend de la situation de chaque pays, et ne concerne aucunement le nôtre.
On peut rajouter qu'à cause d'un "nucléaire honteux" la France pays organisateur de la COP21 a raté une occasion de faire valoir son excellence écologique au niveau de la production d'électricité, en tant champion d'une électricité bas carbone. Ce paradoxe a d'ailleurs été souligné avec ironie par des observateurs internationaux (en plus de quelques - rares - nationaux).

stud38 | 09 janvier 2016 à 11h33
 
 

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