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Les variétés résistantes aux herbicides, OGM ou pas ?

Dans une lettre, des associations alertent sur les potentiels impacts des variétés végétales tolérantes aux herbicides et souhaitent les voir reconnus comme des OGM. Leur action interroge sur la légitimité d'une réforme de la législation européenne.

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Les variétés résistantes aux herbicides, OGM ou pas ?

"Nous n'en sommes pas au stade de l'interdiction, il n'y a pas d'éléments nous permettant d'aller dans ce sens, a assuré Stéphane Le Foll, ministre de l'agriculture, à propos des variétés végétales tolérantes aux herbicides (VTH) sur les ondes de RTL, le 30 juillet.

Il répondait ainsi à une lettre ouverte, envoyée le 29 juillet, de neuf associations qui s'opposaient à ce qu'elles considèrent comme des "OGM cachés". Ce courrier appelait à une modification de la législation européenne pour que les VTH soient reconnues comme des OGM et puissent ainsi bénéficier de l'obligation de tests et d'étiquetage.

Une définition à tiroir

La Directive européenne sur la dissémination volontaire d'OGM dans l'environnement définit en effet un OGM comme un organisme "dont le matériel génétique a été modifié d'une manière qui ne s'effectue pas naturellement par multiplication et/ou par recombinaison naturelle". La réglementation complète toutefois cette très large définition d'exemption : la Directive ne s'applique en effet pas aux organismes obtenus notamment par les techniques de mutagenèse. Et c'est sur ce point précis que se cristallise le débat.

Les VTH s'obtiennent en effet grâce à différentes méthodes. Tout d'abord, certaines plantes cultivées dans les champs deviennent naturellement résistantes aux herbicides. Elles sont alors sélectionnées et croisées avec des variétés intéressantes pour l'agriculture. La seconde voie consiste à utiliser des mutagènes physiques ou chimiques pour essayer de provoquer l'apparition de la propriété de tolérance à un herbicide. Enfin, la dernière option passe par la transgenèse : l'introduction d'un gène qui permet de donner à la plante cette caractéristique.

Si les VTH cultivés aux Etats-Unis ont été obtenues par transgenèse pour résister à des herbicides totaux (RoundUp®, etc.), celles cultivées au niveau national sont issues de la sélection de mutants naturels ou par mutagenèse, et sont tolérantes à d'autres types d'herbicides.

Aujourd'hui, la France compterait environ 13% de surfaces de "tournesols VTH" et près de 1.000 hectares de "colza VTH".

OGM ou pas ?

La mutagenèse ferait partie de la palette des outils utilisés depuis plusieurs années par les sélectionneurs. "Cette technique s'est beaucoup développée par voie chimique dans les années 50, explique Guy Kastler, agriculteur bio membre de la Confédération paysanne, toutes les betteraves à sucre que nous cultivons aujourd'hui sont issues de mutation à la colchicine et ensuite se sont développés, dans les années 60, les traitements avec des rayons ionisants".

La reconnaissance des VTH obtenues par mutagenèse comme des OGM ne fait pas l'unanimité.

"Ce sont des mutations sans qu'il n'y ait de gènes qui soient apportés…Ce sont les plantes contraintes qui finissent par muter, nous ne pouvons pas dire - OGM cachés - ce n'est pas la même chose", a affirmé Stephane Le Foll, sur RTL.

Des impacts à évaluer

Quelle que soit leur définition, les VTH pourraient entraîner des dommages sur l'environnement.

"L'herbicide s'accumule dans la plante sans la tuer, il pourrait se retrouver dans le nectar et le pollen…Cela doit être évalué par rapport à la survie de l'abeille, sa contamination et celle des produits de la ruche", souligne Olivier Belval, de l'Union nationale de l'Apiculture française. Selon lui, la synergie entre ces molécules, les fongicides et pesticides également présents dans les traitements devraient être étudiée.

Les conséquences de la culture des VTH ont fait l'objet d'une expertise collective menée par le CNRS et l'INRA. Les scientifiques ont analysé environ 1.400 publications scientifiques qui, pour la plupart, se sont penchées sur les variétés transgéniques tolérantes à un herbicide total (utilisées dans le contexte américain).

