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Des micropolluants divers et omniprésents dans les milieux aquatiques

Les micropolluants de l'eau Actu-Environnement.com - Publié le 02/04/2012
Les micropolluants de l'eau  |    |  Chapitre 2 / 7
Environnement & Technique N°314 Ce dossier a été publié dans la revue Environnement & Technique n°314
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Si les micropolluants sont une problématique plutôt émergente, plusieurs études récentes ont permis d'en savoir un peu plus sur leur présence dans le milieu. Que ce soit en France ou en Europe, ils sont partout.

© goodluz


De nombreuses substances entrent dans la composition des produits d’usage industriel, agricole ou domestique et leur utilisation à grande échelle ainsi que les rejets lors de leur fabrication ou de leur emploi, entraînent leur présence dans les différents milieux aquatiques à des concentrations très faibles. Selon un bilan1 élaboré via une série d'analyses de l'eau et publié par le Commissariat général au développement durable en octobre 2011, ces micropolluants sont principalement des pesticides. Ils ont été détectés dans 91% des échantillons des cours d’eau français, DOM compris, dans 75% des cas pour les plans d’eau et 70% des cas pour les eaux souterraines. Ces chiffres sont toutefois très différents selon les bassins hydrographiques : le Nord de l’Hexagone, le Sud-Ouest, le couloir rhodanien, la Martinique et dans une moindre mesure la Guadeloupe, sont les secteurs les plus touchés.

Les niveaux de concentrations sont de l'ordre du dixième de microgramme par litre (0,1 µg/l). Toutefois 11% des échantillons issus des cours d'eau et moins de 1% des plans d'eau affichent des valeurs supérieures au seuil fixé par la réglementation. Le diuron et l’isoproturon dans les cours d’eau, l’atrazine, la bentazone et le 2,6-dichlorobenzamide dans les eaux souterraines, sont les molécules présentant le plus de dépassements de normes en métropole. Dans les DOM, l’HCH béta (un insecticide isomère du lindane) dans les cours d’eau et les eaux souterraines, et le chlordécone et l’AMPA (métabolite du glyphosate), uniquement dans les eaux souterraines, enregistrent le plus de dépassements de normes.

Les micropolluants, autres que les pesticides, appartiennent à des familles d’origine et d’usage différents. Générés lors de différentes combustions (déchets, charbon, bois, carburant…), les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) sont très largement retrouvés dans les cours d'eau métropolitains, auxquels s'ajoutent dans les sédiments les retardateurs de flamme de type Polybromodiphényl Ethers (PBDE) et les Polychlorobiphényles (PCB). "Les plans d'eau sont, quant à eux, caractérisés par la présence prédominante des dioxines et furanes. Avec des quantifications près de 10 fois inférieures à celles des eaux superficielles, les eaux souterraines se démarquent également par une présence significative de solvants chlorés. (…) Ceux-ci, très volatils, s'évaporent des eaux superficielles alors qu'ils ont tendance à s'accumuler dans les nappes", explique le CGDD.
Par ailleurs, la présence de métaux et métalloïdes dans les cours d'eau et les eaux souterraines est avérée, mais serait avant tout due à une origine naturelle.

Peu de connaissances pour les résidus médicamenteux et les perturbateurs endocriniens

Certains micropolluants comme les résidus médicamenteux ont fait l'objet d'études plus récentes. Un plan national de maîtrise des résidus médicamenteux a en effet été lancé dans le cadre du Plan National Santé Environnement 2 (PNSE2) 2009-2013. Une campagne nationale d'analyse2 sur des ressources utilisées pour la production d'eau destinée à la consommation humaine (eaux brutes) et sur des eaux traitées a été menée de septembre 2009 à juin 2010. 45 substances pharmaceutiques d'origine humaine et vétérinaire ont été analysées par l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) et l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps). Résultat, les molécules les plus fréquemment détectées dans les eaux traitées (hors caféine) sont la carbamazépine (anti-épileptique) et son métabolite actif l’époxycarbamazépine, l’oxazépam (anxiolytique) et l’hydroxyibuprofène (anti-inflammatoire). 90% des échantillons ont présenté une concentration maximale cumulée inférieure à 25 nanogrammes par litre (ng/l), soit ''1.000 à un million de fois inférieures aux doses thérapeutiques'', selon les Agences.

Concernant les eaux brutes, on retrouve les trois mêmes molécules (caféine, carbamazépine et oxazépam). Les concentrations maximales individuelles retrouvées sont de l’ordre de 400 ng/L pour moins de 1 % des échantillons. La majorité des eaux présente une teneur cumulée en résidus médicamenteux inférieure à 25 ng/L.

Les rivières européennes également touchées

Dans l'Union européenne, plus de 100.000 produits chimiques sont inscrits à l’inventaire européen des substances chimiques existantes, dont 30.000 à 70.000 sont d'usage régulier. Des études récentes ont montré que de nombreuses substances dites émergentes, composés jusque-là peu recherchés, étaient émises dans l'environnement dans des quantités supérieures aux estimations couramment admises et y présentaient un caractère persistant. Certaines de ces substances sont ubiquitaires dans les eaux naturelles, non seulement dans les pays industrialisés mais aussi dans des environnements réputés plus protégés.

Une étude3 a été menée en Europe par le Centre de recherche européen (Joint Research Center ou JRC) sur 100 cours d’eau de 27 pays européens. Des centaines d'échantillons ont été analysés en vue de déterminer leur contamination par 35 substances polaires sélectionnées, incluant des substances pharmaceutiques, des pesticides, des composés perfluorés (PFOS, PFOA), des hormones et d’autres perturbateurs endocriniens...

Les substances les plus fréquemment mises en évidence sont le 4-nitrophénol (quantifiable dans 97% des échantillons), l’acide nonylphénoxyacétique (97%), l’acide perfluorooctanoïque PFOA (97%), la caféine (95%), la carbamazépine (95%), le sulfonate de perfluorooctane (SPFO) (94%), le benzotriazole (94%), le 2-4,dinitrophénol (86%), le diclofénac (83%) et le tolytriazole (81%). Les pesticides ont été souvent retrouvés mais dans des gammes de concentration relativement basses, "très probablement parce que l’étude a eu lieu en automne, donc après la période typique d’emploi de ces substances", peut-on lire dans l'étude. La concentration la plus élevée en pesticide a été détectée pour l'isoproturon avec 2 µg/l environ.

Florence Roussel

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