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Actu-Environnement

“Quand nous dépolluons les sols, nous sommes en plein dans le développement durable !”

Pour Actu-environnement.com, Bernard Pijolat, Directeur général de Sita Remediation France, filiale dépollution des sols et nappe phréatique de Teris (Groupe Suez) spécialisée dans le traitement des déchets industriels dangereux, met l'accent sur la contribution de son métier au développement durable.

Interview  |  Aménagement  |    |  Françoise Ascher Actu-Environnement.com
   
“Quand nous dépolluons les sols, nous sommes en plein dans le développement durable !”

   
AE : Quel est l'enjeu de vos activités en matière de dépollution des sols ?
BP :
Nos interventions consistent à arrêter le risque représenté pour l'homme et l'environnement par les produits et substances dans la dernière étape de leur vie. Elles permettent de reconstituer les ressources, qu'elles soient en énergie, en produits recyclables, en matière réutilisables ou en sol rendu à son usage. Pour nous, il s'agit de proposer des techniques adaptées aux bons objectifs à atteindre et de respecter les engagements dans un temps donné et sans surcoûts. Quand nous traitons les déchets ou dépolluons les sols, nous sommes en plein dans le développement durable. Quand nous traitons une nappe phréatique, nous préservons la ressource en eau. De la même façon, quand nous requalifions des friches, nous redonnons un usage à des terrains et de la valeur à une fonction, même s'il s'agit d'une activité industrielle. En cela, il y a une vraie valeur de notre métier en termes environnemental, économique et social.

AE : Quels sont les types de polluants rencontrés ?
BP :
Les substances accumulées dans un sol pollué proviennent de l'activité industrielle passée, essentiellement chimique et pétrochimique, mais aussi mécanique avec le dégraissage des pièces, voire simplement d'une fuite dans une cuve à fioul ou une chaufferie d'usine
Pour des problèmes de coût, on ne peut pas rechercher systématiquement toutes les substances polluantes possibles. Dans 60 % des cas, il s'agit de composés organiques de types hydrocarbures, solvants chlorés, hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), phénols et pesticides. Quant aux métaux lourds, ils représentent 40 % des sites pollués. Ces pollutions parfois mixtes, se trouvent absorbées sur les particules du sol, en phase vapeur dans les pores du sol, sous forme liquide ou dissoutes dans les interstices, ou dans la nappe phréatique. Dans les terrains de nature éruptive ou qui entrent dans la constitution des matériaux de construction, on peut aussi identifier des pollutions radioactives liées au radon et susceptibles de s'accumuler dans les bâtiments. Mais hormis dans des décharges anciennes, cet aspect “radioactivité” s'avère rare dans le contexte des villes ou des régions au terrain sédimentaire.

AE : Quelle est la méthodologie mise en œuvre ?
BP :
Pour mettre en évidence les polluants, on procède à un audit consistant à reconstituer l'historique du site, à effectuer des sondages et des échantillons de sols, d'eau et de gaz du sol, qui, une fois analysés dans un laboratoire spécialisé, vont permettre de caractériser le site en terme de pollution. Notons que les mesures de gaz qui concernent surtout les composés organiques, sont toujours doublées par des analyses de sol. Ensuite, la démarche se déroule en deux étapes définies à travers trois circulaires spécifiques à cette problématique du traitement et réhabilitation des sols (03-12-1993, 03-04-1996, 10-12-1999), et qui complètent les lois références du 15 juillet 75 et du 19 juillet 1976 relatives à l'élimination des déchets, puis aux installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE). La première étape concerne l'évaluation simplifiée des risques (ESR) moyennant un classement du site selon trois catégories banalisable, à surveiller, ou à dépolluer. La seconde étape appelée évaluation détaillée des risques (EDR), permet de quantifier le risque de pollution sur le site et donc, de déterminer le niveau de dépollution à mettre en œuvre pour revenir à un seuil acceptable vis-à-vis de la santé humaine et de l'environnement. Elle permet aussi d'arrêter les objectifs applicables pour les travaux de réhabilitation. Un guide de gestion des sites pollués édité par le BRGM résume cette méthodologie d'approche spécifique à la France, qui permet de calculer le risque site par site, en fonction de l'usage et de la réutilisation des lieux.

