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Greenpeace monte au créneau en vue du premier bilan sur le Plan Climat 2004

Quelques jours avant le premier rendez-vous Climat visant à faire le point sur le Plan Climat 2004, Greenpeace présente un rapport sur les impacts en France du réchauffement climatique s'appuyant sur les climatologues les plus prestigieux.

Gouvernance  |    |  Carine Seghier Actu-Environnement.com
Neuf des dix dernières années (1994- 2004) sont parmi les plus chaudes que le globe ait connu au cours des 145 années d'enregistrements instrumentaux et que l'hémisphère nord ait connu au cours des 1000 dernières années. C'est en ces termes que débute l'étude ''Changements climatiques : quels impacts en France'' commandée par Greenpeace et réalisée par de grands spécialistes du climat et notamment Jean Jouzel* et Hervé Le Treut**.

Présentée jeudi à Paris par l'organisation écologiste et ce, tout juste avant le rendez-vous climat prévu lundi et mardi visant à faire le point et à renforcer le Plan Climat du gouvernement, ce rapport présente l'état des connaissances sur les conséquences du réchauffement global en France en termes de changements climatiques et d'impacts.

Le rapport mentionne qu'au cours du XXe siècle, la température moyenne de la France a augmenté de 0,1°C par décennie et souligne qu'en fin de XXe siècle, le réchauffement en France s'est accéléré à raison de 0,6°C par décennie sur la période 1976-2003.Au cours de la période 1951 à 2000, les observations font déjà états d'étés de plus en plus chauds avec des vagues de chaleur et des sécheresses plus fréquentes, de moins en moins de jour de gel en hiver avec moins de vagues de froid en hiver.

D'après les scénarios envisagés par les climatologues, le moins pessimiste prévoit une hausse des températures d'ici à 2100 de 2 °C à 2,5 °C par rapport à l'année de référence 1990 et le plus pessimiste de 3 °C à 3,5 °C. Dans les deux cas, l'élévation de température sera beaucoup plus marquée en été qu'en hiver.
Conséquences : quel que soit le scénario considéré la France doit s'attendre à subir des vagues de chaleurs estivales plus fréquentes, plus longues et plus intenses, et de fortes précipitations en hiver.

En ce qui concerne l'agriculture, l'adaptation courante des techniques devrait permettre de limiter les impacts tant que ceux-ci resteront dans la gamme des 2 à 3°C. Au-delà, plutôt qu'une rupture dans le rendement des productions, c'est à une accentuation du déplacement géographique des aires qu'il faudrait s'attendre, en accompagnement d'un bouleversement du paysage, précise le texte.

Côté couverture nuageuse, les experts envisagent une diminution des chutes de neige. A 1 500 mètres, on passerait de cinq à quatre mois d'enneigement dans les Alpes du Nord et de trois à deux mois dans les Alpes du Sud et les Pyrénées, ainsi qu'une diminution de 40 à 50% du manteau neigeux, indique le rapport.
Les modifications de la couverture neigeuse devraient également induire des modifications des régimes hydrologiques des rivières de montagne, de la végétation à haute altitude. Les études récentes suggèrent une probable remise en cause de l'existence même des stations d'hiver de moyenne montagne.
L'étude indique également que depuis 1840 environ les glaciers alpins sont globalement en récession et souligne qu'ils ont aujourd'hui régressé à un niveau encore jamais atteint au cours des quatre derniers siècles. Selon les scientifiques et quels que soient les scénarios envisagés - optimiste ou pessimiste – pour le climat futur, ceux dont les sommets sont situés à des altitudes inférieures à 2900 m sont condamnés à disparaître. Pour un réchauffement supérieur à 1°C les glaciers alpins connaîtront des réajustements et des retraits importants. Pour un réchauffement supérieur à 3°C la plupart des glaciers français seront réduits à néant, seuls les plus hauts glaciers du massif du Mont Blanc pourraient résister, au prix d'un fort réajustement de leurs surfaces et de leurs longueurs.

D'ici à 2050, le Nord devrait être moins désavantagé que le Sud pour le fonctionnement et la productivité des forêts. Le rapport indique aussi que les changements climatiques interviendront dans un laps de temps inférieur à 150 ans, c'est-à-dire moins d'une génération pour la plupart des espèces d'arbres présentes en France. Une évolution forte des principales maladies affectant les arbres forestiers en lien avec les changements climatiques est à prévoir, avec une amplification de l'impact des parasites thermophiles favorisés par les stress hydriques, et surtout l'apparition de nouvelles maladies.

En matière de santé, les experts notent le risque d'émergence ou de retour de certaines maladies tropicales mais craignent aussi les effets sur l'organisme du stress thermique. Un réchauffement autour de 2 °C entraînerait une légère augmentation de la mortalité estivale, un réchauffement plus important accentuerait la mortalité de saison chaude au point de la rendre prépondérante sur l'année, précisent-ils.

