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L'adoption du projet Reach pourrait contribuer à réduire la pollution intérieure des bâtiments

Problématique délaissée depuis de nombreuses années, la qualité de l'air intérieur a du mal à trouver sa place entre santé publique et environnement. Le vote du projet de règlement REACH pourrait avoir des effets bénéfiques.

Risques  |    |  Florence RousselActu-Environnement.com
Alors que de nombreux indicateurs de l'air extérieur sont mesurés en continu dans toutes les grandes agglomérations et que l'on atteint aujourd'hui un important degré de connaissance sur les niveaux de pollution en extérieur et leurs impacts sur la santé, l'étude de la qualité de l'air intérieur semble moins avancée. Les études se multiplient et les constats sont de plus en plus alarmants. Les médecins constatent une recrudescence des allergies et de l'asthme en particulier chez les enfants mais ne peuvent pas ou ne pensent pas à faire le lien avec la qualité de l'air intérieur. Les professionnels du bâtiment concentrent leurs efforts sur l'efficacité énergétique et l'isolation des bâtiments ce qui, conjugué au comportement des habitants, accentue l'effet de confinement et ne favorise pas le renouvellement d'air. Les industries chimiques n'ont que très peu d'obligation d'information concernant la composition des produits utilisés dans les bâtiments lors de leur construction ou de leur entretien même si le projet Reach est censé faire évoluer les choses dans les années à venir. Cette prise de conscience tardive vient du fait que la pollution intérieure est très difficile à appréhender et qu'elle concerne une multitude d'acteurs.
Elle est caractérisée par des concentrations en polluant plus élevées qu'à l'extérieur et par une très grande diversité de substances. Cette multitude de polluant et surtout leurs interactions rend plus difficile l'évaluation des relations de cause à effet sur le plan sanitaire. Tous les lieux de vie clos ou semi-clos sont concernés par la pollution intérieure et les sources de pollution sont à la fois extérieures mais aussi et surtout intérieures à travers les équipements (meubles, radiateurs, chaudières, etc) mais aussi le comportement des occupants (tabagisme, présence d'animaux domestiques, produits ménagers, etc). Sachant que l'on passe en moyenne 22 heures sur 24 dans ces espaces clos que ce soit les logements, les lieux de travail ou les écoles, la qualité de l'air intérieur et ses conséquences constituent un véritable enjeu de santé public.

Face un manque de connaissance et afin de regrouper un maximum d'acteurs autour de ce thème, la France s'est dotée en 2001 d'un Observatoire de la Qualité de l'Air Intérieure (OQAI). Il a été créé et financé par les ministères en charge du logement, de la santé et de l'environnement, l'ADEME (Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie) et l'AFSSE (Agence Française de Sécurité Sanitaire et Environnementale) dans le cadre d'un programme national de recherche sur la santé dans les bâtiments. L'observatoire a pour mission de mieux connaître la pollution intérieure, ses origines et ses dangers, notamment grâce à des campagnes de mesures et d'apporter des solutions adaptées à sa prévention et à son contrôle : sensibilisation des professionnels, information du grand public, évolution de la réglementation, etc. Cet observatoire doit apporter des éclairages sur les orientations à prendre en matière de réglementation : matériaux, équipements, maintenance et pratiques constructives, ainsi que sur l'étiquetage des produits de consommation courante. Mais la problématique de la qualité de l'air n'a été réellement prise en compte que récemment, en 2004, avec la publication du Plan National Santé Environnement (PNSE) dont l'un des trois objectifs majeurs est de « mieux connaître les déterminants de la qualité de l'air intérieur ».

C'est pourquoi l'OQAI a mené plusieurs études et notamment une campagne nationale de mesure dans les logements qui se terminera à la fin de l'année 2005. L'air intérieur de 600 logements tirés au sort mais représentatifs du parc de résidences principales françaises a été analysé au regard d'une trentaine de polluants (radon, monoxyde de carbone, composés organiques volatiles, allergènes,etc). Le regroupement et la validation des données sont en cours et les premiers éléments d'analyse sont prévus pour le printemps 2006.