Les résultats de l'analyse montrent que si, dans un premier temps, l'utilisation de ces variétés permet une réduction de la quantité d'herbicide, leur usage répété (et l'absence de rotation des modes d'actions des herbicides utilisés) conduit à l'apparition de résistances chez les adventices et une augmentation des traitements chimiques à moyen et long termes.

"Est-ce que les VTH issues de la mutagenèse présenteront les mêmes effets que les VTH transgéniques alors que les gammes d'herbicides utilisés ne sont pas les mêmes?, interroge Michel Beckert, directeur de recherche à l'Inra et co-responsable de la coordination scientifique de l'expertise, nous sommes déjà dans une phase de culture sans expérimentation préalable, il faut se déplacer vers un suivi de manière épidémiologique, regarder s'il y a des effets non intentionnels impactants…Un suivi des cultures de tournesols et des pratiques culturales serait intéressant".

La Confédération paysanne s'inquiète, quant à elle, des croisements entre colzas mutés et sauvages et la dissémination du gène de tolérance aux herbicides.

"Impacts environnementaux mais également socio-économiques avec les brevets sur les gènes, rien ne justifie que nous ne fassions pas d'évaluation de ces plantes et que nous ne les étiquetions pas", estime Guy Kastler, redoutant les potentielles attaques des groupes de semenciers en cas de contamination des champs.

Quelle suite ?

Sur ce sujet, le gouvernement semble jouer la carte de l'apaisement. Tandis que Philippe Martin, ministre de l'écologie a annoncé, sur France info qu'ils se pencheraient sur la question, Stéphane Le Foll assurait que cette voie "ne correspond pas à ce que nous voulons faire concernant les projets d'agro-écologie".

La question de ce qu'englobe le terme OGM se pose à Bruxelles. "Ce débat a pris de l'ampleur au niveau de l'Union européenne : depuis quelques années, un groupe de travail prend en compte l'ensemble des nouvelles techniques qui n'existaient pas en 2001 et évalue ce qui est un OGM et ce qui n'en est pas, détaille Christophe Noisette d'Inf'OGM,  ils ont rendu un rapport préliminaire".

Ces techniques ont évolué avec les progrès accomplis pour développer de nouveaux outils.

"Il ne faut pas basculer dans de nouveaux systèmes trop rapidement, il faut prendre le temps de l'analyse et de l'expertise ainsi que garder un regard attentif aux conséquences de ce qui est promu", met en garde Michel Beckert de l'Inra.

Réactions13 réactions à cet article

 

Ceux qui savent de quoi ils parlent, n'utilisent pas la formulation "résistants aux herbicides" mais tolérant un herbicide donné !
VTH : signifie variété tolérant un herbicide !

Le problème majeur concernant les "OGM", maintenant les "OGM cachés" est que l'on entend, que l'on ne lit que ce qu'en dise des gens qui n'y connaissent rien (Inf'OGM et autres) ... déformant le sens des mots, donnant des définitions fantaisistes aux mots qu'ils utilisent... c'est d'ailleurs normal compte tenu de leur niveau de connaissance du sujet dont ils s'autoproclament experts !

Les médias se régalent avec cela d'ailleurs et n'essaient jamais de rétablir une formulation correcte et surtout se gardent bien d'interviewer les personnes compétentes qui pourraient informer le public correctement sur un dossier donné !

gattaca | 01 août 2013 à 10h13
 
 

L'emploi prolongé de Variétés Résistantes aux Herbicides est , selon l'article, bénéfique au début seulement. ensuite lil apparait des résistances des mauvaises herbes qui sont exposées sans cesse au MEME HERBICIDE. Il faut alors multiplier les traitements et c'est alors que le paysan commence a perdre de l'argent sur deux tableaux: achat des couteuses semences et achat d'herbicide supplémentaire.
Quant à savoir si un herbicide est toxique pour les abeilles revient à trouver des cibles biologiques communes aux abeilles et aux mauvaises herbes. La probabalité est certainement bien plus faible que pour les insecticides. Mais il faudrait plutôt exiger des industriels des tests systématiques sur les abeilles de TOUS leurs phytosanitaires. En particulier évaluer l'effet des doses sous-léthales sur les abeilles.

ami9327 | 01 août 2013 à 10h43
 
 

Effectivement VTH signifie Variétés végétales tolérantes aux herbicides.
L'article sera modifié en conséquence.
Le reste de vos propos n'engagent que vous, la rédaction s'efforçant de rester neutre et de solliciter précisément des interlocuteurs compétents.

