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Les villes, laboratoires de la décentralisation énergétique ?

Smart grid : l'intelligence du local au global Actu-Environnement.com - Publié le 12/03/2012
Smart grid : l'intelligence du local au...  |    |  Chapitre 4 / 9
Environnement & Technique N°313 Ce dossier a été publié dans la revue Environnement & Technique n°313
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Dans les quartiers et les villes, les expérimentations sur les smart grids se multiplient. Les collectivités locales seraient-elles des laboratoires pour ces réseaux intelligents ou tout simplement la juste échelle pour développer les smart systems et opérer une véritable décentralisation de l'énergie ?

© Aktis Architecture


Les expérimentations des smart grids dans les villes ou les quartiers se multiplient à travers le monde. "La diversité des conditions locales en termes de demande, mais également de capacité d’insertion d’énergie renouvelable dans la production, par exemple, transforme les collectivités en un excellent terrain d’expérimentation", indique la CRE, sur son site dédié aux smart grids.
Les villes ont "un véritable rôle d’incubateur des projets éco-innovants, en permettant à l’ensemble des acteurs concernés de se retrouver sur un même territoire afin d’associer leurs technologies et services pour développer des systèmes communs explorant les interactions complexes d’une agglomération pour en tirer la valeur ajoutée", estime également CapGemini consulting, dans une étude sur les systèmes de gestion intelligente de l'énergie. Les municipalités sont propriétaires des réseaux de distribution mais aussi, et de plus en plus, actrices dans la production d'énergies renouvelables. Elles voient également leurs responsabilités et compétences affirmées dans le domaine de l'énergie et de l'environnement. Avec le développement des Plans climat énergie territoriaux, elles sont de plus en plus poussées à analyser leur consommation et leur production énergétiques en vue de les optimiser. Les smart grids, avec les technologies communicantes, peuvent permettre aux municipalités de mieux coordonner la production d'énergie renouvelable, les moyens de stockage et les sites de consommation mais aussi les infrastructures de recharge des véhicules électriques.

Les éco-quartiers, ou la ville idéale de demain ?

Les éco-quartiers apparaissent comme de véritables lieux d'expérimentation des systèmes innovants. Production d'énergie renouvelable, efficacité énergétique, optimisation des transports sont en effet au cœur des objectifs des éco-quartiers. Ces volets sont pensé en amont du projet, dans une dimension globale. Les ressources d'énergies mobilisables sont identifiées, mises en lien avec le choix des équipements performants (éclairage public, feux tricolores, ERP…) et les besoins des habitants, afin de tendre vers l'autosuffisance.
Ces éco-quartiers préfigurent la ville de demain. En 2020, les nouvelles constructions devront être positives, c'est-à-dire qu'elles produiront davantage d'énergie qu'elles n'en consomment. Ces bâtiments Bepos passeront du statut de consommateur à la double casquette consommateur/producteur. Il faudra soit stocker cette énergie produite en supplément pour une utilisation sur site ultérieure, soit l'orienter vers une demande extérieure. Ce dernier cas requiert une planification et une gestion à l'échelle d'un groupe de bâtiments, d'un quartier ou d'une ville. Les smart grids interviendront pour optimiser les flux en reliant les bâtiments et les équipements entre eux.

Smart grids et territoire : une autre logique de réseau

Les smart grids peuvent donc concourir à la mise en place d'une véritable politique territoriale de l'énergie, les villes prenant le rôle d'autorité organisatrice en quelque sorte. On passe d'une approche descendante (top-down) à une approche ascendante (bottom up) de la question énergétique et de l'organisation des réseaux.
A ce propos, dans un appel à proposition de recherche et expérimentation sur les "Bepos, smart grids, territoires et habitants"1, le ministère de l'Ecologie s'interroge : "Les smart grids peuvent être conçus pour être mis au service d’une politique territoriale de l’énergie mobilisant toutes les ressources et tous les vecteurs dans une logique d’optimisation locale de la dépense énergétique de pointe fondée sur des appariements entre des bâtiments et/ou des équipements que leurs écarts de performance ou que leurs cycles fonctionnels d’utilisation permettent de compenser, d’équilibrer ou de mutualiser. Mais dans ce cas, le territoire ne joue-t-il pas « contre » le réseau national, en le détournant de la recherche d’une performance globale ?". Le document cite une expérience menée dans le cadre du programme Premio2 à Lambesc par EDF, Capenergie et la région PACA : "Les anticipations à 24 heures dans le cadre d’une plateforme territoriale « ouverte » mais circonscrite au périmètre de la commune, si elles conduisent à de réelles possibilités de diminution de la pointe de consommation locale et donc à une décongestion du réseau local ne coïncident pas nécessairement avec la pointe carbonée nationale. Il apparaît qu’il est difficile de concilier l’objectif de diminution des pointes de CO2, supra-locales, et de prévention de la congestion du réseau local, entre autres parce qu’elles n'ont pas la même origine".

C'est également cette opposition entre logique territoriale et nationale que souligne Falaki Farinaz, dans son projet de thèse3 réalisée au sein de l'unité de recherche Cités, territoires, environnement et société de l'université de Tours. "Il semble que les smart-grids (…) n'ont actuellement d'intelligence que celle que veut bien leur allouer les acteurs de la distribution et de la production centralisée de l'énergie. Leur logique et leur positionnement dans le marché de l'énergie ne correspond pas forcément à ceux d'acteurs plus locaux (notamment des collectivités territoriales) tentés par la promotion d'une rationalisation à l'échelle territoriale, rationalisation résultant de la maîtrise des dépenses énergétiques du territoire et du déploiement de micro-productions d'énergies renouvelables (et formalisée dans les Plan Climat-Energie)". Cette opposition entre deux logiques, nationale et locale, pourrait induire une divergence ou une opposition des intelligences des smart grids.

Sophie Fabrégat

3 Smart-grids, de l'échelle du quartier à celle de la ville: pour une rationalisation des consommations et des productions locales de l'énergie. Thèse débutée en 2011 , direction : Mindjid Maizia

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