En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer
Actu-Environnement

La controverse autour du démantèlement du Clemenceau devient internationale

Déjà au cœur d'un scandale en 2003, le Clemenceau continue à susciter un vif débat entre le gouvernement français, les associations de protection de la santé, des droits de l'homme et de l'environnement et depuis quelques jours la justice indienne.

Déchets  |    |  Florence Roussel Actu-Environnement.com
Porte-avions français, désarmé en octobre 1997, le Clemenceau a été vendu en avril 2003 à une entreprise de démolition espagnole pour permettre la récupération des métaux de sa structure. La découverte de la présence d'amiante poussa l'entreprise espagnole à diriger le navire vers un site turc pour un désamiantage préalable. Le gouvernement français s'était alors opposé à ce chantier sous la pression de l'opinion publique et s'était engagé à désamianter le Clemenceau à 90 % à Toulon suite au travail juridique des associations.
À l'heure actuelle, le désamiantage a été effectué et le démantèlement doit être réalisé sur un chantier à Alang au nord de la côte ouest de l'Inde. Mais depuis l'annonce du départ du Clemenceau pour ce pays, un collectif d'associations réunissant Ban Asbestos, la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l'Homme (FIDH) et Greenpeace tente d'alerter les gouvernements concernés et l'opinion publique. Selon eux, il reste plus d'amiante dans le navire que ce que prétend le gouvernement français et accusent l'armée de confier l'opération délicate de désamiantage à des chantiers qui ne présentent pas les garanties nécessaires concernant la santé et la sécurité des travailleurs et la protection de l'environnement. Dans un rapport de la FIDH consacré aux « bateaux poubelles », Ramapati Kumar, membre de Greenpeace Inde témoigne : Ces chantiers sont extrêmement dangereux. Des dizaines de milliers de personnes travaillent sans protection ou équipement de sécurité : il n'y a ni gants, ni casques, ni même de signalisation pour prévenir des dangers potentiels. Dans ces conditions les accidents sont fréquents, et les morts aussi.

Mais le gouvernement s'est voulu rassurant et accuse les associations de vouloir donner l'impression que l'Inde est un État de non-droit. Il ne faut pas croire que cette opération de désamiantage va être faite n'importe comment, a précisé Me Alquezar, défenseur des autorités françaises. Selon le ministère de la Défense, il est impossible de désamianter totalement le bateau en France, car cela porterait atteinte à la flottaison du bateau, ce qui empêcherait dès lors tout remorquage possible vers l'Inde. Tout l'amiante visible, friable et accessible, aurait été retiré pour ne laisser que le minimum nécessaire à la navigabilité précise-t-on à ce même ministère.

Cependant le témoignage de la société Technopure qui a fait l'essentiel de la décontamination du bâtiment à Toulon semble contredire la version officielle. Cette société affirme que plusieurs centaines de tonnes d'amiante se trouveraient encore à bord contre seulement quelques dizaines selon l'armée. L'estimation faite par mes ingénieurs est qu'il y a beaucoup plus d'amiante à bord que quiconque peut l'imaginer, a déclaré au journal indien The Hindu le PDG de Technopure, Jean-Claude Giannino. Selon lui Technopure aurait enlevé 30% seulement de ce qu'il contenait et aurait pu en retirer beaucoup plus, sans risquer de compromettre la navigabilité.
Elle regrette également de n'avoir pas pu, comme il était convenu, former au désamiantage les cadres indiens chargés d'éliminer l'amiante restant dans le navire.

Mais derrière cette querelle de chiffres, se cache un conflit plus fondamental d'interprétation de la Convention de Bâle qui réglemente les exportations de déchets dangereux. Ce texte déclare notamment qu'il est interdit d'exporter ou d'importer des déchets dangereux et d'autres déchets vers, ou en provenance d'un État non signataire de la convention et qu'aucun déchet ne peut être exporté si l'État d'importation n'a pas donné son accord. Elle impose également que les renseignements sur les déplacements soient communiqués aux États concernés afin qu'ils puissent évaluer les conséquences pour la santé humaine et l'environnement et que les mouvements transfrontières ne sont autorisés que si le transport et l'élimination de ces déchets sont sans danger.
Le débat semble s'orienter sur le statut du Clemenceau : Est-il ou non concerné par la convention de Bâle ? Selon le ministère de la défense, le Clemenceau, en tant que bâtiment de guerre, n'est pas un déchet, argumente M. Bureau. Alors que Mme Thébaud-Mony, porte-parole de Ban Asbestos, estime que dès lors qu'un navire doit être démantelé, il passe dans la catégorie des déchets et ses structures, s'il s'agit de déchets dangereux, sont visées par la Convention.

