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La gestion de l'eau en ville : une évolution nécessaire

Transition écologique : l'avenir des villes en question Actu-Environnement.com - Publié le 04/11/2013

Les impacts du changement climatique entraîneront probablement des ruptures dans la façon de gérer l'eau en ville en 2050. Tour d'horizon des possibles.

Transition écologique : l'avenir des...  |    |  Chapitre 6 / 8
Environnement & Technique N°330 Ce dossier a été publié dans la revue Environnement & Technique n°330
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Quel sera l'accès à l'eau potable à l'horizon 2050 en France ? Pour tenter de répondre à cette question, les scientifiques, réunis autour du projet Eau&3E, ont élaboré différents scénarios sur l'avenir de ce service dans les villes. L'exercice n'est pas simple. Le modèle que nous connaissons doit dès à présent s'adapter à la baisse des consommations d'eau (alors que la facture est liée au volume d'eau consommé), au besoin de renouvellement des infrastructures ainsi qu'à la réduction nécessaire des pressions sur la ressource. Et la situation risque de ne pas s'améliorer dans le futur. La problématique du droit à l'eau pourrait ainsi prendre une dimension accrue. "La discussion qu'il y aura dans tous les pays développés sera : avons-nous les moyens d'entretenir les infrastructures lourdes et coûteuses que nous avons mises en place dans le passé ?", pointe Bernard Barraqué, coordinateur du projet Eau&3E.

Un des scénarios, parmi les modèles imaginés les plus respectueux de l'environnement, évoque la possibilité d'une rupture avec le principe en vigueur de "l'eau paie l'eau". Avec cette hypothèse, le prix serait progressivement réduit pour l'ensemble de la population grâce notamment au retrait de l'assainissement et la défense incendie de la facture (prise en charge par les industriels et les agriculteurs), la mise en œuvre des péréquations et des mutualisations de moyens entre services (eau, assainissement, chauffage urbain, déchets et l'électricité). La création d'entreprises publiques multi-services accompagnerait ainsi cette évolution.

Sécuriser l'approvisionnement en eau

Autre hypothèse : les conséquences du changement climatique pourraient conduire certaines collectivités, à se rapprocher des territoires voisins pour sécuriser leur approvisionnement en eau. L'étalement urbain et l'imperméabilisation des sols augmentent en effet le risque non seulement d'inondation mais aussi de pénurie d'eau.

Ce regroupement permettrait de réaliser des économies d'échelle, rationaliser leur approvisionnement et mettre en œuvre une solidarité territoriale. Sur l'ensemble du territoire, se développeraient ainsi des syndicats mixtes départementaux "en charge de la planification, du système d'information, de la protection de la ressource, de la gestion d'infrastructures structurantes et à la promotion d'innovations technologiques alternatives au réseau".

Pour faire face au surdimensionnement des réseaux, certains envisageront également de produire de l'eau à un niveau très local, comme celui de l'îlot ou du quartier. " Nous pourrions, par exemple, imaginer maintenir le réseau d'eau publique pour l'eau potable – en réduisant si besoin le diamètre des tuyaux de distribution - et disposer de systèmes locaux de recyclage des eaux grises ou de réutilisation de l'eau de pluie pour les autres usages", illustre Laure Isnard, assistante de recherche pour le projet "Eau&3E".

Un système construit par incrémentations

La technologie membranaire permet en effet un dimensionnement des unités de traitement compatible avec un stockage de l'eau au plus proche des logements. " Nombreux sont ceux qui estiment que le système du futur sera construit par incrémentations, dans des quartiers d'exploitation plus réduits que les territoires desservis par les stations de traitement actuelles, décrit Paul D. Reiter, directeur de l'International Water Association, dans la revue M3 éditée par le Grand Lyon et son pôle prospectif Millénaire 3, des experts de l'université de Darmstadt ont calculé que la taille de quartier optimale se situe entre 20.000 et 70.000 personnes".

Selon lui, la taille réduite permet des stations de traitement très intégrées dans les quartiers, souterraines et éventuellement recouvertes d'un parc. Dans l'idéal certains imaginent également des espaces ou murs écologiques qui recycleraient les eaux usées tout en offrant un habitat pour la faune et la flore.

Faire face à la réduction de la dilution des polluants

Le service assainissement tel que nous le connaissons aujourd'hui sera, dans tous les cas, contraint d'évoluer pour garantir le bon état des masses d'eau 17050" Pour moi, le problème principal sera la baisse des débits des cours d'eau, lié au changement climatique, en particulier durant la période d'étiage, détaille Jean-Pierre Tabuchi, chargé de mission intégration des mutations à la direction Santé Environnement du syndicat interdépartemental pour l'assainissement de l'agglomération Parisienne (Siaap),ces derniers permettent en effet la dilution des polluants rejeté par les stations d'épuration"

S'il la considère comme une rupture technologique et sociétale, pour Jean-Pierre Tabuchi, une des solutions passerait par la collecte sélective des urines. Les logements disposeraient de cuves de stockage et un système de collecte serait ensuite organisé."L'urine déséquilibre le ratio entre l'azote, le carbone et le phosphore optimum pour que les bactéries, qui réalisent l'épuration des eaux usées, éliminent facilement les polluants, explique t-il,

La collecte sélective de l'urine présenterait ainsi l'avantage de maintenir ce ratio et de soustraire une partie du phosphore présent dans les eaux usées. Ce dernier pourrait être ensuite valorisé comme engrais pour l'agriculture. "Nous pourrions également contribuer de cette manière à réduire les résidus médicamenteux rejetés dans les eaux de surface", ajoute Jean-Pierre Tabuchi.

Gérer l'eau de pluie en rafraîchissant la ville

Autre possibilité de mutualisation : gérer l'eau de pluie en rafraîchissant les espaces urbains. Les villes devront en effet lutter contre l'effet "îlots de chaleur" qui réfléchissent une grande partie du rayonnement solaire au lieu de l'absorber. Pendant la canicule de 2003, les différences de température ont ainsi atteint 8°C entre le centre de Paris et certaines zones rurales. Et cette tendance devrait être de plus en plus la norme en 2050. Parmi les solutions envisagées, figurent les plantations d'arbres, les surfaces de hautalbédo mais également les toitures végétalisées. L'eau de pluie en étant stockée sur ces dernières ou dans des chaussées à structure réservoir, pourrait être mise à disposition de la végétation et participer à la réduction de la température dans les villes.

Enfin les conflits d'usage entre l'irrigation, l'industrie, la production d'électricité, les besoins des villes, pourraient conduire à des arbitrages différents comme réserver l'eau au maraîchage périurbain en circuit court plutôt qu'à des cultures très consommatrice par exemple le maïs.

Dorothée Laperche

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