Après les logements, l'OQAI souhaite étudier les lieux fréquentés par les enfants : écoles, crèches, piscines, centres de loisirs, etc. Des études réalisées en amont dans le cadre de l'étude ISAAC II* dans l'ensemble des établissements scolaires de la ville de Strasbourg laissent présager des résultats alarmants. Fin 2004, la ville de Strasbourg a souhaité disposer d'une image représentative des niveaux de formaldéhyde rencontré dans tous les lieux d'accueil de la petite enfance puisque ce composé organique volatile a été reclassé en juin 2004 comme cancérogène pour l'homme (groupe 1). La concentration moyenne de ce polluant mesurée sur l'ensemble des sites suivis était de 23 µg/m3 sur 48 heures sachant que la valeur guide de l'OMS pour ce polluant est de 100 µg/m3 établis sur 30 minutes. Outre la confirmation de l'existence d'une pollution intérieure dans les écoles, cette étude a démontré l'importance d'une ventilation efficace. Sur un site présentant des niveaux de formaldéhyde d'environ 30 µg/m3 (établis sur 30 min) au départ, avec un taux de renouvellement d'air de seulement deux volumes par heure, les concentrations atteignaient les 100 µg/m3 après quelques heures. L'aération par l'ouverture des fenêtres régulièrement permettrait de maintenir une concentration stable. Mais la qualité de l'air intérieur dans les écoles est une problématique bien particulière. Les composés détectés ne sont pas différents de ceux retrouvés dans d'autres milieux mais les concentration peuvent y être plus élevées du fait, par exemple, de l'utilisation de fourniture scolaire (colles, feutres, peintures) et de produits d'entretien. Paradoxalement, les dispositifs de ventilation sont soit inadaptés, soit mal entretenus, soit inexistants pour des raisons de sécurité ou d'économie d'énergie. Afin d'en savoir plus, l'OQAI a donc engagé à la rentrée 2005 un programme d'action sur les lieux de vie fréquentés par les enfants qui a pour but dans un premier temps d'évaluer les analyses qu'il va falloir mener sur le même principe que la campagne logement. Les bureaux et les parkings souterrains devraient également faire l'objet d'études prochainement.

Mais il reste encore de nombreuses pistes à approfondir comme les transports ou les espaces publics et au delà de la nature des polluants il conviendra d'en établir les effets sur la santé. Confrontés à des plaintes de plus en plus récurrentes surtout chez l'enfant (allergies, asthme, bronchite chronique, maux de tête), certains médecins travaillent sur cette problématique et de nouvelles disciplines apparaissent comme les « conseillers médicaux en environnement intérieur » (CMEI). Créé en 1991, leur métier était principalement tourné vers les problèmes d'allergies mais ils travaillent désormais sur tout type de symptôme. Les CMEI interviennent sur demande des médecins pour les polluants biologiques et chimiques. Ils réalise un audit de la qualité de l'air intérieur à l'aide d'un questionnaire standardisé et mesurent les polluants incriminés lors du diagnostic médical. En fonction des résultats, le CMEI propose des mesures d'éviction personnalisées. Ces recommandations permettent au patient de modifier son environnement en choisissant des matériaux adaptés ou de modifier ses habitudes de vie. Ces CMEI ne sont pas nombreux (42 pour toute la France) et sont parfois confrontés à un monde médical très fermé et peu informé sur les problèmes de la qualité de l'air intérieur.
Sur cette problématique médicale, la Belgique a été plus loin en créant un Service d'Analyse des Milieux intérieurs (SAMI). À la demande d'un médecin, le SAMI conseille gratuitement ou lorsque cela s'avère nécessaire, se rend à domicile et analyse l'habitation pièces par pièces, prend des photos et rédige un rapport au médecin. Après quelques semaines, le SAMI reprend contact avec le patient et son médecin pour faire le point. Depuis sa création, ce service a visité environ 500 habitations et a pu constater que dans 60% des cas, les problèmes d'humidité, de moisissures voire d'acariens étaient la cause d'une détérioration de l'habitat et de l'état de santé des résidants. En fréquence, viennent ensuite les problèmes liés à la présence de composés chimiques tels que les solvants et le formaldéhyde, puis le monoxyde de carbone, les composés azotés, les fibres minérales d'isolation et l'amiante. Les pathologies les plus fréquemment rencontrées sont de type respiratoire soit non asthmatique, soit de type allergique et concernent aussi bien les vois respiratoires que supérieures. Des migraines, des vertiges, de la fatigue sont également rapportés.
Lorsque les conseils du SAMI sont appliqués, on peut constater une disparition des plaintes ou une amélioration nette de l'état de santé dans plus de 80% des cas. Malheureusement, dans 25% des cas, les conseils ne sont pas suivis. Pourtant le comportement des habitants peut jouer un rôle majeur tant dans le déclenchement des problèmes que dans leur résolution.

