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“ L'intégration urbaine et architecturale des projets solaires suppose une organisation sociale plus coopérative et solidaire ”

Dans le cadre du colloque ''Energie solaire et Bâtiment'' organisé par l'Ademe et Enerplan* en octobre dernier à Paris, Alain MAUGARD, président du Centre scientifique et technique du Bâtiment, CSTB, a proposé six pistes pour favoriser le développement économique des solutions solaires en France.

Interview  |  Energie  |    |  Françoise AscherActu-Environnement.com
   
“ L'intégration urbaine et architecturale des projets solaires suppose une organisation sociale plus coopérative et solidaire ”

   
''Le solaire ne doit pas s'isoler ! Si la question de son intégration dans l'architecture et l'urbanisme est à poser de façon globale, c'est-à-dire au-delà du simple placage d'une installation sur les bâtiments, je ne pense pas que ce soit la voie royale pour son développement ! Le solaire doit travailler avec les autres énergies renouvelables dans la mouvance consistant à dépenser et à consommer peu d'énergie, à la fois sous forme d'électricité et de chaleur dans les bâtiments. À ce stade, il convient de s'interroger sur la possibilité de parvenir à un changement qui serait guidé par de nouveaux paradigmes d'exigence dans les performances des bâtiments et du tissu urbain. Je crois que ces modèles existent mais qu'ils posent la question des acteurs professionnels en mesure de conduire ce changement et à un coût économique raisonnable.

D'un point de vue économique, je voudrais revenir sur l'aspect du foncier. En effet, certains plans d'urbanisme ne raisonnent plus en densité ou cœfficient d'occupation des sols (COS) mais en volume des constructions. Et pour financer le surcoût global lié à la volonté de concevoir les bâtiments et la ville autrement, ce nouveau mode de raisonnement fait appel à d'autres mécanismes économiques et donc, à de nouvelles solutions à envisager ! Rappelons qu'à l'heure actuelle, en France comme ailleurs, le foncier occupe la moitié de la valeur des espaces construits, donc 50 % du coût d'achat d'un logement existant, si ce n'est les deux tiers voire les trois-quarts dans les grandes villes. Donc, dans la démarche de solvabilisation des ménages engagée depuis près de 5 ans par le biais de la baisse des taux d'intérêt, la totalité du surplus investi dans les bâtiments existants, est revenue au foncier. Puisque le bâtiment n'a pas changé et que les prix ont augmenté, c'est bien le coût du foncier qui s'est accru. Autrement dit, rien n'a permis de faire progresser la problématique de l'effet de serre et de la consommation énergétique. D'une manière générale et dès lors qu'il s'agit d'intégration des énergies renouvelables et d'efficacité énergétique, la première des mesures consiste à trouver un mécanisme déviant une partie des hausses inévitables au profit de la valeur d'usage des bâtiments et de leur performance énergétique au sens du développement durable ! Quant aux plans d'urbanisme encore soumis à la densité, rien n'empêche d'instaurer des COS différentiels entre les bâtiments performants et ceux qui ne le sont pas ! Une partie du logement social n'est-elle pas financée par des subventions sur les charges foncières ! Pourquoi ne pas pratiquer de même pour les bâtiments performants ? Cette question économique du foncier s'avère primordiale. Paradoxalement, elle représente le trésor de guerre pour les professionnels du bâtiment !

S'agissant de l'aspect architectural, la préconisation du solaire photovoltaïque ou thermique au niveau de la commande, risque de réduire ce choix à une simple question d'esthétique. S'il n'est pas inintéressant de lancer une mode des matériaux ou des couleurs de l'architecture solaire, cette approche purement subjective ne constitue qu'une partie du problème. L'architecture n'a de sens que si elle correspond à un enjeu de société. Ainsi, des bâtiments très efficients au regard du développement durable et répondant à un problème de société, sont par définition réussis d'un point de vue architectural ! Dans ce contexte, les missions assignées aux architectes des bâtiments de France (ABF) pour la protection des paysages, y compris ceux qui revêtent un intérêt moyen ou décalé dans l'urbanisme et l'habitat par rapport aux préoccupations de la société, sont-elles toujours appropriées ? Ne vaut-il pas mieux se demander à quel endroit faire attention et où se permettre des nouveautés ? Produire de l'énergie sur place au sens du projet de société, voilà une vraie question à poser !

Comment s'y prendre ? Techniquement, la solution des ENR représente l'intérêt général dans le bâtiment et l'urbanisme. En terme économique, nous disposons des moyens nécessaires à condition de nous organiser autrement. D'autant que les progrès de la R&D contribuent à réduire le coût des systèmes. En fait, la difficulté se situe au niveau de l'apprentissage de toute une filière. Au mieux, il faut compter de 15 à 20 ans dans notre domaine du BTP, soit un cœfficient de durée quasiment multiplié entre 5 et 10 par rapport à d'autres secteurs ! La raison ? Un nombre important d'acteurs, de centres de décision, et de compétences à changer tant chez les architectes et les ingénieurs qu'au sein des entreprises. Nous avons également besoin de composants complets, en particulier pour la façade et en toiture. Quant aux pouvoirs publics, ils prônent la division par 4 des émissions de gaz à effets de serre et des pourcentages d'énergie renouvelable à utiliser. Mais la vraie question ne concerne-t-elle pas avant tout la manière d'y parvenir ? Pourquoi ne pas définir un compte à rebours à l'horizon 2015 par exemple, avec les mesures à prendre et les valeurs d'énergie à respecter ? Pourquoi ne pas se demander comment surpayer le photovoltaïque aujourd'hui, le temps que la filière se mette en place ? En outre, il nous faut un programme cohérent avec des étapes permettant aux acteurs du bâtiment de s'approprier les techniques et leurs mises en œuvre.

