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Transitions énergétiques en Europe

Faute d'un cadre unifié et transversal, l'Europe tâtonne sur la voie de la transition énergétique. Les progrès viennent des territoires, qui n'attendent pas des objectifs contraignants "top down" pour expérimenter et implanter des transformations.

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Sait-on que 30.000 moulins équipés en micro-hydraulique pourraient fournir l'équivalent de la production énergétique de deux EPR ? En France, le potentiel d'installation de ces moulins est de 60.000. Qui en décide ? Le ministère du développement durable, de l'écologie et de l'énergie a annoncé un débat sur l'énergie en octobre 2012. La voix des hérauts de la transition énergétique sera-t-elle entendue ? D'autres pays, tels que l'Autriche, ont des traditions de décentralisation telles que dans le Vorarlberg, un Bureau des questions du futur a été instauré. Depuis plus de dix ans, les habitants s'y concertent et y fabriquent ensemble les choix qui engagent la région pour l'avenir. Dans cette province, les convecteurs électriques et le PVC ont ainsi été interdits sans que cette décision soit vécue comme autoritaire. Tous les logements sociaux sont construits en label PassivHaus. Des bus ruraux desservent toutes les parties du territoire. Des flottes de véhicules sont mises à la disposition des entreprises. 40% des produits alimentaires consommés sont produits dans la région. Une monnaie locale a même été introduite afin de favoriser les circuits courts.

Le Vorlarlberg est sans doute un des lieux d'expérimentation les plus avancés d'Europe en matière de transition énergétique. Pour l'architecte et journaliste Dominique Gauzin-Müller, cet accomplissement provient d'un mélange subtil entre plusieurs ingrédients : un pragmatisme qui évite le gaspillage, la recherche d'un équilibre entre tradition et modernité, l'intelligence collective, et les initiatives "bottom up", c'est-à-dire émergeant des territoires, plutôt que "top down", imposées par en haut. Dominique Gauzin-Müller note aussi l'importance de réhabiliter la valeur du travail manuel. La transition énergétique n'est pas qu'une affaire de technique, elle passe aussi par l'humain, l'empathie collective vis-à-vis de la préservation des ressources, la sensibilisation et l'implication de chacun dans un cadre décentralisé, grâce à une approche "holistique", c'est-à-dire transversale.

A la recherche d'une vision intégrée

C'est bien cette vision intégrée qui manque à la politique d'efficacité énergétique initiée par l'Union européenne, souligne Edouard Toulouse, qui décrit les années 70, 80 et 90 comme une époque de grand vide en la matière. Ce n'est qu'au début des années 2000 qu'une série de directives européennes sont élaborées pour tenter d'orienter l'offre énergétique : énergies renouvelables (2001), performance des bâtiments (2002), éco-conception (2005), services énergétiques (2006), sur fond de libéralisation des marchés. "Dans les années 2010, on découvre enfin l'efficacité énergétique. Mais le consensus entre Etats-membres est rare. L'approche est économique et technique, par le biais des technologies propres. Mais il n'y a aucune vision intégrée", observe cet expert en efficacité énergétique. La transition réclame de l'action sur l'ensemble des leviers, non seulement techniques, mais aussi comportementaux, via la sobriété des consommations et une prise de conscience collective. "Un scénario négawatt européen reste à lancer".

Le 12 juillet dernier, la commission de l'industrie, de la recherche et de l'énergie (ITRE) du Parlement européen a approuvé un accord sur une nouvelle législation européenne sur l'efficacité énergétique et les économies d'énergie. Les États membres devront présenter leur feuille de route pour la réalisation d'économies d'énergie de 80% dans le secteur des bâtiments d'ici à 2050. Le secteur de l'énergie sera également contraint de réaliser 1,5% d'économies annuelles dans tous les secteurs d'utilisation finale, même si cette obligation a été édulcorée par les gouvernements de l'UE. Des instruments financiers contraignants, une meilleure information au consommateur via l'utilisation de compteurs intelligents comptent parmi les mesures proposées dans la directive, ainsi que des mesures de maîtrise de demande en énergie qui vont réduire les coûts de l'équilibrage de l'électricité et les factures énergétiques. Reste à mettre la politique européenne de quotas d'émissions en cohérence avec ces mesures d'efficacité énergétique, afin de faire monter le prix du carbone et de procurer des liquidités supplémentaires aux pays de l'Union pour financer les économies d'énergie.

Attentes sociétales

Quant à la directive européenne sur l'éco-conception, qui fixe des normes d'efficacité énergétique sur les produits, elle patine. Après les bons débuts de 2008 et 2009 (avec les veilles limitées à 1 W, la fin des ampoules incandescentes, etc.), le rythme des mesures a considérablement ralenti : seulement deux produits en 2010 (lave-linge et lave-vaisselle), un seul en 2011 (ventilateurs industriels) et pour l'instant deux en 2012 (climatiseurs et pompes). "On ne désespère pas d'obtenir enfin une décision finale sur les chaudières et chauffe-eau d'ici la fin de l'année. Egalement dans les tuyaux pour la fin de l'année ou le début 2013 : l'éclairage directionnel (spots), les aspirateurs, les sèche-linge, les ordinateurs, les moniteurs", souligne Edouard Toulouse.

Une coalition d'ONG, Coolproducts, a publié une étude réalisée par Ecofys sur les bénéfices économiques de ces réglementations, qui souligne que le potentiel de réduction d'émissions de CO2 y est aussi important que via le système de quotas. Les bénéfices bruts sur la facture énergétique des Européens seraient de 120 milliards d'euros par an d'ici 2020. Selon Ecofys, si ces économies financières sur les factures énergétiques étaient dépensées dans d'autres secteurs, jusqu'à un million d'emplois pourraient être créés en Europe. Contrairement à d'autres domaines de politique de l'environnement, les ONG et entreprises du secteur semblent d'accord pour aller de l'avant. Elles se sont groupées au sein de la Coalition for Energy Savings, qui rassemble aussi des architectes et des experts.

Plusieurs réseaux font valoir des amorces de transitions énergétiques en Europe. La coalition européenne Inforse dresse une banque de données sur les initiatives en cours. Elle présente des études de cas exemplaires, à commencer par le Danemark lui-même, où Inforse est basé. Cette ONG propose un scénario à 100% d'énergies renouvelables pour le Danemark d'ici à 2030. De fait, Copenhague devrait être la première ville zéro carbone en 2025. Déjà 36% des Danois se rendent à leur travail en vélo. En 2025, un réseau complet de pistes cyclables achèvera de rendre obsolètes les automobiles dans la capitale danoise. En amont, selon le porte-parole d'Inforse, le Danois Günnar Olesen, seul un scénario de croissance zéro pourrait stabiliser la hausse des consommations d'énergie.

Réactions3 réactions à cet article

 

30 000 moulins micro-hydrauliques = 2 EPR = 6 GW.
Cela veut dire des micro-turbines de 200 KW.
Il y aurait en France un potentiel de 30 000 moulins micro-hydrauliques de 200 KW ?

lanruen | 19 juillet 2012 à 18h19
 
 

Un EPR c'est 1,6 GW non? donc, 2 ça ferait 3,2 GW.

starduc | 21 juillet 2012 à 06h52
 
 

Ecofys dit que " le potentiel de réduction d'émissions de CO2 y est aussi important que via le système de quotas"
Ce sera donc zéro, voire un accroissement global des émissions si on compte les délocalisations?

Albatros | 21 août 2012 à 15h12
 
 

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