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Rio+20 : l'UICN appelle les dirigeants à sauvegarder la biodiversité

En présentant sa Liste rouge au sommet mondial Rio+20, l'UICN rappelle que l'extinction rapide des espèces a un coût économique. Et de souligner le service rendu aux hommes par les pollinisateurs évalué à 200 milliards de dollars par an.

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Rio+20 : l'UICN appelle les dirigeants à sauvegarder la biodiversité

L'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a présenté mardi 19 juin la dernière mise à jour de sa Liste rouge des espèces animales et végétales menacées. Une Liste rouge qui alarme à nouveau ''du déclin rapide'' de la biodiversité, au moment où se tient le Sommet de la Terre Rio+20 au Brésil. L'organisation rappelle la valeur des services écosystémiques rendus aux humains. "La dernière mise à jour de la Liste rouge est un appel urgent à l'action, pour que les dirigeants du monde entier réunis à Rio sauvegardent la trame même de la vie sur la planète", a alerté Julia Marton-Lefevre, directrice générale de l'UICN.

Près de 20.000 espèces menacées d'extinction

Sur 63.837 espèces étudiées par l'organisation, 19.817 sont en effet menacées d'extinction dont 41% des espèces amphibies, 33% des barrières de corail, 25% des mammifères, 20% des plantes, 13% des oiseaux et 30% des conifères. Parmi ces espèces menacées, 3.947 sont dans une situation critique, 5.766 sont classées "en danger" et 10.104 "vulnérables". Or, ces espèces en extinction menacent aussi les sept milliards d'êtres humains qui en dépendent pour leur nourriture, leur subsistance ou la création de nouveaux médicaments.

"Les espèces ont une valeur économique et assurent des services irremplaçables et indispensables à notre bien-être", a réitéré Jon Paul Rodríguez, vice-président de la Commission de la sauvegarde des espèces de l'UICN. "De plus en plus d'espèces iront vers l'extinction si nous ne respectons pas les limites imposées par la nature et si nous ne gérons pas nos ressources naturelles de façon durable. Notre propre survie est en jeu si nous ignorons nos responsabilités", a-t-il prévenu alors que la communauté internationale reste loin d'atteindre l'objectif (fixé dès 2010) de stopper la perte de la biodiversité. Si les amphibiens ''jouent un rôle vital dans la mise au point de nouveaux médicaments'', près de la moitié de ces espèces sont menacées d'extinction, commela grenouille malgache Anodonthyla hutchisoni, désormais classée ''en danger".

 
La France, cinquième pays hébergeant le plus d'espèces menacées Avec 983 espèces mondialement menacées présentes sur son territoire, la France se situe au cinquième rang des pays les plus concernés, après l'Equateur, la Malaisie, les Etats-Unis et l'Indonésie. L'Hexagone figure aussi devant le Mexique, l'Inde, la Chine, l'Australie et le Brésil. Selon le comité français de l'UICN, cette situation "est principalement due à la très forte biodiversité abritée par les collectivités françaises d'outre-mer".
Situées dans des points chauds de la biodiversité mondiale, la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française en tête placent la France dans cette position. Ainsi, la Tortue imbriquée, le Pétrel noir de Bourbon et le Monarque de Tahiti sont "en danger critique". Chez les plantes, plusieurs espèces de pins araucaria endémiques de Nouvelle-Calédonie sont "vulnérables" ou "en danger".
En Guyane, la Loutre géante est de son côté classé "en danger" tandis que dans les Terres australes et antarctiques françaises, l'Albatros d'Amsterdam est "en danger critique".

La France métropolitaine est également concernée : 215 espèces mondialement menacées y sont recensées. Parmi elles, l'Esturgeon européen "en danger critique", le Vautour percnoptère "en danger" ou encore la Violette de Rouen "en danger critique".
 

