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Des enjeux environnementaux et sanitaires majeurs

Les micropolluants de l'eau Actu-Environnement.com - Publié le 02/04/2012
Les micropolluants de l'eau  |    |  Chapitre 3 / 7
Environnement & Technique N°314 Ce dossier a été publié dans la revue Environnement & Technique n°314
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Même présents en petites quantités, les micropolluants ne sont pas exempts d'impacts environnementaux et sanitaires. Certaines molécules émergentes inquiètent tout particulièrement et pousse la recherche dans ses retranchements

© Montferney


Présents à différentes concentrations dans les milieux aquatiques, les micropolluants sont des substances aux origines diverses susceptibles d'avoir une action toxique, même à faible dose (microgramme par litre pour l’eau). Atrazine, Polychlorobiphényles (PCB), métaux lourds, hydrocarbures (HAP), phtalates, ou composés organiques volatils et phénoliques… sont autant de substances chimiques persistantes pouvant avoir un impact sur les organismes aquatiques comme les poissons, les algues et les mollusques mais aussi sur la santé humaine via leur ingestion.

Des désordres sanitaires sur la faune et l'homme

L’enjeu est "la hiérarchisation du risque selon l’adage tout est poison, rien n’est poison, tout est une question de dose et d’interaction", avait souligné Chantal Jouanno l'ex-secrétaire d'Etat à l'Ecologie en présentant en octobre 2010 le plan national d’action 2010-2013 contre les micropolluants aquatiques1. D'autant que se pose la question de l'impact de ces substances sur la santé humaine, notamment via la consommation de poissons et d'eau potable, rappelle l'Agence européenne de l'environnement (AEE) dans un rapport publié en juillet 20112. Il en est ainsi des impacts des perturbateurs endocriniens, aujourd'hui de mieux en mieux documentés. Plusieurs études toxicologiques ont démontré qu'ils influeraient, chez l'homme, sur le nombre de spermatozoïdes, les malformations génitales, l'altération des fonctions sexuelles et du développement neuronal, l'obésité ou encore le cancer, et ce particulièrement lors d'une exposition très précoce.
Ces impacts sont tout aussi probants chez les organismes aquatiques. Ainsi, ces substances posent des problèmes de fertilité et donc de survie de certaines espèces, telles que le poisson bourbillon : "dans un affluent pollué du Pô italien, 50% des individus présentent des gonades indifférenciées sexuellement", constate l'AEE dans son rapport. Les pesticides - cancérigènes et favorisant les troubles de la reproduction et du système nerveux - sont également en cause dans la disparition de nombreuses espèces de macro-invertébrés des rivières. Tandis que les médicaments causeraient divers troubles : effets négatifs sur les branchies et les reins des truites, déclin de populations d'invertébrés ou encore résistance accrue de certaines bactéries. Autre exemple : les substances contre les infections fongiques impacteraient les algues unicellulaires à la base de la chaîne alimentaire océanique.
Si les médicaments sont encore peu pris en compte en tant que polluants émergents, d'autres sources de contamination sont tout aussi ignorées. C'est le cas des produits cosmétiques, crèmes, parfums, shampoings… Ainsi, les filtres UV des crèmes solaires auraient des effets sur les œstrogènes des poissons et le blanchissement du corail. Autres polluants émergents : les nanoparticules qui favoriseraient la bioaccumulation de substances dangereuses, telles que le cadmium (favorisant les troubles intestinaux), qui se fixerait alors davantage dans l'organisme des poissons.

L'AEE avait également pointé la sous-estimation de certaines substances hydrophobes, qui s'accumulent davantage dans les sédiments et les organismes vivants que dans les eaux où elles sont mesurées. De son côté, en décembre 2011, le Réseau Environnement Santé (RES)3 a alerté sur la multiplication du recours au gainage des conduites d'eau potable avec des résines époxy qui contiennent du BPA (bisphénol A), suspecté d’avoir un impact sur la fertilité humaine féminine ou le diabète, selon l'Agence nationale de la sécurité sanitaire (Anses). Le réseau s'inquiète d'une possible migration de la substance, susceptible de contaminer l'eau consommée.

Des protocoles d'analyses à revoir ?

La sous-estimation de la pollution de ces milieux en France a également dénoncée par l'organisation écologiste WWF4. Le nombre insuffisant de substances toxiques recherchées (41 substances prioritaires + 4 métaux et 5 pesticides), la difficulté des protocoles de mesure (au regard des faibles concentrations quantifiables), la non prise en compte de l'effet cocktail lié à l'association de certaines molécules, ainsi que des méthodes d'évaluation impropres à décrire l'état réel des eaux seraient les principales causes de la surveillance biaisée de ces écosystèmes.

La prise en compte des impacts environnementaux et sanitaires avérés et/ou suspectés des micropolluants s’avère récente. Une analyse des effets potentiels de ces substances est d'ailleurs prévue dans le cadre du plan d’actions micropolluants d’ici 2013. "2.416 substances candidates dont 700 font déjà partie des programmes de mesure auraient été référencées", a indiqué Philippe Hubert, directeur des risques chroniques à l’Ineris, à l'occasion d’un colloque tenu en octobre 2011, un an après le lancement du plan.

Mais les chercheurs constatent que les analyses écotoxicologiques menés dans le cadre des micropolluants et polluants émergents présentent des limites. Selon Laure Chancerelle-Chabot, ingénieur évaluation des risques à l'Ineris. "Les concentrations sont trop faibles pour être détectées par les essais classiques de toxicité aigue", a-t-elle fait remarquer à l'occasion d'une journée technique de l'Office International de l'eau en mars 2012. Elle a donc souligné la ''nécessité de travailler avec des outils plus sensibles ou permettant une détection des effets plus précoces" comme les biomarqueurs du stress oxydatif ou les biomarqueurs de génotoxicité.

Rachida Boughriet

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