AE : Vous parliez de risque acceptable pour la santé humaine et l'environnement. En pratique, comment cela se traduit-il ?
BP :
La notion de risque et de calcul des objectifs de dépollution se mesure à partir de trois facteurs : une source de pollution, un vecteur et une cible. Cette approche s'appuie sur l'impact à long terme du polluant sur la santé humaine, l'écosystème et les ressources en eau, voire sur les biens matériels (fondations des bâtiments, qualité des matériaux, etc) et permet de déterminer les seuils de dépollution. En présence de substances volatiles, on utilise des modèles de transferts dits hydrodynamiques, pour calculer le déplacement des gaz du sol vers les cibles et leur accumulation potentielle. Il en va de même d'une pollution par le biais de la nappe phréatique vers une cible qui serait un captage. Autrement dit, pour définir la meilleure méthode de dépollution et les objectifs à atteindre, il faut avoir la capacité de bien modéliser le mécanisme de transfert des polluants. C'est pourquoi nous tenons à garder une vision globale du processus, depuis l'audit jusqu'à l'exécution des travaux, en passant par le calcul des seuils et la maîtrise de la partie conception.

AE : Justement, quelle est la palette des solutions d'intervention ?
BP :
Nous disposons de trois familles de traitements : les procédés “in situ” réalisés dans le sol en état, les techniques “on site” ou traitement sur place des sols excavés, et les solutions “hors site” après évacuation des sols dans un centre de traitement. Par exemple, un traitement biologique “on site” met en œuvre un biotertre en jouant sur l'oxygénation des polluants ou sur l'injection de composants azotés ou de phosphore, afin de rééquilibrer le milieu en place et de permettre aux bactéries à l'état endémique de se développer pour dégrader les polluants. Les fractions fines étant souvent les plus polluées, on peut aussi laver les sols via des unités mobiles, de façon à séparer les fractions grossières et ne garder qu'un résidu à évacuer. La désorption thermique ou élévation de la température du sol fait appel à des fours mobiles pour extraire les gaz qui seront ensuite lavés. On peut extraire les fractions polluées sous forme libre ou dissoute dans la nappe phréatique par la mise en œuvre de piézomètres et d'un pompage. On sait aussi travailler dans des conditions anaérobies (sans apport d'oxygène), pour dégrader d'autres types de polluants comme le pyralène. On peut encore alterner les phases aérobies et anaérobies. Ou bien confiner des sols sur place dans une zone étanche à l'aide d'une membrane pour réduire les nuisances.

AE : Quel est votre défi aujourd'hui ?
BP :
Je voudrais mettre l'accent sur l'aspect innovation et l'utilisation des techniques innovantes. Par sa présence en Allemagne, en Belgique, en Hollande et en France, Sita Remediation apporte une compétence unique en Europe dans ce domaine du traitement des sites pollués. Pour rester en permanence à la pointe de la technique, nous envoyons nos équipes d'ingénieurs suivre des séminaires aux USA ou ailleurs. Outre nos huit agences françaises, nous disposons en interne, d'un centre de formation, d'une gestion centralisée du matériel et d'un laboratoire. Nos spécialistes, docteurs en microbiologie et chimie, travaillent sur des solutions nouvelles, et notamment sur tous les procédés d'injections d'oxydants in situ. Que recherche-t-on ? Des solutions qui permettent d'améliorer encore l'efficacité de nos traitements, notamment au niveau des polluants difficiles à biodégrader ou à localiser. Je pense aux solvants chlorés plus denses que l'eau, et qui vont descendre dans la nappe phréatique, migrer au gré des diverses perméabilités des terrains et générer un risque de pollutions secondaires. Dans ce cadre, les procédés d'oxydation permettent d'accélérer le traitement des sources. On parle aussi d'atténuation naturelle activée qui requiert un réel savoir-faire. En présence de grandes surfaces et de pollutions diffuses, ce processus contribue à mettre en place les conditions favorables à une biodégradation dans des panaches plus larges. Enfin, on assiste au développement des techniques de phyto-remédiation. C'est-à-dire aux traitements par des plantes capables de concentrer des polluants au niveau de leurs racines, notamment les métaux.


Certifié ISO 9001 et ISO 14001, TERIS, filiale de SITA (pôle propreté de SUEZ) et premier groupe français dans le secteur du traitement des déchets spéciaux, s'appuie sur le réseau composé de ses quatre filières pour couvrir la totalité des besoins dans ce domaine. À savoir : LABO-SERVICES (services de proximité), SCORI (pré-traitement et valorisation en cimenterie), TERIS SPECIALTES (incinération spécifique et régénération de solvants) et SITA REMEDIATION (réhabilitation des sites et sols pollués).