L'apport économique des plantes et pollinisateurs

Les médicaments proviennent également des plantes médicinales, elles aussi menacées de disparition dont un nombre est issu du sud-est asiatique. A l'instar de la Cardamome tsao-ko (Amomum tsao-ko) classée maintenant dans la catégorie "quasi-menacée" parce que "ses fruits comestibles ont fait l'objet d'une cueillette excessive pour le commerce", souligne l'UICN. Deux autres espèces sauvages apparentées au curcuma - Curcuma candida et Curcuma rhabdota - sont également classées "vulnérable" tandis que l'espèce sauvage de gingembre Zingiber monophyllum, est "en danger".

Selon les estimations, la valeur des plantes sauvages, contribuant par ailleurs à l'amélioration du rendement des cultures, atteint 100 milliards de dollars par an à l'échelle mondiale. La production d'un tiers au moins de la nourriture mondiale, dont 87 des 113 cultures alimentaires principales, dépend de la pollinisation assurée par les insectes, les oiseaux et les chauves-souris, ajoute l'UICN. L'apport de ces pollinisateurs est, lui, évalué à plus de 200 milliards de dollars par an. Pourtant d'après la Liste rouge, 16% des papillons endémiques d'Europe "qui sont d'importantes espèces pollinisatrices" et 18% des chauves-souris dans le monde sont en danger.

Impacts de la surpêche et des espèces invasives

Autre service écosystémique menacé : celui rendu par les mollusques bivalves qui filtrent l'eau et fournissent de l'eau salubre. En Afrique, 42% des espèces de mollusques d'eau douce et 68% des mollusques endémiques d'Europe sont menacés "à cause de la destruction de leurs habitats, de la pollution et de la construction de barrages". Les espèces exotiques envahissantes sont aussi responsables de la disparition des espèces. Elles représentent la cinquième source de menaces pour les amphibiens et la troisième pour les oiseaux et les mammifères. Parmi ces espèces invasives, la Jacinthe d'eau (Eichnornia crassipes), plante aquatique native du bassin amazonien, s'est rapidement propagée en Afrique où elle représente "une menace importante pour l'approvisionnement en eau et l'utilisation des eaux intérieures pour la pêche et le transport". Les pertes économiques que provoque cette plante peuvent atteindre 100 millions de dollars par an dans le continent africain.

Autre facteur d'extinction des espèces : la surpêche pointée par l'UICN. Dans certaines régions du monde, jusqu'à 90% des populations côtières vivent de la pêche, "mais la surpêche a réduit certains stocks d'espèces halieutiques de plus de 90%", a alerté l'IUCN. Parmi ces espèces, 36% des raies sont menacées d'extinction dont la Raie léopard (Himantura leoparda), classée "vulnérable". 55% des barrières de corail, dont dépendent 275 millions de personnes pour leur subsistance, sont également victimes de la surpêche. Idem, en Afrique, pour 27% des poissons d'eau douce alors qu'en Asie, l'espèce endémique comme le hareng du Mekong (Tenualosa thibaudeaui) est classée "vulnérable". 18% des mérous, grands poissons des récifs, sont aussi menacés.

"La plupart des causes de la perte de biodiversité, y compris de l'extinction des espèces, sont de nature économique", selon Simon Stuart, président de la Commission de la sauvegarde des espèces de l'UICN. "Une économie ne peut être qualifiée de « verte » que si elle favorise la réalisation des 20 Objectifs de biodiversité d'Aichi que les gouvernements ont défini d'un commun accord en 2010", souligne-t-il.

Réactions2 réactions à cet article

 

...mais heu, mis à part présenter la liste et alerter, ils n'ont fait aucune recommandations déjà réfléchie, cohérente et construite (y compris chiffrée en terme de budget) ?

Lionel | 22 juin 2012 à 14h27
 
 

Ben non, ce sont juste des "lanceurs d'alerte". Alors ils lancent, c'est leur boulot. Ils ne se salissent pas les mains, tellement ils planent au-dessus de nous, pauvres humains pollueurs (certainement à réduire, si ce n'est à exterminer). A charge pour nous de "ramasser", dans tous les sens du terme...

Albatros | 26 juin 2012 à 11h27
 
 

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