La rédaction | 01 août 2013 à 11h36
 
 

Cette «lettre ouverte» est proprement stupéfiante, venant de la Confédération paysanne et de quelques autres organisations à base agricole ; pour les organisations « environnementales », rien ne peut nous étonner vu leurs connaissances des réalités de l'agriculture.

Il faut donc supposer que les membres de la Conf' n'utilisent pas d'«OGM cachés», ni de variétés dérivées d'«OGM cachés». Il leur faudra arrêter de cultiver du blé, sauf à revenir aux variétés d'avant 1950), du triticale, fruit d'une horrible manipulation de laboratoire...

«Par ailleurs, nos organisations s'interrogent sur la pertinence de modifier le génome du colza ... ce qui empêchera, notamment, de détruire ses repousses dans le blé qui lui succédera dans la rotation» ? Les successions de cultures et d'herbicides... ça se gère...

«Nous ajoutons à cela les dangers sanitaires inhérents à l'utilisation d'herbicides...»? Pareil! On doit supposer que les membres de la Conf' n'utilisent pas d'herbicides...

En réalité, cette lettre ouverte relève de la gesticulation et de la manipulation. Les médias s'y sont engouffré avec autant de délice que d'icompétence. Quant aux ministres, l'un cultive ses liens avec les alter-bobos et n'y est pas forcément insensible malgré ses premières déclarations, l'autre étant déjà acquis à la cause.

Wackes Seppi | 01 août 2013 à 11h43
 
 

Il est une autre «curiosité» de cette lettre ouverte destinée à faire du bruit médiatique en attendant que les ministres – qui n'en ont rien à cirer de l'agriculture – ne cèdent à la panique: elle a été signée par les «Faucheurs volontaires d'OGM», pour dire les choses comme elles sont, une organisation de délinquence. Et nos ministres répondent comme si rien n'y était...

Petit rappel pour les gens étrangers aux choses de l'agriculture: les plantes cultivées «naturelles» résistent naturellement à certains herbicides, que l'on appelle «sélectifs» et que l'on peut dès lors utiliser en «postlevée». Quand la Conf' s'inquiète – prétendument – de la destruction des repousses de colza dans blé, c'est précisément parce que les variétés de blé sont des «VTH ».

Quel est le problème avec ces «VTH» honnies : elles tolèrent un herbicide auquel elles étaient sensibles auparavant. Vraiment le ciel va encore nous tomber sur la tête.

Wackes Seppi | 01 août 2013 à 11h59
 
 

.......c'est d'ailleurs normal compte tenu de leur niveau de connaissance du sujet dont ils s'autoproclament experts ......

Quand la santé et la vie sont peut être en cause à moyen terme, suite à toutes ces manipulations végétales, les discussions ne doivent pas être laissées entre les mains des gens prétentieux comme vous gattaca !

jms | 01 août 2013 à 14h51
 
 

Quand la santé et la vie sont certainement – je répète: sans aucun doute – en cause présentement, les discussions ne doivent pas être laissées entre les mains des gens prétentieux, incompétents et incultes comme ceux que M./Mme Gattaca a dénoncés !

Les allergiques à l'ambroisie, de Rhône-Alpes notamment, remercieront ces hurluberlus de leur acharnement à vouloir priver les producteurs de la seule solution désherbage en postlevée.

D'autres, à l'esprit rationnel, méditeront ce nouveau principe de gestion de nos affaires : les discussions ne doivent pas être laissées entre les mains des experts. Vive l'obscurantisme !

Wackes Seppi | 01 août 2013 à 16h00
 
 

Merci à la rédaction de tenir compte des formulations ad hoc qui doivent être utilisées pour parler de quelque sujet que ce soit d'ailleurs !

Et profitons en pour être rigoureux jusqu'au bout :
Vous indiquez que VTH signifie :" variétés végétales tolérantes aux herbicides". C'est une formulation un peu trop générale.
Il vaut mieux parler de variété végétale tolérant un herbicide (donné).
la formulation "aux herbicides" implique que la variété tolère tous les herbicides (ce qui est rarement le cas !).

