Actu-Environnement
 
 
 
 

De nouvelles mesures de protection des thons rouges et des victimes collatérales de sa pêche

Pour préserver la population des thons rouges, un meilleur contrôle des senneurs s'impose. Mais, il doit aussi être accompagné de mesures de protection pour d'autres espèces comme le requin soyeux ou l'albatros qui souffrent également de cette pêche.

Ressources naturelles  |    |  Actu-Environnement.com

Réunie à Istanbul pendant plus d'une semaine, la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique (Cicta, ou ICCAT en anglais) a adopté de nouvelles mesures de gestion pour améliorer la préservation de plusieurs espèces menacées, notamment celle des thons rouges et des requins soyeux. Les oiseaux marins, également impactés par la pratique de cette pêche, devraient également bénéficier de ces avancées.

Le renforcement des dispositifs de contrôle

Alors que la quantité de thons rouges péchés en Atlantique Est et en Méditerranée a dépassé de 141 % le quota alloué en 2010, la Cicta a souhaité renforcer les mesures de contrôles des activités de pêche et de commercialisation. Elle a donc réaffirmé la nécessité de mettre en place l'E-BCD, un programme électronique de documentation des captures de thons rouges en remplacement du système actuel sur papier qui favorise les fraudes. En vue d'établir ce système électronique d'ici 2012, un groupe technique a été formé et devra déterminer les mesures à prendre pour y parvenir. "Une résolution sur l'évaluation de systèmes permettant de retracer le cheminement des produits d'autres espèces thonières a également été adoptée", précise la Cicta dans son communiqué.

Pour le WWF, "le nouveau document de capture électronique de la Cicta est un pas important et positif vers la gestion des pêcheries et la protection de l'espèce". Mais Sergi Tudela, responsable de la pêche au WWF Méditerranéen "reste déçu du manque continu d'obligation de reporting de données sur la quantité et la taille des thons rouges transférés dans les cages d'engraissement. Cette zone d'ombre empêche toute traçabilité fiable dans ces fermes et facilite ainsi le blanchissement de captures illicites, non déclarées et non réglementées en Méditerranée". La fondation demande à ce titre une évaluation  complète de tous les poissons capturés transférés dans les cages d'engraissement sur l'ensemble de la Méditerranée, ou à défaut, d'y interdire cette pratique.

Le nombre de contrôles réalisés par les observateurs de la Cicta devrait par ailleurs augmenter pour lutter plus efficacement contre les pêches illégales. Désormais, la dimension à partir de laquelle un navire doit faire l'objet d'inspections de ses prises de thon rouge a été abaissée à 12 mètres au lieu de 20 mètres actuellement. "Il existe des preuves documentées de navires mesurant entre 12 et 20 mètres qui utilisent des filets dérivants interdits pour attraper le thon rouge et l'espadon", a souligné le Pew Environnement Group, ajoutant que "cette décision aidera à éliminer cette méthode de pêche illégale."

La Commission a également adopté des dispositions pour d'autres espèces, cousines du thon rouge. "Pour la première fois depuis 1993, la Cicta a adopté une mesure de gestion s'appliquant tout particulièrement au stock d'albacore de l'Atlantique, conjointement avec le plan de gestion continu s'appliquant au thon obèse", indique la Cicta. Pour ce dernier, un total autorisé de capture a été fixé à 85.000 tonnes et s'accompagne de mesures supplémentaires de contrôle comme une fermeture spatio-temporelle de zones de pêche. En outre, un nouveau plan de gestion et de conservation pluriannuel de l'espadon de l'Atlantique Nord a été défini pour "assurer l'exploitation à long terme de cette pêcherie".

Victimes collatérales de la pêche au thon

"La protection des espèces vulnérables de requins capturées en association avec les espèces relevant du mandat de la Cicta demeurait une priorité à la réunion de 2011 au cours de laquelle de nouvelles mesures visant à protéger les requins soyeux ont été adoptées, incluant l'interdiction de hisser à bord, de retenir, de transborder ou de débarquer cette espèce", a détaillé la Commission. Dans un rapport, l'association de défense de l'environnement Oceana a ainsi précisé que moins de 1 % des requins pêchés dans l'Atlantique bénéficiaient de mesures de protection. "Les Etats pêcheurs de l'Atlantique ne peuvent plus ignorer que des populations de requins sont décimées par les pêcheries de la Cicta", a déclaré Elzabeth Griffin Wilson, responsable d'Oceana qui appelle les gouvernements à interdire la capture d'espèces particulièrement en danger comme le requin-taupe commun et le requin soyeux.

Pour le Pew Environnement Group qui s'est félicité de l'établissement d'un plan pour le requin soyeux, la sauvegarde de ces différentes espèces doit aussi passer par un changement de matériels. Remplacer les filins métalliques par du nylon pour la pêche à la palangre, facilement sectionnable par les requins, aiderait également à réduire le nombre d'individus pris et tués.

Autre victime de cette pêche à la palangre, les oiseaux marins comme les albatros ou les puffins se retrouvent également accrochés accidentellement aux leurres. Pour atténuer l'impact des activités palangrières thonières dans l'Atlantique Sud, la Cicta a défini trois mesures techniques : la mise à l'eau des palangres la nuit, l'installation de dispositifs d'effarouchement et le lestage des lignes. "Au moins deux des trois techniques de réduction des prises accidentelles d'oiseaux devront être appliquées en dessous de la latitude 25° degré Sud au plus tard en juillet 2013", a appuyé l'association Robin des Bois.

RéactionsAucune réaction à cet article

 

Réagissez à cet article

1500 caractères maximum
[ Tous les champs sont obligatoires ]