Malgré plusieurs tentatives de la part du collectif pour empêcher le navire de partir pour l'Inde, le Clemenceau a quitté le port de Toulon fin décembre. Michel Parigot, président du comité anti-amiante Jussieu et vice-président de l'Andeva (Association nationale de défense des victimes de l'amiante) a estimé que ce départ se faisait au mépris de la réglementation française. Nous ne souhaitons pas que la France se débarrasse de ses produits toxiques dans un pays qui n'a pas les moyens de les traiter. L'État français doit respecter la réglementation qu'il a édictée. Il en va de sa crédibilité car c'est déjà assez difficile de la faire respecter, en France, par les propriétaires privés et les entreprises concernés par le problème de l'amiante, a-il ajouté.

Cependant ce voyage n'est pas de tout repos. La Commission de contrôle des déchets dangereux de la Cour suprême indienne a tout d'abord rendu un avis défavorable sur l'opération de désamiantage estimant que ce n'était pas souhaitable et que cela violerait la Convention de Bâle sur les déchets dangereux. Quelques jours plus tard c'était au tour de l'Autorité pour la Protection de l'Environnement (EPA) égyptienne d'interdire au porte-avions l'entrée dans les eaux territoriales nationales, et le passage du Canal de Suez, pour non respect de la Convention de Bâle. Après étude du dossier, le ministère égyptien de l'Environnement a repris l'argumentation française affirmant que le Clemenceau, bien que désarmé depuis 1997, restait un bâtiment de guerre et ne relevait pas de cette réglementation. Alors que le navire reprenait sa route, la Cour suprême indienne lui a interdit lundi de pénétrer dans les eaux territoriales de l'Inde jusqu'au 13 février, date à laquelle elle prendra une décision autorisant ou pas son démantèlement. La Commission de contrôle des déchets dangereux de la Cour suprême, qui avait donné un premier avis défavorable le 6 janvier, a indiqué avoir besoin de temps pour faire une recommandation finale.

Conscientes que les questions de santé professionnelle, de sécurité et d'environnement dans les chantiers asiatiques suscitent des inquiétudes en termes de conditions de travail et de respect de l'environnement, l'Organisation internationale du travail (OIT), l'Organisation Maritime Internationale (OMI) et le Secrétariat de la convention de Bâle se sont réunies à Genève du 12 au 14 décembre 2005. Guidée par ces intérêts économiques, l'OMI a proposé de créer une nouvelle convention pour les bateaux en fin de vie qui n'intégrerait pas les principes de la convention de Bâle, sous prétexte qu'ils ne conviennent pas au cadre maritime. Les principes de la convention étant déjà intégrés dans la législation européenne, l'organisation maritime a été sommée de trouver une nouvelle solution, qui tienne compte de ces exigences et s'applique au contexte maritime. Craignant que l'OMI ne laisse de côté les deux garde-fous que sont l'OIT et le Secrétariat à la convention de Bâle, Greenpeace, la FIDH et Ban Asbestos lui ont proposé d'intégrer dans son système un plan en trois phases. Le pays exportateur aurait le devoir d'informer les populations de sa démarche, devrait obtenir l'agrément du pays importateur et devrait s'assurer que ce dernier possède les technologies nécessaires, ou les créer le cas échéant. Cette proposition n'a été à l'heure actuelle ni rejetée ni acceptée et constitue aux yeux des associations un espoir pour les négociations, qui devront durer trois ans avant l'application de la loi d'ici cinq ans.

Réactions11 réactions à cet article

 
Appel à l'insurrection des consciences !

Le Clemenceau s’éloigne inexorablement.
Il va se faire désamianter et démonter à peu de frais en Inde semant maladie et cancer chez des pauvres gens qui n’ont ni moyens de se soigner, ni équipements de sécurité.

