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Actu-Environnement

Assises HQE 2006 : programmer de l'usage

Déroulées selon la chronologie du processus de construction d'un bâtiment, les 5èmes Assises nationales de la HQE qui se sont tenues à Saint-Malo du 15 au 17 mars, ont permis de consolider un bilan de dix ans d'apprentissage et les pistes de progrès.

Bâtiment  |    |  Françoise Ascher  |  Actu-Environnement.com
   
Assises HQE 2006 : programmer de l'usage
   
Sur le thème ''Savoir faire de la HQE : de l'idée à l'usage'', sept séances plénières et huit ateliers-débats ont privilégié les témoignages des maîtres d'ouvrage et d'œuvre, collectivités territoriales, bureaux d'études en environnement, entreprises de construction, exploitants, etc, afin de valoriser les dernières avancées de la démarche. Dans un contexte tendu d'augmentation du coût des énergies et de lutte contre l'effet de serre, la HQE® s'avère ni un état ni un centre de recherche mais une dynamique d'entraînement. Sans conteste, elle constitue une valeur sûre dont la filière construction s'est emparée. S'il est nécessaire d'étoffer la boîte à outils, ses dix ans d'expérience ont créé un socle sur lequel on peut désormais s'appuyer, y compris au niveau des politiques publiques. Nouvelle étape aujourd'hui : faire avancer l'ensemble de la filière au même rythme, depuis les aménageurs jusqu'aux exploitants et aux usagers. Car selon Dominique Bidou, président de l'Association HQE, le niveau final de la qualité environnementale dépend du maillon faible !

Comment s'assurer du sérieux de cette appropriation, comment éviter les malentendus et les dérives ? Premier constat : le management environnemental et l'approche globale d'un projet HQE permettent de mieux appréhender la qualité générale du bâtiment. Une dérive selon certains, qui risque de générer une déperdition de sens sur deux approches qui ont leurs propres enjeux, et de démultiplier des problèmes difficiles à régler en même temps ! Dans ce contexte, la certification AFNOR/HQE® introduite début 2005, constitue un cadre et une garantie du suivi de la démarche. Elle assure la transparence des engagements au regard des objectifs et valorise les acteurs. Rappelons que la certification offre la possibilité à un maître d'ouvrage de faire reconnaître officiellement les caractéristiques environnementales de son bâtiment. À l'attention de ses détracteurs qui voient un frein à la créativité, Dominique Bidou a fait remarquer qu'il s'agit d'une démarche volontaire, donc à la disposition de ceux qui en ont besoin !

La HQE doit s'inscrire dans une logique plus large de développement durable. Pour l'architecte Philippe Madec, les 14 cibles - qui n'utilisent pas le mot ''architecture'' - comportent des vides. En clair, les exigences ne sont pas à la hauteur des enjeux ! À son avis, l'engagement du projet pèche sur les aspects de pérennité, de sécurité, de confort spatial et d'activité, ainsi que sur les dimensions politique, historique, sociale et culturelle. Sans oublier l'inscription dans le territoire et l'urbanisme, qui doivent prévaloir au niveau de la gouvernance. Essayons de programmer de l'usage, a-t-il résumé. D'où l'élargissement de la démarche HQE® aux opérations d'aménagement de ZAC comme en Région Bretagne, et la définition de règles concertées pour garantir un résultat à long terme.

Puissance invitante de ces 5èmes Assises, la Région Bretagne a ainsi développé un dispositif d'aménagement urbain et paysager, baptisé Eco Faur. Ce Fonds d'aménagement urbain régional Ecologique est destiné à financer des opérations d'urbanisme intégrant des caractéristiques environnementales, telles que maîtrise de l'énergie, HQE, économies d'eau, liaisons espaces urbanisés-espaces naturels, qualité de l'air, réduction du bruit, etc. Il intervient dans le cadre d'appels à projets et accompagne trois grandes catégories d'aménagements : les espaces publics, les nouveaux quartiers ou zones d'habitat, les équipements ou bâtiments publics. Notamment pour les petites communes, cette aide souvent cumulée avec celle de l'Ademe, atteint de 50 à 80 % du coût des études et diagnostics préalables aux travaux, dans la limite de 20 000 €. En fait, cette préoccupation environnementale dans les procédures d'aménagement est prévue par la loi de 1976, mais la charnière entre l'urbanisme et la construction (cible 1) doit être approfondie. Autre constat, les enjeux environnementaux ne sont pas pris en compte au stade du programme. Qui plus est, selon l'économiste de la construction Michel Ducroux, l'articulation entre la programmation, l'assistance à maîtrise d'ouvrage et la maîtrise d'œuvre, devrait intervenir plus en amont. Des suggestions qui justifient des temps d'études plus longs !