Réactions10 réactions à cet article

 
Re:Dépoluer ce qui est extrait d'un site

Bravo Ogier, je suis du même avis, il serait temps que la pollution soit prise avec beaucoup plus de sérieux et de traiter le problème avec éfficacité
merci
mary jane

Mary Jane
 
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un vocabulaire théatral

donc ce vocabulaire censé recueillir notre approbation cache énormément d'incertitudes , voire de mensonges; les sites pollués se révélent trés compliqués, consomment à leut tour d'énormes quantités d'énergies, voient les déchets recueillis finir en de nouvelles décharges trés dangereuses-----
On ne peut pas parler de dévellopement durable , mais de tentatives plus ou moins réussies ,plus ou moins désespérées pour cacher nos débilités passées;
Je reviens sur l'aspet technique, un revue "technique et environnement " aborde souvent ces procedés; et il s'avére effectivement que rien n'ai jamais gagné à ce niveau, que toute dépollution ou tentative cré de nouveaux problémes ( voir l'amiante et autres )
Par contre au niveau du PIB, de la création d'emploi, de la recherche dans de nouveaux process, là bien sur , c'est tout benef- mais pour la collectivité , je ne crois pas.
nous assistons en ce moment à une déferlante de communications de la part des industriels pour calmer l'opinion publique , déferlant inquiétante .

Delmas Jean jacques | 15 décembre 2005 à 10h05
 
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beau discours

Belle occasion pour SITA de faire sa pub !
J'ai travaillé pour SITA remediation, j'ai discuté de ces techniques (phytoremédiation, atténuation naturelle) avec un chef d'agence, sa réponse a été : "... tous ça, on sait très bien que ça ne marche pas." La réalité est que SITA, comme toute entreprise positionnée dans un secteur hyperconcurenciel, a besoin de prendre des parts de marchés, de faire un maximum de bénéfice pour répondre aux exigences d'une politique de gestion financière. Au sein même de l'entreprise les agences sont mises en concurence. Par conséquent, les ingénieurs ont d'autres préoccupations que le développement durable. La seule chose qui soit réellement durable : c'est le temps de traitement des sols et nappes phréatiques. Un traitement in-situ peut durer quelques années à plus de 10 ans (c'est courant). Quand Bernard Pijolat dit que l'objectif est de trouver "le bon objectif " à atteindre, cela veut dire qu'il restera toujours une pollution résiduelle en place. La dépollution totale n'existe pas, une fois que le mal est fait, il restera toujours des traces de la pollution. Donc, si on fait le bilan de l'énergie dépenser, des déchets à traiter, des risques encourus, de la pollution résiduelle, il vaut mieux rester modeste.
Quant à la création d'emploi, elle a été vraie il ya quelques années, ce n'est plus le cas aujourd'hui. SITA remediation ne voit plus croître sa masse salariale et a son lot d'emplois précaires comme beaucoup d'autres entreprises. Dans le monde de la dépollution, les entreprises vivent en partie grâce aux stagiaires, nombreux à se présenter chaque année.

Olivier | 15 décembre 2005 à 11h50
 
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durablement durable

Eh bien continuons à polluer / dépolluer durablement

pasmoi | 15 décembre 2005 à 11h59
 
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citoyen moyen et contribuable Français

Oui Monsieur bien sûr , bien sûr...avec notre financement.

ceci dit dans votre équipe de recherche et de votre labo faite en sorte de ne pas introduire de nouveaux réactifs ou molécules chimiques de synthèse qui ne valent pas mieux que celle qui existent dans le sol actuellement.

On connait ça autant que vous...

sachez aussi que votre approche de la "durabilité" n'est pas la même que celle que prône la société consommatrice.

merci quand même.
roger-marine

roger.marine | 15 décembre 2005 à 13h53
 
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Je vous trouve tous un peu dur...

Bonjour à tous (ceux qui ont posté d'autres messages),

J'avoue ne pas bien comprendre toutes ces réactions plutôt hostiles...

Quand on parle de dépollution, il faudrait arrêter de penser que ce sont les autres qui polluent car nous avons tous notre part de responsabilité. Prennons l'exemple de MetalEurope... une vraie horreur. Pourquoi ? parce qu'ils traitent entre autres choses les batteries au plomb de NOS voitures... Alors oui, on pourra toujours dire que tout le monde est de mèche : que les constructeurs ne font pas d'effort, qu'il y a un "complot" pour faire travailler des sociétés comme Sita... mais bon... Moi je ne peux m'empêcher de penser aux centaines de batteries au Plomb que traînent le long des rues de Paris (preuve s'il en est que trop peu de gens se responsabilisent), aux nombres de gens que si font leurs vidanges eux-mêmes et balancent l'huile à l'évier...