Ces ouvriers indous qui vivent pauvrement malgré leurs 15 heures de travail quotidien et quelques € par jour pour toute leur famille, souvent au bord du chantier (voir Thalassa), seront-ils équipés de masques, de gants, de chaussures de sécurité pour porter et marcher sur des tôles oxycoupées tranchantes comme des lames de rasoir ?

L’amiante va les tuer, eux et leurs familles, dans des souffrances atroces et on peut se demander ce que deviendra l’amiante déposée, et le plomb des peintures.

En déboutant les associations qui s'opposent à ce transfert, la justice française fait peu de cas de la vie des travailleurs indous. Le fait que ce transfert ait commencé pendant la période des fêtes de fin d'année démontre bien la gêne des autorités françaises.

Et pourtant, nous possédons en France tous les moyens techniques et financiers pour faire ce travail, même si c’est très cher. Nos gestionnaires nous ont chargés dès notre naissance d’une dette de 30 000€ par habitant : pour quelques dizaines d’€ de plus par tête, nous pourrions au moins nous occuper de nos « propres » déchets.

Comme Nicolas Hulot et Pierre Rabhi , je souhaite participer à « l’insurrection des consciences ». C'est pourquoi j''apporte mon total soutien à Greenpeace, dans son action contre le transfert du Clémenceau , ainsi qu'à toute association susceptible de faire revenir le Clémenceau à Toulon, car il n'est pas digne pour un pays industrialisé comme la France d'envoyer ses déchets dans un pays plus pauvre, même s'il fait partie aujourd'hui des pays émergents.

Marie-Agnès COLLOMB | 19 janvier 2006 à 10h11
 
Signaler un contenu inapproprié
 
Re:Appel à l'insurrection des consciences !

D'accord.....
une cyberpétition peut d'ailleurs être signée sur le sote de greenpeace, en direction du 1er ministre....

greendays | 19 janvier 2006 à 12h41
 
Signaler un contenu inapproprié
 
Clemenceau suite

Tout à fait d'accord .
On pourrait peut-être même envisager d’engager collectivement, après mobilisation, une action auprès du tribunal international de la Haie pour préméditation de crime contre l’Humanité, à l'encontre de nos décideurs.
Cette décision fait de nous tous des criminels, contre notre volonté, et c'est derrière nous qu'ils se cachent .

Renault | 19 janvier 2006 à 20h50
 
Signaler un contenu inapproprié
 
Fausse polémique CLEMENCEAU.

Les éléments donnés sur l'affaire CLEMENCEAU sont érronés et étonnement de mauvaise foi.
Le désamiantage de l'amiante friable a réellement été réalisé à Toulon mais c'est d'une part pour des raisons financières que TECHNOPURE voulait faire "marronner" comme on dit à Toulon l'Etat (c'est à dire obtenir plus d'argent que le contrat signé initialement) et d'autre part la non-exécution d'une partie du travail à fournir à bord. Le film sur les chantiers de démantellement de navire n'est pas celui d'Alang mais du Bengladesh fimé par une télévision britannique. Les chantiers d'Alang sont très corrects et un site d'enfouissement des déchets aux normes strictement européennes a été inauguré en septembre 2005.
Aucun journaliste ne voudra entendre ce son de clôche...et pourtant une réalité incontournable aujourd'hui.

Les ouvriers, dont le nombre est passé de 15 000 en 2003 à 5000 fin 2005, touche en moyenne 60 dollars par mois ce qui est légèrement plus que le salaire moyen d'un ouvrier en Inde. Rapporté au 260 millions de personnes sans emploi en Inde....
Il y donc une très mauvaise foi des détracteurs du projet dont les ONG bien sûr qui voudrait qu'il n'y ait que des cols blancs sur terre et d'autres en France qui voudraient que l'Etat crée une filière de destruction des navires par des subventions à fournir. En effet, cette activité n'est pas rentable en europe car la demande se trouve en Asie. L'autoflagellation permanente des français sur eux-même et la tendance des médias à ne voir que la partie émergée de la problématique fait le reste.