L'enjeu de la construction neuve porte sur 400 000 logements par an. Or, ce nombre ne représente que 1 % du parc immobilier existant ! Un constat qui met une fois encore l'accent sur le fait que le vecteur de l'utilisateur et de l'usage est insuffisamment exploité ! Alors comment mettre en pratique la démarche HQE® dans les opérations de construction ou de réhabilitation ? Force est de constater la tendance à intervenir ''comme avant'' avec les difficultés bien connues d'interfaces, notamment entre la réalisation et la gestion-exploitation. En fait, la HQE® doit fournir l'occasion d'entretenir d'autres règles du jeu collectif et de fédérer les compétences de l'ensemble des acteurs dans un esprit systémique et le plus en amont possible. Suggestion du BET Coteba : il faut décloisonner les informations fonctionnelles, techniques, architecturales, sécuritaires, environnementales et patrimoniales produites.

Plus particulièrement attachée à l'amélioration des bâtiments, l'architecte-ingénieur Sophie Brindel-Beth, également enseignante et chercheur, a souligné l'importance de la concertation et des passages de relais dans ce domaine. Elle a insisté sur la spécificité des approches qui passent par un diagnostic, la prise en compte du contexte, l'aptitude à l'usage, la durée de vie des matériaux, l'évolutivité, etc. Ici, il n'existe pas de solutions types. Devant la complexité de la question, elle a annoncé la production de deux guides en collaboration avec l'Ademe, respectivement sur la méthodologie d'application du référentiel HQE® aux travaux dans l'existant, et sur l'entretien environnemental des bâtiments. À noter aussi la réactualisation du Guide de la démarche HQE en construction neuve attendue fin 2006. Autant de méthodologies généralistes qui seront déclinées par secteur.

Parmi les outils disponibles, les fiches de données environnementales et sanitaires (FDES) réalisées par les industriels ont été perçues comme trop complexes pour permettre des comparaisons ou proposer des variantes. D'après Jean-Christophe Visier, responsable de la division Développement durable du CSTB, la simplification passe par la mise au point de logiciels d'appréciation de l'impact majeur du produit dans l'ouvrage. Ce qui devrait permettre de limiter à 4 ou 5 ses caractéristiques environnementales et sanitaires ! D'ores et déjà, Lafarge Plâtres par exemple, travaille à la mise au point de fiches système concernant des parties d'ouvrage (parution 2007).

Autre enjeu jusqu'ici peu travaillé : la généralisation de la HQE à l'exploitation, c'est-à-dire le maintien et la gestion de la performance dans la durée (cible 7). L'intégration des besoins des gestionnaires et de leurs indicateurs d'objectif HQE® associés aux critères de résultat en termes de services, sécurité, confort et santé notamment, ne peuvent qu'enrichir les choix en amont. On sait aussi que la réduction des coûts à ce stade, interfère favorablement sur le coût global de l'opération. Dans les opérations HLM HQE pilote, les gestionnaires de parc ont en outre noté, une absence de dégradation, un faible taux de vacance et de turn-over. De même dans le tertiaire, l'intégration de ces priorités concourt à diminuer l'absentéisme.

À propos de l'équation économique des projets HQE, le surinvestissement peut varier de 3 à 5 %, voire de 12 à 15 %. Pour savoir de quoi on parle, le raisonnement en coût global, c'est-à-dire le travail sur le cycle de vie complet du bâtiment, constitue la transposition en terme économique de cette vision de la HQE®. À noter aussi la notion de coût global partagé intégrant les coûts pour la planète ! Selon Jean-Marie Galibourg, Mission interministérielle pour la qualité des constructions publiques (MIQCP)(1), le coût global élargi qui tient compte de la valeur du bâtiment par rapport à sa durée de vie, représente le double du coût d'investissement, tandis que le coût d'étude équivaut à seulement 0,1 %. Les coûts différés qui englobent les coûts de maintenance, d'exploitation et de modifications fonctionnelles, s'avèrent quant à eux, de 4 à 5 fois supérieurs aux coûts d'opération. En fait, 90 % de la qualité du bâtiment se jouent sur 10 % de son coût ! Plus concrètement, il note une confusion de la part des maîtres d'ouvrage entre les coûts d'opération (ou d'investissement) et les coûts de travaux (rapport de 1,3 à 1,4). Il a insisté également sur les sous-coûts de fonctionnement induits par des économies d'eau (de l'ordre de 25 %) par exemple, ou par la réduction des puissances installées grâce aux dispositifs de brise-soleil, stores, inertie thermique, etc, qui favorisent un confort thermique d'été sans climatisation, notamment.

De son côté, Michel Jouvent, délégué général de l'Association Apogée, a précisé que 80 % des surcoûts sont générés au stade de la conception. Il a suggéré que les marchés de construction et de gestion soient joints aux contrats d'études, puis il s'est interrogé sur qui profite des économies réalisées ! En logement social, la baisse du budget de fonctionnement n'entraîne-t-elle pas une réduction des charges qui bénéficie aux locataires, pas au constructeur ni au gestionnaire ! Quant à Dominique Bidou, il a estimé que le surcoût actuel est dû à la prise de risque et que les réalisations HQE permettront de quantifier les résultats et d'élaborer des outils d'évaluation capables de convaincre les banquiers. Force est de constater que le bâtiment est davantage vendu aujourd'hui comme un produit de défiscalisation et que lesdits banquiers s'attachent plus à la capacité de remboursement du client qu'à la qualité du bien ! Pour inverser cette tendance, il conviendrait d'asseoir l'analyse sur des objectifs clairs et des engagements fiables.

