A propos de l’incinérateur de la Communauté Urbaine de Marseille, vous évoquez les inquiétudes exprimées par les populations locales et rappelez les avantages qui vous paraissent liés à ce projet en cours de réalisation.
Au-delà des critiques que l’on pourrait formuler sur le procédé ou le vieillissement de ce type d’installation, au-delà du débat que soulève la réglementation actuelle concernant ses rejets ou les dangers liés aux dioxines dont plusieurs scientifiques s’accordent à dire qu’elles doivent être considérées comme un polluant sans seuil, les craintes que nous formulons dépassent largement, quoique en disent les porteurs du projet, le cadre d’un effet « Nimby ».
Quelques rappels de la réalité locale qui a pu vous échapper :
- Le projet d’incinérateur fut porté par deux municipalités différentes sur Marseille.
Son implantation fut une première fois rejetée dans les quartiers est puis, plus tard, dans les quartiers nord de la cité phocéenne, par la mobilisation de leurs habitants.
- Le site de Fos, mais c’est une précision qu’aucun média ne tient à apporter, ne se situe pas à 4 km de toute habitation.
En effet, les premières habitations se trouvent à 2,5 km de l’installation en construction, le centre de Port Saint louis du Rhône, commune la plus proche à 4 km, celui de Fos à 7 km.
Ceci pourrait passer pour un détail aux yeux de l’observateur extérieur, à moins de se pencher sur le calcul des excès de risque individuel qui se doit d’être évalué dans toute étude d’impact et pour lequel l’éloignement reste un paramètre déterminant.
Peut-être d’ailleurs faut-il voir ici la raison de l’acharnement de la CUM à affirmer qu’il n’y a aucun habitant à moins de 10 km ( cf publicité parue dans l’édition marseillaise de la Provence du 25 novembre ) et de la réponse que fit le 11 janvier M B Hortefeux, ministre délégué aux collectivités territoriales, à M Vaxès, député des Bouches du Rhône.
Cette vérité géographique est pourtant bien simple à vérifier pour peut que l’on ait envie de se pencher sur une carte ou d’ouvrir le Géoportail d’IGN.
- L’autre explication au refus des riverains tient vraisemblablement aux seuls chiffres de santé publique qui ont pu circuler et qui pour ne donner qu’une image partielle de l’état sanitaire des habitants n’en restent pas moins très inquiétants.
Les seules études qu’entend diligenter l’autorité publique se borneront à modéliser les risques théoriques liés à l’exposition des riverains de la zone de Fos aux rejets industriels.
Sachant que l’évaluation officielle de ceux-ci peut faire l’objet de doutes sérieux, au vue des résultats d’une étude menée à notre demande par un cabinet privé, et qu’aucune enquête épidémiologique n’est envisagée pour connaître le niveau de contamination des populations exposées depuis plus de trente ans aux effluents toxiques, les craintes que nous relayons trouvent peut-être une autre résonance.
Un complément d’information serait tout aussi nécessaire sur les travaux de réhabilitation de la décharge de la Crau qui n’est pas, contrairement à ce qu’affirme les porteurs du projet, l’unique alternative à l’incinération.
Le passage sous silence du cadre défini par le Plan départemental d’élimination des déchets ménagers qui, accepté par la CUM comme il l’a été par la quasi-totalité des communes du département, permettrait la fermeture de la trop célèbre décharge sans recourir à l’incinération, laisse aussi quelques questions en suspend, mais il est vrai que la lecture d’un tel document peut paraître longue et fastidieuse…
Enfin, la volonté affichée de transparence des responsables d’Evere, ne manquera pas de faire sourire, non sans une amertume certaine, les lecteurs de votre article.
Chacun ici garde à l’esprit les efforts déployés par la CUM et EVERE pour soustraire leur projet au débat public, contre l’avis de tous et les vœux formulés par la CNDP elle-même.
Message déposé par gérard le 29/12/2006