En matière de R&D, un bon dosage des appels d'offres s'avère nécessaire pour sélectionner les acteurs et obtenir le meilleur rendement. De la même façon que je plaide pour un programme coordonné d'apprentissage et de formation de la filière, nous avons besoin d'un programme cohérent de R&D inscrit dans le moyen et long terme, avec des acteurs qui ont l'habitude de travailler ensemble. Dans notre secteur, la difficulté tient au fait que le bâtiment forme un assemblage et qu'il n'y a pas d'assembleur du tout, à l'instar des domaines de l'automobile ou de l'aviation ! Comme le maître d'ouvrage, nous sommes tous occasionnels sur une opération. Une réflexion en plusieurs étapes s'impose sur la manière d'assembler les composants d'aujourd'hui, mais également les produits ou systèmes réalisables dans dix ans, voire les futurs composants susceptibles d'arriver sur le marché dans 25 à 30 ans et permettant des assemblages plus ambitieux. Je suis partisan d'organiser la R&D de façon plus autoritaire, avec un peu moins d'appels d'offres de hasard et un peu plus d'équipes projet.

L'intégration urbaine et architecturale suppose ou impose aussi une intégration dans les modes de vie de l'usager ou du citoyen. Quelles que soient les inventions des sciences dures, les occupants ont des comportements d'usage ou leurs propres modes de vie. En clair, le bâtiment doit être au service des hommes et non l'inverse ! Par rapport à l'enjeu des énergies renouvelables, il faut donc travailler également sur cette responsabilisation citoyenne des individus qui vont gérer les bâtiments. Cela suppose qu'eux-mêmes partagent le projet consistant à produire de l'énergie et à jouer le plus intelligemment possible des systèmes. Donc, que les usagers ne soient plus considérés comme des consommateurs passifs, dépendants de l'énergie fournie par les distributeurs dans les meilleures conditions. Et s'il était possible de s'approcher de bâtiments autonomes ? Et si les individus dans les bâtiments coopéraient pour produire ensemble ? Les rôles seraient inversés. Politiquement, il ne s'agit plus de la même société ! En fait, si le monde du bâtiment ou de l'urbain pose cette question, c'est parce que la construction est au cœur de l'organisation sociale. C'est de cela dont nous ne cessons de parler ! En somme, la problématique technique d'intégration du solaire dans le bâtiment, repose sur une approche économique et sur une organisation sociale dans laquelle nous serions tous coopératifs et donc plus solidaires.''


*Association Professionnelle de l'Energie Solaire représentant l'ensemble de l'offre industrielle, technique et commerciale solaire en France (industriels, distributeurs, ingénierie, installateurs…), ainsi que les opérateurs énergétiques (EDF, Gaz de France, Primagaz).

Réactions6 réactions à cet article

 
Solidarité sociale et interêt économique

J'ai lu votre article avec bonheur, mais malheureusement les interêts économiques du monde professionnel ne sont pas en adéquation avec la solidarité sociale "solaire et Enr".
Bien souvent, chaque intervenant (maitre d'ouvrage, architecte, bureau d'études, installateur, fabricant, fournisseur d'énergie...) se félicite d'être innovant et précurseur dans le domaine.
Au-dela même de l'aspect économique, l'évocation de la solidarité sociale "Enr" est placée au rang "d'extra-terrestre" car la vanité personnelle prédomine.
Cette remarque semblera injuste pour certain mais explique peut-être les manques de cohésion et coordination professionnelles...
Quoiqu'il en soit le Solaire et les Enr avancent dans le bâtiment et c'est tant mieux !!!

Olivier | 08 décembre 2005 à 12h47
 
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sur cos

M. Maugard ne parle pas de la Loi d'orientation sur l'énergie de juillet 2005 qui aborde la notion de prime au COS en cas de performance énergétique. Le problème est aujourd'hui l'attente d'un décret d'application et on peut se demander face aux incantations de M. Maugard quand paraîtra ce décret à moins que le CSTB ne participe pas à la réflexion sur ce décret ?

outrequin | 08 décembre 2005 à 21h28
 
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Vice le solaire

C'est bien il faut de la coordination entre les acteur. C'est par le partage des compétences et des points de vues que l'INOVATION la vrai existe... Sinon ce ne sont que des inventions qui ont du mal à se développer et à répondre aux besoins du plus grand nombre....

benjam1 | 17 décembre 2005 à 23h14
 
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Re:Vice le solaire

C'est une évidence!

Kidsinhalf | 17 décembre 2005 à 23h15
 
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Re:Solidarité sociale et interêt économique

Eh bien si le solaire n'est pas encore assez coopératif et solidaire, rendons-le coopératif et solidaire.
Une coopérative Sisc Enerplan, viens de lancer un projet ambitieux.
Je pense qu'il existe une réelle adéquation et même une demande des clients et adopteurs de technologies solaires pour que cela soit partagé et profite au plus grand nombre...

Par ailleurs le solaire dispose d'un grand potentiel de développement dans notre pays. Et nous sommes sur une bonne dynamique 2005 !

Alors souhaitons que 2006 sera solaire et coopératif !!!

meilleurs à tous et à actu-environnement

benjam1 | 05 janvier 2006 à 20h30
 
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Re:Solidarité sociale et interêt économique

Bien d'accord !
En quoi consiste le projet Sisc Enerplan ?
Comment puis-je en savoir plus ?

denis | 08 février 2006 à 12h18
 
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