La garantie solaire et la simulation du bilan thermique d'un projet font partie des outils de valorisation disponibles en termes de confort et de santé. Dans le cadre de sa mission d'évaluation des performances environnementales du Lycée du Pic Saint-Loup, Alain Bornarel, Bureau d'étude Tribu, s'est appuyé sur les données de la GTC (gestion technique centralisée), le relevé au compteur, les factures et les observations météorologiques, afin de comparer les consommations (électricité, eau, chauffage, ECS et EP récupérées) par rapport aux ratios de phase étude. Les résultats obtenus lors de l'année de parfait achèvement n'étant pas significatifs, il a suggéré de travailler en année glissante, ou bien d'étendre cette première année. Si le confort thermique d'été et le bilan éclairage naturel/éclairage artificiel constituent les points forts, il a également insisté sur la difficulté de mesurer le bien être et la santé.

Dans un autre registre, pourquoi ne pas conditionner les aides à l'investissement de l'Etat à l'intégration des concepts de HQE® dans les projets ? Pourquoi ne pas supprimer l'unanimité dans les copropriétés, déduire les suppléments HQE® (murs épais, façades double peau, etc) de la surface hors œuvre nette (Shon), tenir compte de la mise en œuvre d'une toiture végétalisée, proposer des assurances vertes, remettre en cause le COS (cœfficient d'occupation du sol) pour favoriser le paysage ou la densité, etc. Et bien sûr, innover techniquement en visant la réduction des coûts !

Fort de ce retour aux sources prospectif, Guy Chautard, directeur de l'Association HQE, a dressé la feuille de route pour les trois ans à venir(2). Premier axe, le développement d'un réseau HQE® dans les régions, afin de travailler la performance environnementale à l'échelle du contexte local, de capitaliser les retours d'expérience et de mieux évaluer les coûts. Le cercle de réflexion doit s'élargir aux urbanistes, aux usagers, aux banquiers et aux assureurs. Le référentiel de certification AFNOR/HQE® est en cours de réactualisation. En portant davantage sur le process que sur le produit, il devrait laisser plus de liberté sur le profil final du bâtiment. En revanche, ses exigences seront calées sur celles du label Qualitel THPE (très haute performance énergétique). Autre volet, le référentiel HQE® sera adapté à la gestion, l'exploitation et l'amélioration du parc existant, afin de faire perdurer les caractéristiques environnementales du bâtiment. Troisième axe, cette fois en collaboration avec le Syndicat national des aménageurs lotisseurs (Snal), la conception d'un référentiel HQE® propre à l'aménagement, avec une application aux ouvrages de génie civil dans un deuxième temps. Quant aux réflexions avec les pays méditerranéens sur ces thèmes, elles vont se poursuivre !


1/Dernière publication : Ouvrages & coût global, www.archi.fr/MIQCP

2/L'Association HQE intègre neufs groupes de travail sur les thèmes suivants : certification ; HQE® et aménagement ; économie de la HQE® ; bâtiments existants ; international ; formation ; pilotage des Assises nationales ; centres de ressources ; partenaires.

Réactions2 réactions à cet article

 
OPERATIONS D'ENSEMBLE ET DROIT

La mise en place de telles solutions, dont je suis convaincu de la nécessité, pose d'énormes problèmes juridiques. Même si ce n'est pas le cas dans les opérations d'ensemble (pour reprendre les termes du code de l'urbanisme), avec un seul maître d'ouvrage, ou un seul opérateur capable d'assurer maîtrise et exploitation de l'énergie et construction, il pose un problème d'ordre juridique, et je pense aux panneaux solaires, quant à la mise en place d'un système de bail, ou de propriété sur un deuxième niveau qu'est celui des toitures. En effet, l'accès au toit et la possibilité de coupler deux opérateurs sur une même construction, l'un pour le bâtiment avec les normes contenues dans le cahier des charges de la démarche, l'autre dans l'opérateur de création et de récupération d'énergie. En fait, cette opération n'est possible que dans le cadre d'un document contractuel entre deux propriétaires, locataires, ou opérateurs. Je pense notamment aux bâtiments logistiques dont la surface de toiture est impressionnante. Le règlement d'urbanisme ne peut contraindre, dans l'état actuel des chose, à ce type de surface perdue pour l'énergie.

Si quelqu'un connaît des solutions juridiques à ces problèmes, qu'il m'en fasse part.

MERCI,
Mathieu

Mathieu | 26 mars 2006 à 13h35
 
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HQE et agriculture

Existe-t-il des travaux /des références sur des applications de la démarche HQE au secteur agricole (bâtiments d'exploitation,chambre froide,serres,...) et notamment dans l'oléîculture

pierrôt | 11 septembre 2006 à 18h53
 
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