varuna | 20 janvier 2006 à 11h19
 
Signaler un contenu inapproprié
 
Honteux pour la France

::stupef:
L'attitude de la France est honteuse. Alors que Jacques Chirac prône d'une main l'aide au développement et la protection de l'environnement, il envoie nos déchets dans des pays dont les législations sociales sont inférieures aux nôtres. Quelle hypocrisie !!! Finalement entre la conférence de Johannesburg, les promesses systématiques et les effets d'annonce de Sarkozy, ce gouvernement sera effectivement parvenu à laisser "brûler la maison France".
Vivement les présidentielles de 2007 et l'alternance démocratique !

rochenie | 20 janvier 2006 à 15h24
 
Signaler un contenu inapproprié
 
Re:Fausse polémique CLEMENCEAU.

Tout va bien Madame la Marquise donc ? Les médias manipulent peut-être cher Varuna... mais si tout va bien pourquoi le gouvernement est-il si défensif ? La maiso n brûle effectivement.

rochenie | 20 janvier 2006 à 15h27
 
Signaler un contenu inapproprié
 
mémoire volatile.....

les gesticulations bien pensantes autour du Clémenceau détournent opportunément l'attention du FIPOL et de TOTAL qui n'ont toujours pas payé le note de leur pollution massive par ERIKA interposé.
les suppots de greenpeace useraient ils de lunettes sélectives en contreplaqué marine?

diogene | 22 janvier 2006 à 11h02
 
Signaler un contenu inapproprié
 
recyclage de l'amiante

Une société Anglaise serait en mesure de valoriser le DECHET AMIANTE
Connaissez vous leur coordonnées
merci

florette | 28 janvier 2006 à 02h23
 
Signaler un contenu inapproprié
 
Re:Fausse polémique CLEMENCEAU.

Le Clémenceau ne sera pas démantelé en France
- main d'oeuvre trop cher
-Syndicats etc...
- Société créée spécialemen ...subventions...

Le chantier ou cela va se faire est tout à fait adapté, performant et revient moins cher qu'en europe.
mais il est vrai que les journalistes ne donnent que du partiel de l'information ....ce qui choque...ils envoeint et n'ont aucun remords, repentir et honte à se contredire le lendemain et de dire même parfois le contraire total, l'important c'est que l'info a été VENDUE, revendue différente quelle différence personne n'a de mémoire.

Ne parlons pas des images détournées et des commentaires s'y rapportant.

chercher d'abord à qui ce la coûte et surtout à qui cela rapporte peut être à des cols blancs d'ailleurs qui cherchent leur intérêt le meilleur....les crânes d'oeuf !

florette | 28 janvier 2006 à 02h34
 
Signaler un contenu inapproprié
 
Réalité de l'un des opposants au CLEMENCEAU

Dans l'article qui résume bien la problématique du traitement des navires en fin de vie dans le monde (700 navires attendent actuellement une démolition et ce nombre va doubler à partir de 2006 en raison de l'interdiction actée par l'Europe des navires à simple coque), un élément majeur de la controverse est l'action engagée contre l'Etat de la société Technopure.
Hors cette semaine, dans un article-interview très détaillé dans " le Parisien " du lundi 23 janvier, son dirigeant annonce créer un site de démolition au Bengladesh qui sera en fonction dans quelques mois.
On connait enfin les réelles motivations de cette entreprise pourtant installée à Toulon: faire échouer la démarche entreprise par la société SDI et l'Etat afin de récupérer le Clemenceau au Bengladesh .
Son soutien à GreenPeace n'était que intéressé..
Sur ce sujet de la positon des ONG, seule l'association Robin de bois soutient la démarche entreprise de démantèlement en Inde mais là encore, pas de tribune proposée à cette association.

varuna | 29 janvier 2006 à 20h29
 
Signaler un contenu inapproprié
 
Re:recyclage de l'amiante

Je ne connais pas de société anglaise qui recycle l'amiante mais une société française est en mesure de rendre l'amiante complètement inerte en la faisant fondre à plus de 1500 °C. Cette société est basée dans les Landes et ce procédé est unique en Europe.

Armelle | 16 février 2006 à 23h52
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Réagissez ou posez une question à la journaliste Florence Roussel

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partager