Bien sûr ce n'est qu'une partie des pistes d'améliorations possibles. Outre l'amélioration du comportement des occupants, limiter l'introduction de substance dans notre habitat à travers le mobilier ou les produits ménagers est une piste majeure. À la différence du monde du travail où il existe des seuils d'exposition, aucune réglementation ne protège les habitants de la pollution de l'air intérieur. Le projet de règlement européen REACH qui vient d'être voté par le Parlement européen constitue peut-être une avancée dans le sens où il impose aux Etats membres de l'UE des contrôles plus stricts sur les produits chimiques les plus toxiques pour la santé et l'environnement. Sachant que de nombreux produits chimiques sont présents dans des produits de consommations courantes utilisés à l'intérieur des habitations (cosmétiques, désodorisants, bois agglomérés, colles, moquette, etc) on peut espérer une meilleure connaissance de l'effet de ces produits ce qui pourrait aboutir à une limitation de leur utilisation voire à leur interdiction.

En attendant de réelles évolutions, deux solutions simples existent : aérer le plus souvent possible et limiter les sources de pollution.

Réactions3 réactions à cet article

 
Pollutions

Les gouvernants créent des organismes pour mettre en garde les gens sur les pollutions, intérieurs, extérieurs,etc.
Il me semble qu'il serait plus judicieux de créer des lieux de réflexion pour éviter de polluer et surtout de donner des budgets à ceux qui surveillent les pollueurs. L'évolution du budget de l'ADEME (sauf erreur -25% pour 2006) et la multiplication de ses domaines d'intervention montre que d'ici peu cet organisme perdra toute efficacité.
N'oublions pas qu'expliquer aux gens les risques qu'ils encourent est une noble démarche mais qu'il est préférable de leur donner les moyens de s'en prémunir.

ressic | 13 décembre 2005 à 20h13
 
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Re:Pollutions

Je ne suis pas vraiment d'accord! Sur le fond, c'est clair qu'il faut développer les produits de consommation "écologiques". Mais ici, l'on parle de pollution intérieure! et pour ce qui est de nos logements personnels, le choix d'être pollué ou non nous revient! C'est clair que bcp de choses devraient être développées : information largement diffusées sur les risques et les sources de pollution intérieure, et développement de l'offre de marché sur ces produits.. mais nous vivons dans un monde gouverné par l'économie de marché dans lequel c'est la demande qui créé l'offre! alors a nous d'acheter des produits "écologiques" : l'offre commence à se développer pour les produits d'entretien notamment.. la, c'est nous qui pouvons faire bouger les choses, et pour une fois, profiter d'au moins un avantage de l'économie de marché!!

greendays | 15 décembre 2005 à 13h48
 
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et la transparence

Le marché fonctionne quand il y a transparence et surtout information équivalent de la part du vendeur et de l'acheteur.

Aujourd'hui, le moins que l'on puisse dire, c'est que le niveau d'information des acheteurs est limité. Et par contre, celui des vendeurs est élevé.

On pourrait revenir au problème de l'amiante dont les effets dangereux sur la santé sont connus depuis très longtemps. L'information était restée dans les laboratoires de recherche et les armoires des industriels !
Pour la laine de verre, on peut se demander s'il n'y a pas là aussi une forte asymétrie de l'information.

Sur ces deux sujets, les problèmes sont bien connus. Il existe de nombreux autres domaines (vernis et peintures, plastiques divers ...) où la connaissance scientifique est imparfaite. Le principe de précaution doit-il s'appliquer ? Comment fonctionnerait alors les lobby économiques ? Il n'y a pas de réponse toutes faites à ces questions. Le moins que l'on puisse faire est d'informer et de débattre. Cela, ce n'est pas le marché qui l'organisera. Mais le marché voit à court terme ; ce débat est utile pour tous, même pour le marché sur le long terme.

Jean | 14 décembre 2006 à 15h02
 
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