Bien sûr le reste n'engage que moi, certainement mais alors n'interrogez pas le ministre de l'agriculture qui dit que "le maïs MON810 est une variété résistante à un herbicide". Pour son niveau de compétence, il s'était déjà précédemment illustré en criant au "scandale sanitaire" pour les lasagnes contenant de la viande de cheval ! Eh non, ce n'est pas un scandale sanitaire mais un problème d'adultération comme il en existe couramment dans le secteur alimentaire et ensuite d'étiquetage !
Quant au ministre de l'environnement, ses compétences en agriculture et ses positions anti-OGM, on a pu en mesurer le niveau depuis longtemps !

Comme l'exprime fort justement Wakes Seppi, maintenant les dires des "non-experts" ont plus de poids que celles des personnes nommées officiellement en fonction des compétences des sujets sur lesquels ils doivent se prononcer.

gattaca | 01 août 2013 à 19h09
 
 

Qui finance quelle recherche, qui finance quels experts, quels intérêts défendent quels spécialistes..
d'un côté les puissantes firmes semencières,
de l'autre la population qui proteste et s'organise pour défendre l'intérêt général et la santé de tous.
Est-ce que les chercheurs payés par Monsanto, Syngenta et quelques autres, mangent des OGM imbibés de pesticides ?

pb | 02 août 2013 à 13h37
 
 

Comme on fait toujours des procès d'intentions aux experts privés et que les sociétés privées sont soupçonnées de cacher la vérité pour pouvoir continuer leur activité il faut nationaliser 1°toute la filière OGMn 2°ne plus en faire une activité lucrative et considérer que c'est le rôle de de l'ETAT de fournir les meilleures solutions aux agriculteurs, 3° confier les études, dont la toxicologie et les impacts environnementaux a des experts payés par l'état, 4°impliquer les associations dans les processus de décision en leur fournissant les informations objectives et pertinentes.
Mais tout cela restera une utopie...
Le débat sur les OGM est toujours POLLUE par des considérations financières, de profits de sociétés privée. On mélange alors deux choses qui n'ont rien a voir.

ami9327 | 03 août 2013 à 13h27
 
 

......Qui finance quelle recherche, qui finance quels experts, quels intérêts défendent quels spécialistes....
Je ne sais pas qui finance les recherches, mais du coté de la propagande des industriels des OGM, voyez du coté de gattaca et Wackes Seppi ....

jms | 05 août 2013 à 09h34
 
 

@jms
une fois de plus des accusations sans preuves... bien évidemment tous les experts sont des pourris et inféodés à ceux qui les payent...!!! c'est d'un ridicule fini !

Dans le domaine des OGM, si cela avait été le cas, je serais alors (au minimum) millionnaire et ne perdrais pas mon temps à venir discuter avec des personnes imbibées d'erreurs, de mensonges, de concepts débiles qui concernent ces nouvelles variétés !

Pourquoi sont-elles dangereuses a priori ? pourquoi induisent-elles un autre mode de culture que celles qui sont conventionnelles, pourquoi sont-elles responsables de mille maux ?

Elles n'ont aucune raison valable d'avoir toutes les propriétés néfastes que vous leur imaginez ! Et grâce à l'évaluation préalable qui en est faite avant mise sur le marché, elles présentent à l'évidence moins de risques que n'importe quelle variété conventionnelle (3 à 400 nouvelles chaque année).

Concernant l'indépendance, encore une fois, ce type de raisonnement est débile.
1) Ainsi, les semenciers, les experts auraient intérêts à mettre quelque chose de dangereux sur le marché au risque de s'empoisonner eux mêmes et, pour la boite de semence, de couler !!!
2) il a été jugé que ce n'est pas parce que des recherches sont financées par le privé qu'un fonctionnaire (notamment) perd pour autant son indépendance intellectuelle !

Ca suffit comme cela, au bout de 17 années de débat, de continuer à crier au loup et de raisonner comme des irresponsables !

gattaca | 06 août 2013 à 10h30
 
 

Il y a aussi des plantes cultivables qui sont tolérante à des herbicides et qui ne sont issues ni de transgénèse, ni de mutagénèse.
Par exemple,
- le blé Renan est tolère l'herbicide Chlortoluron.
- le maïs Duo System de BASF tolère l'herbicide Stratos Ultra de BASF.
Le maïs Duo System est issu d'une mutation spontanée. Le blé renan, je ne sais pas exactement, il faut demander à l'INRA qui l'a créé en 1987.

Aglae | 21 août 2013 à 21h13
 
 

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