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Le monde du bâtiment peine à anticiper la future RT

La RT 2012 bientôt en ordre de marche Actu-Environnement.com - Publié le 20/06/2011
La RT 2012 bientôt en ordre de marche  |    |  Chapitre 5 / 5
Moins de six mois avant l'entrée en vigueur de la RT 2012 pour le tertiaire public et privé, les acteurs sont plutôt pessimistes. La RT 2012 fixe une obligation de résultats, la très haute performance énergétique (50 kWhEP/m2/an modulé par région et selon l'altitude), qui demande une révolution des pratiques dans le bâtiment. ''Il s’agit de travailler mieux mais aussi autrement : les différents corps de métiers, dans la conception et la réalisation, vont apprendre à travailler ensemble pour atteindre la performance globale recherchée'', explique le Plan bâtiment Grenelle. Or, en croire de nombreux observateurs, la profession a très peu anticipé cette révolution des pratiques…

Peu d'expériences et peu de préparation

La survaleur des immeubles verts sur le marché de l'immobilier ?
Dans une étude sur les promesses des immeubles de bureaux ''verts'', Jean Carassus, professeur à l’école des ponts ParisTech, estime que ''la valeur verte s’exprime sous forme d’une survaleur des immeubles 'verts' dans le cadre de marchés immobiliers tournés vers la hausse et induit, parallèlement, une décote pour les immeubles non verts dans le cadre de marchés immobiliers tournés à la baisse''.
Il cite les résultats d'une étude de l'observatoire du marché américain qui révèle que les immeubles de bureaux verts certifiés Energy Star (performance énergétique située dans le premier quart des performances nationales) ou LEED (équivalent de Haute qualité environnementale, HQE) ont tendance à se louer plus cher, avoir un taux d’occupation plus élevé et afficher un prix de revente supérieur à un immeuble ''non vert'' affichant des caractéristiques comparables.

Pour atteindre la haute performance énergétique, il s'agit de concilier conception du bâti, choix de systèmes énergétiques efficaces et apport en énergies renouvelables. La RT 2012 impose ainsi une approche globale de la conception et de la réalisation du bâtiment. Les premiers stades de la conception deviennent primordiaux et nécessitent en amont une véritable synergie entre architecte et bureau d’études thermiques et en aval une coordination de tous les acteurs de la construction.

Pourtant, ''de nombreux maîtres d'ouvrage et acteurs de la construction ne perçoivent pas les difficultés qui les attendent. Surtout pour la construction des bâtiments du tertiaire et leurs spécificités : l'enveloppe des tours, l'exigence de confort, les équipements informatiques, les systèmes de refroidissement, l'éclairage…. Le seuil de 50kWh/m²/an va être compliqué à respecter'', estimait Claude Lignon, directeur développement durable ''construction'' du bureau Véritas, en avril 2011, dans la lettre Bureau Véritas. Selon lui, les retours d'expérience sont trop peu nombreux. L'observatoire du BBC recense en effet moins d'une dizaine de projets dans le tertiaire, autant dans le logement collectif privé et dans le logement social. À cela s'ajoute une autre difficulté, soulignée par Claude Lignon : la RT 2012 est plus exigeante que la certification BBC RT 2005. Ainsi, de nombreuses expériences BBC ne respecteraient donc pas la RT 2012…

L'Office parlementaire des choix scientifiques et techniques n'est pas plus optimiste. En décembre 2009, il mettait en garde sur ''l'effet d'illusion des expériences pilotes'' : ''toutes les opérations immobilières qui nous ont été présentées étaient le fait d'un groupe de personnes extrêmement motivées, qui ont pu le plus souvent bénéficier d'un contexte particulièrement favorable'', écrivaient les deux rapporteurs Christian Bataille et Claude Birraux. En outre, la visibilité publicitaire accordée à ces projets a pu ''susciter un engagement spécifique de la part des prestataires'' et ''un engagement intéressé des professionnels'' pour ''valoriser ensuite l'expérience acquise sur une référence incontestable''. Or, préviennent les rapporteurs, ''toutes ces conditions favorables ne se retrouveront plus nécessairement lorsque la généralisation de la construction à basse consommation mettra en lice des milliers de particuliers anonymes face à des prestataires aguerris, pour des opérations sans relief publicitaire, gérées au plus juste, avec le souci de minimiser les dépenses pour maximiser la marge dégagée''.

Un déficit de professionnels formés

Ce manque d'anticipation risque de poser problème. D'autant qu'un autre bât blesse : la formation. Le Plan bâtiment Grenelle insiste : ''le saut quantitatif et qualitatif à réaliser dans le niveau de performance des ouvrages est important : la formation, tant initiale que continue est donc l’enjeu majeur de la réussite des engagements du Grenelle''. Pourtant, ''le déploiement des dispositifs et la mobilisation des professionnels du bâtiment se trouvent en décalage par rapport aux objectifs, malgré une mise en place résolue des qualifications professionnelles (…). Chaque année, les besoins sont estimés à 360.000 personnes en formation continue et 70.000 à 100.000 jeunes en formation initiale''.
Des objectifs loin d'être atteints… Un récent rapport sur l'application de la loi Grenelle 1 estimait fin 2010 à 29.000 le nombre de stagiaires ayant suivi le programme de formation aux économies d'énergie des entreprises et artisans du bâtiment (Fee Bat), lancé en décembre 2007. Et seulement 50.000 jeunes seraient en formation initiale aujourd'hui…

Un manque d'anticipation générateur de surcoûts

Ce manque d'anticipation risque de gonfler la facture… De 7 à 8 % selon les pouvoirs publics, de 8 à 12 % selon la fédération des promoteurs immobiliers et de 15 à 20 % selon le bureau d'études Xerfi. Selon ce dernier, plus que les coûts des techniques et matériaux à mettre en œuvre, ce sont le déficit de formation des professionnels du bâtiment (qui risque d'entraîner une hausse des salaires pour les personnels les plus qualifiés) et les nouvelles exigences en matière d’études d’avant-projet (qui gonfleront les factures de la maîtrise d’œuvre) qui généreront des surcoûts. De son côté, l'association Enerplan donne une fourchette large, entre 2 et 20 % : 2 % à condition ''d'une bonne synergie entre l'architecte, le maître d'ouvrage et le bureau d'études'' ou au contraire 20 % en cas de conception mal pensée et corrigée a posteriori (surisolation…).

Sophie Fabrégat

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