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Vague de chaleur : adapter la ville au climat, de la théorie à la pratique

Les villes sont particulièrement sensibles aux vagues de chaleur. L'agglomération d'Agen, après avoir réalisé un diagnostic climatique, a intégré de premières mesures d'adaptation dans son PLU intercommunal. Un premier essai qu'il faut transformer.

Amenagement  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com

Les températures maximales dans l'agglomération d'Agen (47) ont augmenté en moyenne de 2°C en vingt ans. C'est le constat dressé par l'association climatologique de la moyenne Garonne et du Sud-Ouest (ACMG). Cette dernière a réalisé le diagnostic climatique de la communauté d'agglomération d'Agen (12 communes), en vue de l'élaboration du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUI) en 2010.

 
Un arbre adulte équivaudrait à cinq climatiseurs en marche 20h par jour !  
Félicien Titonel, service urbanisme d'Agen
 
"Ce diagnostic, qui a fourni des données chiffrées sur les vents, les températures, la pluviométrie… a été très porteur auprès des élus", raconte Félicien Titonel, du service urbanisme de l'agglo, expliquant : "Jusque-là, la question climatique n'avait jamais été abordée dans les documents d'urbanisme. Après le diagnostic, des ateliers ont été organisés avec l'ensemble des élus pour réfléchir aux orientations à mettre en place dans le PLUI pour adapter le territoire aux changements climatiques". Mais de la prise de conscience à la concrétisation, il y a un pas à franchir… "Le lien est difficile à faire entre état des lieux et prescriptions", constate Félicien Titonel.

Priorité au rafraîchissement

Le diagnostic a mis en évidence les enjeux liés aux îlots de chaleur urbains. "Depuis la fin des années 1970, un régime de température assez différent est perceptible sur la période estivale, entre les mois de juin et août", indique le document. Le nombre de jours de forte chaleur est en augmentation, particulièrement dans la partie du territoire qui s'est fortement urbanisée en quarante ans. La différence de température entre la ville et la campagne se creuse.

 
Mutualiser les expériences "L'adaptation climatique est une thématique nouvelle, nous manquons d'initiatives exemplaires", regrette Félicien Titonel. En France pourtant, d'autres intercommunalités travaillent aussi sur ce sujet. Elles partageront, à partir de juillet, leur expérience sur la prise en compte du climat dans les plans locaux d'urbanisme au sein d'un groupe de travail du club PLUI. Ce club rassemble les 250 lauréats des différents appels à projets pour l'élaboration de PLUI lancés depuis 2010. Formes urbaines, végétalisation, mobilités, gestion de l'eau devraient être au cœur des échanges.
 
A l'avenir, avec l'amplification des phénomènes de vagues de chaleur, l'agglomération devrait voir ses besoins en climatisation augmenter, sur des périodes plus longues, du printemps jusqu'au début de l'automne. Outre la hausse des consommations énergétiques liée au rafraîchissement des bâtiments, ce réchauffement estival devrait accélérer les phénomènes d'assèchement des sols, augmenter les besoins hydriques des plantes et créer des tensions importantes sur les ressources locales en eau, note le diagnostic.

Agir à l'échelle du territoire…

Une fois ce constat posé, les élus ont planché sur les moyens de favoriser le rafraîchissement naturel et améliorer le confort urbain, notamment en été. "Au Sud de l'agglomération, nous avons identifié des zones de cultures irriguées susceptibles de rafraîchir le centre urbain, grâce au vent d'Autan", explique Félicien Titonel. L'idée est d'urbaniser hors de cette zone pour préserver ces espaces agricoles. "Ça, c'est la théorie ! Lorsque l'on aborde la question du zonage avec les élus, cela devient plus compliqué", souligne l'agent. Des orientations ont néanmoins été inscrites dans le PLUI afin de limiter l'étalement urbain, avec des densités minimales à l'hectare différentes selon les secteurs de l'agglomération. L'objectif est de diminuer de 30% la consommation foncière en dix ans, en densifiant certaines zones.

Le PLUI tend aussi à limiter la bétonisation. "Les grandes surfaces, les parkings sont les principaux îlots de chaleur". Le règlement prévoit donc que les nouvelles aires de stationnement de plus de cinq places soient végétalisées. Un minimum de 15 à 30% des terrains constructibles doit également être maintenu en espace vert. Le principe : un arbre adulte équivaudrait à cinq climatiseurs en marche 20h par jour ! Une bande boisée de 100 mètres de large permettrait d'augmenter l'humidité de l'air de 50%.

… et de la parcelle

Des règles simples ont également été édictées pour les constructions, afin de limiter leur sensibilité aux températures. "Le PLUI ayant été élaboré avant l'entrée en vigueur de la réglementation thermique 2012, nous avions prévu que les maisons anticipant ou dépassant les ambitions de la RT bénéficient d'un bonus d'occupation des sols". L'objectif est de favoriser les bâtiments bioclimatiques, dont la conception et l'orientation favorisent les apports en chaleur ou en rafraîchissement passifs. Le PLUI intègre d'ailleurs des prescriptions sur l'implantation des maisons sur les parcelles. Des règles ont été également fixées pour la récupération des eaux pluviales.

Les limites d'action du PLUI

Mais deux ans après l'approbation du PLUI, difficile de percevoir un réel changement sur le terrain…

"Un travail important a été réalisé sur le diagnostic, mais il a manqué d'effets concrets pour limiter la chaleur urbaine. Ce sujet est perçu par les élus et les administrés comme des contraintes supplémentaires dans les règles d'urbanisme", analyse Félicien Titonel.

Selon lui, difficile de régler cette question au travers des seules règles d'urbanisme. Cependant, la dynamique est lancée. De nombreux travaux ont été initiés en parallèle sur ce sujet. Un cluster sur l'eau et le climat a été créé fin 2014 pour plancher sur la gestion des ressources en eau, l'irrigation de pointe, la climatisation de la ville… Un travail est également réalisé sur le déplacement urbain et les modes de déplacement doux (vélo, piétonisation…) : "Notre agglomération est trop petite pour développer des transports en commun réguliers, la voiture reste un mode de déplacement privilégié", explique l'agent.

En septembre 2013, une révision du PLUI à 29 communes a été lancée, avec toujours en perspective l'adaptation climatique. "Nous sommes dans une phase de travail sur les actions à mettre en œuvre. Nous nous dirigerons certainement vers des fiches d'actions, des recommandations sur les eaux pluviales, la végétalisation, les variétés à privilégier… Le PLUI pose un constat, la pédagogie et le conseil sont essentiels après". Ce nouveau document devrait être approuvé début 2017.

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