Alors, oui, moi je le dis : je préfère qu'une entreprise comme Sita gagne de l'argent, car elle dépollue. Et je préfère que ce soient ces entreprise qui dépolluent qui en gagne plutôt que celle qui polluent...

En plus, n'oubliez pas quelque chose : une société qui gagne de l'argent c'est (theoriquement) une société qui se développe : alors perso, je préfère travailler dans la dépollution que dans une boite qui pollue.

Bien à vous tous

PS : pour les mauvaises langues, je précise que je ne suis pas à la recherche d'un emploi...

Daaaavid | 15 décembre 2005 à 14h15
 
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Dépoluer ce qui est extrait d'un site

Monsieur,

Votre propos est bien technique et donc rassurant.

Sauf que dans le paragraphe "les Palettes de solution d'intervention" vous mentionnez la technique consistant à séparer les fractions grossières et ne garder qu'un résidu à évacuer.
Ma QUESTION est : que faites vous de ces résidus évacués?
Les résidus de dépôts de pétrole lourd provenant de l'ERIKA, qui ont souillés les plages bretonnes, ont été stockés dans des décharges terrestres sans grande précaution!!
On a, dans ce cas simplement déplacé la pollution. Heureusement pour les bretons et les touristes qu'ils accueillent; et tant pis pour les sols des décharges où on a déposé ces résidus. ET GROS BOULOT pour dépolluer les sols.

BRAVO, avec ces procédures innefficaces et surement très coûteuses. VOUS avez de quoi faire. On constate qu'il y a beaucoup d'argent dépensé et quelque profit à faire. Vous avez décidemment trouvé un bon créneau.

Ogier | 16 décembre 2005 à 20h52
 
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Re:Je vous trouve tous un peu dur...

Qui a dit qu'il fallait laisser polluer et ne rien faire ?

Les réactions, que je trouve saines puisque ce sont celles de gens capables d'avoir du recul face à un discours, ne portent pas sur la dépollution mais sur le discours de Mr Pujolat. Le marketing a galvaudé le terme de développement durable, la preuve en est que n'improte quelle entreprise qui pollue arrive à faire croire qu'elle fait du développement durable, même Métaleurop.

SITA fait du développement économique, ce serait honnête de le reconnaître.

olivier | 19 décembre 2005 à 19h43
 
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Re:Je vous trouve tous un peu dur...

Incroyable...

qui dit le contraire ? Heureusement que Sita fait du développement économique ! Tu veux me faire croire que tu te lève le matin pour faire de la décroissance ? Moi pas !

Pour le reste, je te rappelle juste que le développement durable inclue la réunion de 3 thématique : Environnement, Social et... économique.

Il faudrait arréter de penser que s'il y a le 3e, le terme est galvaudé.

Tant que les écolos resteront de opposants manichéens, dénonçant tout profit, toute croissance, la prise en compte de l'Environnement ne se déployera jamais à grande échelle...

Dans une socité comme la notre - et elle est pas prèt de changer - le seul moyen que l'Environnement rentre en compte dans les prises de décisions tiendra au fait que sa considération raportera des sous... ou n'en fera pas perdre tout du moins.

Bonne fêtes à tous et soyez raisonables au réveillon

Daaaaaaaaavid

Daaaavid | 20 décembre 2005 à 10h57
 
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Re:Dépoluer ce qui est extrait d'un site

Mary Jane,

Je vous souhaite (ainsi qu'à tous les humains de la planète) une année avec moins de pollution industrielle; et je vous remercie pour votre message.

J'espère que Monsieur Bernard PIJOLAT ne m'en voudra pas de lui souhaiter donc, par la même occasion, un business en décroissance. Car moins de pollution c'est moins de travail pour les dépollueurs.
Et je regrette que mon message, qui était ardessé à Monsieur Bernard PIJOLAT, n'ait pas retenu son attention et qu'il n'ait pas pris le soin de répondre. C'est bien de se faire de la publicité sur un site Environnement mais il faut aussi être droit dans ses bottes et accepter le dialogue démocratique quand on émet des messages dans le genre : " Dormez bien Français, nous prenons soin de la pollution que vous subissez ". Ogier

Ogier | 02 janvier 2006 à 13h33
 
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