Pour les ressources en eau, les experts restent prudents dans les projections futures, cette disponibilité étant largement dépendante de l'état du milieu récepteur pour lequel on ne peut formuler que des hypothèses, indiquent ils.
Ils signalent toutefois que les modélisations récentes sur les trois grands bassins français (Rhône, Seine et Adour-Garonne) indiquent une tendance à un affaiblissement des débits d'étiages estivaux à l'horizon 2100 suivant les hypothèses du GIEC. A l'échelle locale et sur des durées courtes (de la journée au mois), les augmentations, mêmes modestes, attendues de la fréquence et l'intensité de certains événements climatiques (précipitations, températures) peuvent voir leurs impacts sur la ressource en eau significativement amplifiés lorsqu'elles sont combinées à des situations locales particulières : crue rapide, inondation, sécheresse, pollution, etc

Toutes ces perspectives devraient pousser le gouvernement à renforcer les mesures visant à réduire les rejets de gaz à effet de serre dans l'atmosphère, responsables du réchauffement. Un premier bilan du plan climat lancé en juillet 2004 pour permettre à la France de respecter le protocole de Kyoto doit être présenté lundi et mardi. Il vise à faire le point et à renforcer le Plan du gouvernement. La participation du Premier ministre et de trois de ses ministres (Industrie, Transports et Ecologie) est d'ailleurs officiellement confirmée.

Mais pour le Réseau Action Climat-France (RAC-F) le bilan d'application du Plan Climat est bien maigre. En se contentant de mesurettes ,au lieu d'impulser les changements structurels nécessaires, le plan d'action gouvernemental n'a toujours ni cohérence, ni ambition. La France risque de ne même pas tenir son engagement au titre du protocole de Kyoto, indique le RAC dans un communiqué d'autant que les budgets du Ministère de l'Ecologie et du Développement Durable, de l'ADEME et des subventions destinées aux associations de protection de l'environnement ont été revus à la baisse. Les crédits de l'ADEME, amputés de 20% cette année, seront réduits d'autant en 2006, alors que cette agence est la cheville ouvrière du Plan Climat, déplore le Réseau.

Toutefois, on peut se réjouir que dans le domaine des logements, l'un des secteurs qui émet le plus de GES, les crédits d'impôt ont bien été renforcés pour les travaux d'isolation, les chaudières basses consommations et l'utilisation d'énergies renouvelables. Accueillies favorablement par les associations membres du RAC, ces mesures sont toutefois jugées insuffisantes pour permettre de rattraper le retard français en matière d'écohabitat. La transcription tardive et à minima des directives européennes est le signe d'une frilosité du gouvernement sur la question de la rénovation du bâti ancien et du développement des énergies renouvelables. Même si on perçoit un frémissement dans le développement de l'éolien, cette filière peine à décoller du fait des blocages politiques et administratifs persistants. Pour ce qui est du photovoltaïque ou du biogaz agricole, tant que le gouvernement refusera de mettre en place un système de tarif d'achat ambitieux, leurs marchés demeureront inexistants ,analyse Laetitia De Marez, chargée de campagne climat pour Greenpeace.

En ce qui concerne les transports, un bonus-malus sur les voitures neuves en fonction du degré de pollution avait été annoncé mais il a finalement été remplacé en septembre par un malus sur les voitures haut de gamme, qui représentent seulement 8% des immatriculations neuves. Cette mesure aura un bénéfice environnemental très réduit (surcoût peu dissuasif à l'achat donc CO2 évité insignifiant). Les offres alternatives comme les transports en commun, le ferroutage, les voies d'eau ou l'intermodalité, manquent toujours de soutiens. Au lieu de s'attaquer frontalement à l'augmentation du trafic voitures et poids lourds en instaurant une politique courageuse (fiscalité, réglementations, urbanisme),le gouvernement parie sur d'hypothétiques réductions spontanées des émissions de CO2 des véhicules, déplore Olivier Louchard, coordinateur du RAC.

Greenpeace a, pour sa part, lancé une campagne de sensibilisation (www.impactsclimatiquesenfrance.fr) en parallèle à la sortie de ce rapport. L'objectif consiste à mobiliser les citoyens pour pousser les décideurs à prendre des mesures dès aujourd'hui, prévenir et limiter l'ampleur du réchauffement climatique.


* Jean Jouzel est directeur de recherches au CEA, et directeur de l'Institut Pierre Simon Laplace de l'Environnement Global (IPSL)
** Hervé Le Treut est directeur du Laboratoire de Météorologie Dynamique
LMD) de l'PSL. L'un et l'autre sont impliqués dans la rédaction du 4ème rapport du GIEC à paraître en 2007.

Réactions1 réaction à cet article

 
quelle energie pour demain

je viens de lire avec un grand intérêt cet article, cependant j'aimerai avoir des precisions sur le carburant à base d'huile qui est en vente actuellement en Allemagne pour un prix au littre très interessant. Ce que je ne comprends pas dans cette affaire, c'est l'attitude des responsables Français qui prétendent qu'un carburant issu de l'agriculture reviendrait trop cher et donc que cette alternative ne serait pas une solution. Il serait interessant de leur poser la question: que ferons nous dans 50 ans quand il n'y aura plus de pétrole?
La pile à combustible?
voitures electriques?
Et pourqoi ne pas développer ce carburant à base d'huile? Ce serait bon aussi pour nos agriculteurs, pour l'emploi et pour notre facture énergétique?

BOKAY
 
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